Quelques semaines après avoir annoncé la fusion de SpaceX et xAI, Elon Musk dévoile TERAFAB, un projet de méga-usine de semi-conducteurs pour rendre ses entreprises indépendantes en puces. La promesse est ahurissante… mais semble difficilement tenable en l’état.

Dans quelques années, le projet TERAFAB d’Elon Musk sera-t-il présenté comme une des meilleures décisions du milliardaire… ou comme un projet un peu trop ambitieux ?

Dans la soirée du 21 mars 2026, Elon Musk a officialisé son projet d’usine de semi-conducteurs cofinancé par Tesla et SpaceX. Le but ? Fabriquer des milliards de puces par an pour les voitures, les robots et les centres de données de ses entreprises. TERAFAB pourrait un jour concevoir des datacenters dans l’espace, une des grandes lubies d’Elon Musk, Nvidia et Google, même si de nombreux experts doutent de la faisabilité du projet. La méga-usine Terafab devrait ouvrir depuis Austin, au Texas, avec un investissement entre 20 et 25 milliards de dollars pour une date de livraison inconnue.

Une usine pour alimenter Grok, améliorer la conduite autonome et rendre les robots intelligents

L’ambition affichée par Elon Musk peut parfois sembler irréaliste : l’usine Terafab est conçue pour atteindre une finesse de gravure de 2 nanomètres selon le milliardaire. Un objectif difficile à imaginer sur le court-terme quand on connaît les difficultés de la Chine malgré ses moyens illimités… Elon Musk ne veut pas juste fabriquer des puces, il prétend pouvoir égaler la qualité taïwanaise. À terme, son usine produirait deux grandes familles de puces :

  • Les puces pour la Terre destinées aux besoins de la conduite autonome (FSD) de Tesla et aux millions de robots humanoïdes Optimus que veut construire l’entreprise. Elon Musk estime que ces robots nécessiteront à eux seuls entre 100 et 200 gigawatts de puissance de calcul annuelle.
  • Les puces pour l’espace : des puces conçues pour l’environnement spatial capables de supporter des radiations et des températures extrêmes et qui pourraient créer les serveurs orbitaux du futur.

À terme, Elon Musk espère générer 1 térawatt de puissance de calcul par an : c’est énorme. L’objectif du milliardaire et de couper la dépendance à l’Asie (TSMC, Samsung) et de produire aux États-Unis les puces les plus sophistiquées au monde.

Tesla Optimus. // Source : Tesla
Tesla Optimus. // Source : Tesla

Une gravure en 2 nm : Elon Musk se pense plus fort que la Chine

Vous êtes impressionnés ? De premiers experts émettent des doutes. Le problème de Terafab est qu’Elon Musk ne veut pas seulement concevoir des puces, mais prétend atteindre un niveau de gravure « state-of-the-art », avec du 2 nm, qui correspond à ce que TSMC devrait pouvoir commencer à livrer à ses clients en 2026. Il y a une barrière physique et industrielle quasi infranchissable pour un nouvel entrant : il est difficile d’imaginer Tesla et SpaceX atteindre un tel niveau rapidement. Et, d’ici là, les procédés pourraient encore avoir évolué.

La fabrication de puces de pointe repose sur la lithographie EUV (Extrême Ultraviolet). Or, il existe un goulet d’étranglement mondial : seul le néerlandais ASML fabrique les machines capables de réaliser cette prouesse. Ces scanners coûtent plus de 350 millions d’euros l’unité, pèsent 150 tonnes et leur carnet de commandes est saturé pour les cinq prochaines années par Intel, TSMC et Samsung. Même la Chine, prête à mettre tous les moyens pour avoir de la gravure fine, est obligée de recourir à des procédés moins bons et de dégrader les performances de ses puces.

Même si les États-Unis investissent massivement dans les puces, ils ne maîtrisent pas la fabrication des machines de lithographie. Imaginer qu’Elon Musk puisse développer sa propre technologie en partant de zéro est jugé techniquement absurde par la majorité des analystes. Il semble peu probable que Terafab rende Tesla et SpaceX indépendants des fonderies asiatiques avant longtemps (à moins d’un accord avec TSMC, qui installe déjà des usines aux États-Unis avec des résultats mitigés, mais conserve à Taïwan ses meilleurs équipements).

Parmi les idées d’Elon Musk pour accélérer la production : une usine sur la Lune. Là encore, il est difficile de se projeter sur le court-terme.

Des centaines de fusées par jour pour des objectifs difficilement mesurables : Terafab est-il faisable ?

Depuis des mois, Elon Musk revient régulièrement sur une rupture technologique : il veut délocaliser le calcul dans l’espace. SpaceX a déjà demandé des licences pour lancer un million de satellites orbitaux : l’idée serait d’utiliser l’énergie solaire et le froid du vide spatial pour refroidir les puces, pour ne plus être limité par les contraintes énergétiques terrestres.

Faut-il y croire ? Sur Twitter, le compte Techniques Spatiales livre une analyse intéressante sur les ambitions d’Elon Musk : il faudrait envoyer 270 Starship V3 par jour (ou 140 Starship V4) pour atteindre la puissance de 1 TW nécessaire selon Elon Musk, ce qui correspond à 10 millions de satellites (on vous laisse imaginer les ressources nécessaires). Or, le rythme maximal de SpaceX est plutôt d’une fusée par mois aujourd’hui. L’entreprise peut accélérer la cadence, mais il est difficile d’imaginer un tel nombre de fusées partir quotidiennement sur le court terme.

Starship. // Source : SpaceX
Starship. // Source : SpaceX

Au-delà des promesses techniques, le timing de l’annonce interroge. SpaceX a officiellement absorbé xAI en février 2026, créant un géant de l’aérospatial et de l’IA. Cette entité se prépare à une introduction en bourse (IPO) historique prévue pour l’été 2026, avec une valorisation théorique qui s’envole déjà autour des 2 000 milliards de dollars. Terafab devrait artificiellement booster cette valorisation… mais avec quel réalisme ?

Aucune date de mise en service n’est confirmée par Elon Musk : Terafab n’est qu’une vision d’avenir. Le milliardaire a prouvé par le passé qu’il fallait se méfier de ses projets jugés impossibles… mais semble être plus ambitieux que jamais avec sa méga-usine. Aura-t-il raison avant tout le monde dans quelques années ?

Cet article existe grâce à

Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l’I.A, contenus exclusifs et plus encore. Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google !