Google a prévenu qu'en l'état, les prochains smartphones de Huawei comme le Mate 30 ne pourront pas bénéficier de son écosystème logiciel.

Vous envisagez de changer de smartphone dans les mois à venir et vous suivez avec attention les annonces à venir des constructeurs ? Si c’est le cas, il y a sans doute une marque vis-à-vis de laquelle il vous faudra faire preuve de prudence : Huawei. En effet, les prochains modèles du fabricant chinois vont tout simplement être livrés sans Google Play et les autres services de Google.

C’est ce qu’a déclaré un porte-parole de la firme de Mountain View à Reuters le 28 août 2019, alors que se profile à l’horizon la sortie du Mate 30, le prochain fleuron de Huawei. La raison est d’ordre géopolitique : les États-Unis sont en guerre commerciale avec la Chine et Huawei fait l’objet de restrictions commerciales majeures au motif que ses activités peuvent être un danger pour la sécurité nationale.

Le Mate X pourrait aussi sortir sans l’écosystème Google. // Source : Youtube/Huawei Mobile

Des sursis qui ne couvrent pas tout

Certes, Huawei a bénéficié au mois de mai d’un sursis de trois mois, qui a été prolongé en août de trois mois supplémentaires. Cependant, ces deux répits, qui s’appliquent d’une part sous conditions, excluent d’autre part les futurs smartphones. Seuls ceux qui sont déjà sortis dans le commerce, avant le 16 mai. Or, la présentation du Mate 30 et de sa variante, le Mate 30 Pro, n’est attendue qu’à la mi-septembre.

Ce n’est évidemment pas le seul modèle qui sera dans cette situation : le Mate X, qui est un smartphone pliable, devrait lui aussi être privé de l’accès aux environnements logiciels qui viennent des États-Unis. Or, du fait de leur poids dans le monde des smartphones (Android a même été le motif de condamnation de Google par la Commission européenne, pour abus de position dominante), leur absence constitue un désavantage concurrentiel énorme. Les clients, conscients de ce manque, auraient des raisons d’aller voir ailleurs.

En principe, Huawei a quand même la possibilité de sortir ces nouveaux appareils, mais il ne pourra pas les équiper de l’écosystème Google. Certes, le fabricant chinois a présenté cet été sa parade, intitulée HarmonyOS pour remplacer Android, mais son déploiement n’est pas à l’ordre du jour. L’entreprise déclare vouloir privilégier Android, dont l’accès ne lui est pas interdit pour l’heure, étant un OS libre et ouvert.

HarmonyOS
HarmonyOS, riposte ultime de Huawei s’il devait faire une croix sur Android.

Quelle chance pour un Android sans Google en Occident ?

Quel succès pourrait avoir un smartphone ne bénéficiant pas des services très populaires du géant américain ? Dans la mesure où l’écosystème construit par Google a réussi à se nicher au cœur du quotidien numérique d’un nombre considérable de particuliers, on peut raisonnablement douter que ceux-ci puissent — ou veuillent — faire un saut dans l’inconnu, surtout si les alternatives ne sont pas à la hauteur.

Si ça ne sera peut-être pas handicapant pour certains marchés, à l’image de la Chine, qui a un environnement logiciel très différent de celui auquel sont confrontés habituellement les mobinautes en Occident, d’autres, comme l’Europe, pourraient vouloir fuir des terminaux qui n’offrent pas un horizon très clair. Quid, en effet, de l’accès aux applications mobiles ou bien aux mises à jour de sécurité ?

Évidemment, cette situation n’est pas figée et définitive, mais sa résolution ne se trouve ni dans les mains de Google, ni dans celles de Huawei. C’est entre Pékin et Washington que cela se joue, et la récente montée de fièvre entre les deux pays — de nouvelles taxes ont été annoncées de part et d’autre — ne laisse pas augurer une rapide sortie de crise, même si les deux parties sont disposées à discuter.

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