Facebook a présenté un document à ses employés, qui leur donne des arguments pour contrecarrer certaines critiques. Selon les recherches menées par le groupe, les réseaux sociaux participeraient moins à la « polarisation de la société » que ce que l'on affirme.

Facebook a des idées pour aider ses salariés à défendre leur employeur lorsque leurs proches critiquent le réseau social. Le site BuzzFeed a mis la main sur un document publié sur le forum interne dédié aux discussions sur l’entreprise à la mi-mars 2021, par Chris Cox, chef de la division produit de l’entreprise.

Il le décrit comme un outil efficace, une sorte de manuel pour « être bien équipé pour aller dîner » avec des amis ou des membres de leur famille et de répondre à leurs éventuelles attaques contre Facebook.

Le document s’intitulerait « Ce que nous savons sur la polarisation », et agrègerait plusieurs études académiques censées montrer que Facebook ne contribue pas vraiment à segmenter la société et éloigner les internautes au lieu de les rapprocher.

«  L’argument implicite que l’on entend, c’est que Facebook contribuerait à transformer les sociétés en des endroits où les gens ne pourraient plus se faire confiance, partager des visions ou valeurs communes, débattre de certains sujets », résume Chris Cox ainsi que Pratiti Raychoudhury, vice-président en charge de la recherche chez Facebook. «  C’est ce qu’on lit dans les médias, mais ce n’est, en règle général, pas un fait  vérifié par la recherche scientifique », assurent-ils.

Un très très gros logo « Facebook » tout à fait réaliste sur un smartphone. // Source : Louise Audry pour Numerama

Qu’est-ce que la polarisation ?

Très sommairement, le concept de polarisation à l’ère du web englobe l’idée selon laquelle les réseaux sociaux, censés permettre à des personnes d’échanger entre elles (même lorsqu’elles ne partagent pas les mêmes idées), contribueraient plutôt à les éloigner sur le moyen et le long terme. Chacun ou chacune se retrancherait derrière ses propres opinions et aurait tendance à se « replier » sur soi.

Cette théorie s’appuie sur des faits (les algorithmes de ces plateformes ont été codés pour mettre en avant du contenu censé plaire aux internautes et les renforcer dans leurs idées, et ont donc tendance à leur montrer toujours les mêmes choses), mais fait parfois abstraction du fait que ces réseaux sociaux ont aussi permis aux internautes d’être exposés à plus de débats et opinions différentes qu’auparavant. C’est pour cette raison que certaines études montrent que les « bulles » algorithmiques ne créeraient peut-être pas la polarisation que l’on pense.

Facebook est de plus en plus critiqué pour la manière dont son réseau social a permis à de fausses informations dangereuses de se répandre ainsi qu’à des groupes malveillants d’échanger, grandir, voire d’organiser des actions, jusqu’à la tristement célèbre invasion du Capitole à Washington D.C. en janvier 2021 par des suprémacistes blancs supporters de Donald Trump, au cours de laquelle cinq personnes sont mortes.

C’est même au point où de nombreux employés quittent l’entreprise en se disant honteux de l’impact qu’a le réseau social sur le monde d’aujourd’hui, sur ses difficultés de modération ou sa capacité à faciliter la propagation de théories du complot voire d’idéologies racistes, homophobes ou xénophobes.

« Un grand nombre d’études vont à l’encontre des opinions de nos détracteurs »

Un chercheur de Facebook qui a participé à la présentation du document « Ce que nous savons sur la polarisation » aurait même, selon Buzzfeed, souligné que la polarisation de la société pouvait avoir du bon : « Les transformations sociales qui ont eu lieu à travers les âges, comme l’extension du droit de vote par exemple, ont été une conséquence d’une polarisation accentuée » de la société, a-t-il suggéré. Selon lui, la polarisation de la société américaine ne viendrait pas que des réseaux sociaux, mais des divisions raciales, des politiques et des chaînes et sites internet partisans.

Interrogée par Buzzfeed, une porte-parole de Facebook a toutefois nié le fait que ce document interne pourrait laisser penser que le réseau social se cherche des excuses. « Mieux comprendre et combattre la polarisation est au centre du travail de plusieurs de nos équipes  », a-t-elle souligné, avant de toutefois renchérir : « Vu qu’un grand nombre d’études vérifiées qui s’intéressent à la polarisation vont à l’encontre des opinions de nos détracteurs, cela ne m’étonne pas que notre présentation ait été déformée pour laisser penser que nous ne reconnaitrions pas le rôle que nous devons jouer dans ses causes et les solutions à apporter. »

Il convient évidemment de rappeler que le « manuel » présenté par Facebook à des employés agrège des études menées par la multinationale elle-même. « Avec Facebook, ce n’est jamais que de la recherche. C’est de la recherche, mise en parallèle avec les intérêts d’une entité qui vaut des milliards de dollars », a mis en garde Daniel Kreis, chercheur de l’université de North Carolina interrogé par Buzzfeed, tout en soulignant que le document présenté par Facebook était plutôt aligné avec l’état de la recherche actuelle, qui nuance l’impact unilatéral qu’auraient eu les réseaux sociaux sur une polarisation de la société.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo