Un contractant de Facebook a remis en ligne des publicités contraires au règlement de la plateforme, moyennant des pots de vin.

Entre la protection de la vie privée, les fake news ou les publicités douteuses, Facebook a eu bien des défis à relever ces derniers mois. Le problème, c’est que le réseau social a beau durcir ses règles, des tiers arrivent encore à les contourner, à son insu. Buzzfeed a ainsi raconté ce mardi 10 décembre comment un contractant avait déjoué l’attention de Facebook et bafoué ses règlements, empochant grâce à cela un joli pactole en pots de vin.

Un contractant mis en cause

Facebook a recours à des entreprises tierces et des contractants pour réaliser certaines tâches, comme la modération de ses contenus. C’est l’un d’entre eux qui fait l’objet de l’enquête de Buzzfeed.

Facebook est accusé de vendre des extraits de conversations Messenger. // Source : Logo Facebook / montage Numerama

Le travailleur aurait reçu plusieurs milliers de dollars de pots de vins d’un publicitaire douteux, Ads Inc.. En échange de cet argent, il s’engageait à réactiver ses comptes, bannis par Facebook car ils ne respectaient pas les conditions d’utilisation de la plateforme.

Un porte-parole de Facebook a confirmé les faits. Il a fait savoir que l’homme avait été renvoyé après une enquête en interne. «  Ce genre de comportement est proscrit dans notre règlement et en conséquence, il ne travaille plus chez Facebook », a-t-il assuré, ajoutant que l’entreprise ferait en sorte que cela ne se reproduise plus à l’avenir.

De fausses publicités pour un abonnement payant

La personne en question travaillait à Austin, aux États-Unis. Ads Inc. est, elle, basée à San Diego. Dans une précédente enquête, Buzzfeed News avait révélé les dessous de cette entreprise. Elle avait mis en place un système d’entourloupe sur Facebook. En dépensant 50 millions de dollars, elle avait pu afficher sur Facebook des publicités, sur lesquelles apparaissaient de fausses informations sur des célébrités. Lorsqu’ils cliquaient dessus, les utilisateurs de la plateforme étaient invités à s’inscrire à un abonnement coûteux. On leur promettait un essai gratuit pour les inciter à céder. Ads Inc. avait annoncé sa fermeture en octobre.

Lorsque ces publicités étaient supprimées, car elles ne respectaient pas les règles de Facebook, le contractant renvoyé les remettait en ligne. Il aurait touché pour cela 5 000 dollars, plus 3 000 dollars par mois. Les deux parties communiquaient grâce à un simple chat. Ce chat serait accessible par les entreprises qui demandent à ce que le signalement de l’un de leurs publicités soit réévalué, s’ils l’estiment arbitraire par exemple. D’après un ancien employé d’Ads Inc., plusieurs contractants auraient effectué des opérations similaires.

Comment combler ces failles ?

Cette histoire est révélatrice d’un problème plus large pour les plateformes. Elles ont souvent recours à des tiers pour effectuer des tâches en apparence simples. Or en externalisant ainsi certaines missions, les sites prennent le risque de perdre le contrôle sur des pans entiers de leur travail. Et même des employés en interne pourraient toujours être tentés par la corruption.

419 millions d’utilisateurs Facebook sont concernés. // Source : Montage Numerama

Récemment, un internaute a tweeté, sans aucune preuve et sans avoir vérifié quoi que ce soit, sur le fait que Facebook laisserait les annonceurs lire des extraits de nos conversations privées. Les règles du réseau social ne l’autorisent pas. Mais si une entreprise parvient à soudoyer un employé ayant par exemple accès aux outils disponibles pour les décisions de justice, ceci devient techniquement possible. Il suffit toujours d’un employé malveillant pour que toutes les protections mises en place par Facebook s’effondrent.

Les plateformes n’y risquent pas grand chose. Comme l’explique le sénateur Mark Warner à Buzzfeed, en cas de problème sur un site tiers (comme ici le site d’Ads Inc.), les plateformes ne sont pas considérées comme responsables. Elles ne peuvent donc être poursuivies. La responsabilité ne repose que sur le site d’arnaque, à moins que l’on parvienne à prouver que Facebook a encouragé ou permis dans ces règles cette entourloupe.

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