Le Huawei P40 sortira sous HarmonyOS et non pas sur Android, si la situation ne s'améliore pas. Voilà la mise en garde lancée par Huawei début septembre. L'entreprise chinoise laisse en effet entendre que l'on pourrait l'empêcher d'utiliser Android. Cela dit, le risque paraît exagéré.

Abandonner un système d’exploitation au profit d’un autre est moins simple qu’il n’y paraît. C’est vrai pour un particulier. Ça l’est aussi pour un fabricant de smartphones. Preuve en est avec Huawei : malgré l’intense pression américaine qui s’exerce sur ses épaules, et qui risque de perturber son accès à Android, le constructeur chinois est dans une logique de temporisation.

Cela s’est encore vu récemment avec le Huawei P40, dont la commercialisation est prévue pour le printemps 2020. Au Spiegel, Richard Yu, le patron de la société, a ainsi suggéré que « si les contraintes persistent », alors la décision sera prise de basculer sur HarmonyOS, le système d’exploitation maison. Celui-ci a été présenté au début du mois d’août comme la preuve que Huawei n’a pas besoin d’Android.

Le Huawei P30, qui sera remplacé en 2020 par le P40. // Source : Youtube/Huawei

Néanmoins, le fait est que Huawei n’a pour l’instant pas prévu de sortir quoi que ce soit (en smartphones) qui impliquerait HarmonyOS, même s’il affirme qu’une bascule sur cette plateforme serait aisée et rapide. « Si l’on nous interdit d’utiliser Android, nous pourrons passer sur HarmonyOS immédiatement. Cela ne sera pas difficile  », lançait ainsi Huawei lors de la conférence sur l’OS.

Un risque exagéré ?

La perspective d’une interdiction formelle adressée à Huawei d’utiliser Android paraît en effet assez improbable : Android, dans sa version de base, demeure un système d’exploitation mobile open source, dont le code est libre et ouvert. Si un tel scénario se déroulait, il lui suffirait de partir sur sa propre branche. Ce ne serait plus un Android par Google (avec ses services et ses logiciels), mais un Android par Huawei.

Autrement dit, HarmonyOS s’avère plutôt un plan B ou une issue de secours si les choses empirent sur Android — ce que ne souhaite évidemment pas le constructeur, car il n’est pas dit que la clientèle le suivra s’il change d’écosystème. Huawei a d’ailleurs rappelé que ses produits actuels restent sur Android pour l’instant et qu’il fera son possible pour fournir les mises à jour adéquates.

Le Huawei Mate 30 devra composer sans l’écosystème Google. // Source : Ice Universe

Pour l’heure, donc, Huawei joue plutôt la posture : il prévient qu’il prendra de fortes mesures dans le futur — on parle d’une action qui n’aurait lieu que dans plusieurs mois — si les choses tournent mal. Mais pour aujourd’hui, aucune bascule sur HarmonyOS n’a été enclenchée.

D’ailleurs, signe supplémentaire qu’il n’est pas simple d’abandonner Android, la décision de Huawei de conserver l’OS, même s’il faudra sans doute faire sans Google Play et l’écosystème Google pour le Huawei Mate 30. Sa présentation est annoncée pour le 19 septembre. Jusqu’au 19 novembre, les États-Unis ont accordé un sursis à la firme pour qu’elle puisse faire des affaires avec ses clients et fournisseurs américains.

Huawei
Huawei semble exagérer le péril sur Android. // Source : Huawei

En réalité, il n’est pas non plus dans son intérêt de quitter Android : s’il veut ravir la place de numéro un des constructeurs, il a tout intérêt à se battre avec les mêmes armes que ses rivaux, qui utilisent presque tous Android comme système d’exploitation — hormis Apple, qui est une exception sur ce marché. Pour ravir des clients, il lui faut les attirer avec la promesse qu’ils retrouveront le même environnement logiciel… et les services les plus populaires, du chat au streaming, qui n’ont pas été encore annoncés sur HarmonyOS.

Quoi qu’il en soit, il est possible que d’ici la survenue de cette échéance, Américains comme Chinois règlent leurs différends commerciaux — ce qui arrangerait bien Huawei et lui permette d’une part de redéployer les services de Google sur ses terminaux Android et de proposer plutôt ce système d’exploitation à sa clientèle et non pas HarmonyOS, dont l’accueil public est hautement incertain.

Partager sur les réseaux sociaux