À l’aube d’une introduction en Bourse historique, SpaceX a dévoilé AI1 , sa première génération de satellites d’intelligence artificielle. Une solution radicale pour déporter la puissance de calcul dans l’espace et contourner la crise énergétique qui menace les data centers terrestres.

C’est donc cette semaine que SpaceX doit débarquer en Bourse, avec une introduction qui promet d’être historique. Et c’est donc aussi cette semaine, opportunément, que SpaceX a choisi d’organiser un petit point d’étape « en matière de fabrication, de lancement et d’exploitation à grande échelle de satellites dotés d’IA », en présence d’Elon Musk.

L’événement, qui a duré environ trente minutes le 8 juin 2026, a surtout permis à la société de mettre en avant AI1, le tout premier modèle de satellite dédié entièrement à l’intelligence artificielle. Elon Musk considère en effet comme nécessaire d’occuper l’orbite terrestre basse pour y déployer de la puissance de calcul, notamment pour des raisons énergétiques.

Il n’est pas le seul à le penser. D’autres géants de la tech, comme Google et Nvidia, ont aussi des réflexions sur le sujet. Deux arguments sont brandis : la possibilité d’accéder à une source d’énergie illimitée, gratuite et constante (le Soleil) et la dissipation thermique via le vide spatial. Cependant, d’autres défis techniques restent à traiter.

Des problématiques (gestion thermique, débit avec la Terre, fiabilité du data center dans un environnement par nature hostile) qui s’appliquent aussi à SpaceX, et que le spécialiste des vols spatiaux et des lancements de fusées n’ignore pas. La présentation générale du satellite AI1 vise d’ailleurs à lister un certain nombre de solutions pour les surmonter.

Dans l’espace, un des gros défis à résoudre est d’évacuer la chaleur. Comme il n’y a pas d’air pour refroidir des composants électroniques qui tournent à plein régime, via le principe de la convection (soit le transfert d’énergie entre un objet et son environnement), il a fallu opter pour une autre approche. Et cela explique notamment les dimensions du satellite AI1.

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La gestion de la chaleur est clé. // Source : Montage Numerama

Une architecture de serveur taillée pour le vide spatial

Ainsi, avec une envergure de 70 mètres et une hauteur de 20 mètres, il est prévu de s’appuyer sur un radiateur à liquide déployable de 110 m², couplé à des boucles de pompage redondantes. À cela s’ajoute une orientation du panneau thermique de façon à évacuer efficacement la chaleur vers le vide, par rayonnement, tout en évitant d’absorber au passage celle du Soleil.

Côté alimentation électrique, l’AI1 mobilise un réseau de panneaux solaires capables de générer 150 kilowatts (kW), avec une densité de 250 W/m². En termes de puissance de calcul, on parle d’un module pouvant soutenir 150 kW de puissance de crête (120 kW en moyenne constante), soit un ratio de 70 kW par tonne.

Source : SpaceX
Les caractéristiques. // Source : SpaceX

Pour donner un ordre d’idée concret, Elon Musk compare volontiers cette infrastructure à un équipement bien connu des ingénieurs au sol. Cette enveloppe de 120 à 150 kW correspond de très près aux exigences énergétiques d’un rack de serveurs terrestre Nvidia GB300 équipé de 72 processeurs graphiques (GPU).

L’architecture de calcul se veut toutefois modulaire et interchangeable, capable d’accueillir aussi bien des puces de génération « Rubin » que des TPU (Tensor Processing Units) développés par Google.

Point plus surprenant à noter, Elon Musk affirme que malgré son gigantisme, l’AI1 est un appareil beaucoup moins complexe à fabriquer que ses satellites de télécommunication actuels. D’après ses explications, un satellite d’IA se résume principalement à un assemblage de cellules solaires, d’un radiateur et de liaisons laser. Il n’y a pas ici d’antennes réseau à commande de phase complexes requises pour Starlink.

Pour accélérer la cadence de production, SpaceX prévoit d’ailleurs de recycler massivement des briques technologiques déjà éprouvées sur ses satellites Starlink V3.

De la connectivité laser à la production de masse

L’autre grand défi technique concerne le transfert des données avec la Terre. Pour éviter d’encombrer les fréquences radio traditionnelles et garantir des débits massifs, l’AI1 s’appuiera sur des liaisons laser intersatellites. Plutôt que de pointer directement vers le sol, le satellite IA transmettra ses flux à la constellation Starlink, qui fera office de routeur spatial vers les stations terrestres.

Avec un satellite positionné sur une orbite basse entre 600 et 800 kilomètres d’altitude, SpaceX promet d’excellents temps de réponse avec une latence d’à peine 3 millisecondes — la vitesse de la lumière est de 300 000 kilomètres par seconde dans le vide. Celle-ci parcourt donc 300 kilomètres en une seule milliseconde dans des conditions analogues.

Évidemment, SpaceX ne compte pas se contenter d’un seul serveur en l’air. L’entreprise prévoit une industrialisation de masse à Bastrop, au Texas, dont les infrastructures de fabrication de panneaux solaires et de production de satellites IA sont déjà en chantier.

Source : SpaceX
Vue du Terafab, en infographie. // Source : SpaceX

À plus long terme, pour soutenir cette infrastructure orbitale sans dépendre des fonderies mondiales, Elon Musk mise sur son projet Terafab, une usine de puces titanesque d’une taille dix fois supérieure à la Gigafactory de Tesla au Texas. Objectif ? Viser une capacité de production d’un térawatt (TW) de puces par an.

Et, bien sûr, le fondateur de SpaceX désire suivre une feuille de route très agressive : on parle d’une capacité d’IA orbitale d’un gigawatt (GW) d’ici à la fin 2027, avant de chercher à multiplier ce volume par dix chaque année. Des jalons ambitieux et nombreux, qui sont présentés justement au moment où les investisseurs s’apprêtent à se positionner sur la valeur de SpaceX.

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