Dans un mail interne adressé aux eurodéputés et consulté par Politico, on apprend que les recherches lancées depuis la barre d’adresse des navigateurs Firefox et Edge sur les postes du Parlement européen passeront par défaut par Qwant, et non plus par Google, à compter du 4 juin 2026. Les élus restent libres de changer ce réglage ou d’utiliser un autre moteur (Google n’est pas interdit), mais l’institution européenne prend une décision forte malgré le lobbying des grands groupes américains. Le Parlement justifie ce choix par son engagement en faveur de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles des utilisateurs : Google présenterait des risques selon ses conclusions.
Si la décision peut sembler anecdotique, Politico raconte qu’elle suit des mois de pression interne. Dès novembre 2025, un groupe de 38 eurodéputés avait écrit à la présidente du Parlement Roberta Metsola pour réclamer une sortie progressive des logiciels Microsoft et d’autres technologies étrangères. L’Europe, qui multiplie les règlementations anti-géants américains, semble vouloir désormais développer des alternatives.
L’Europe veut réduire sa dépendance aux États-Unis
Hasard du calendrier, cette bascule du Parlement européen intervient au moment où la Commission européenne présente son paquet sur la souveraineté technologique. Bruxelles part d’un constat : l’Union européenne dépend de pays tiers pour plus de 80 % de ses produits, services et infrastructures numériques. Son plan vise à proposer du cloud, de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs et des logiciels européenns, avec l’ambition de pousser les alternatives open source et de limiter l’usage des clouds américains pour les données sensibles des administrations.
Le geste du Parlement n’est pas isolé. En France, la Direction interministérielle du numérique (Dinum) pousse depuis avril 2024 La Suite numérique, un ensemble d’outils souverains et open source. L’outil Visio va même devenir obligatoire dès 2027 avec une interdiction de Microsoft Teams, Zoom ou Google Meet pour la visioconférence. L’objectif est de ne plus passer par des serveurs américains, même si la réalité technique rend cet objectif difficilement atteignable.

En Allemagne, le Land de Schleswig-Holstein bascule environ 30 000 postes administratifs vers Linux et LibreOffice, dans un projet baptisé « digitale Souveränität » qui doit s’achever d’ici 2027. D’autres initiatives locales voient le jour : le retour de Donald Trump au pouvoir et les droits de douane ont provoqué une prise de conscience européenne sur l’ultra-dépendance américaine.
Google s’inquiète pour son avenir en Europe
Fondé en 2013, Qwant se présente depuis toujours comme une alternative européenne à Google et mise sur la vie privée pour séduire des utilisateurs. Le moteur a été racheté en 2024 par Synfonium, structure portée par Octave Klaba (OVH) avec une participation de la Caisse des dépôts. Qwant a longtemps eu du mal à s’imposer, notamment parce que son index du web dépendait de Microsoft Bing. Il travaille aujourd’hui sur son propre index et intègre des réponses IA, à la manière des AI Overviews de Google.

Comment réagit Google ? Le bras de fer se joue dans les deux sens. Avant l’annonce de l’Europe, le géant du web a organisé un briefing avec des membres de la presse, dont Numerama, consacré au DMA. La décision du Parlement européen n’a pas été commentée, mais Google tire la sonnette d’alarme pour la première fois sur les risques pour la sécurité et la vie privée de ses utilisateurs avec les nouvelles mesures de la Commission européenne, qui veut casser son moteur de recherche et Android.
Google estime qu’ouvrir à des applications tierces non vérifiées l’accès aux fonctions profondes d’Android, dont les assistants IA, reviendrait à créer une faille de sécurité importante. N’importe quel malware pourrait utiliser le micro d’un téléphone en exploitant les API souhaitées par l’Europe : Google indique que l’Europe n’entend pas ses craintes. Le géant du web s’inquiète aussi de voir l’Europe le forcer à partager les données de ses utilisateurs de manière anonyme à ses concurrents : selon lui, l’anonymat n’existe pas et l’Europe pourrait aller contre ses propres règles, comme le RGPD, en permettant à des hackers de croiser des documents pour identifier des profils. Un discours qui rappelle beaucoup celui d’Apple, qui a commencé à désactiver des fonctions dans l’Union européenne pour ne pas se plier au DMA. Les relations entre l’Europe et la tech américaine sont de plus en plus délicates.
En remplaçant Google par Qwant, l’Europe anticipe peut-être un durcissement à venir du géant de Mountain View qui pourrait restreindre les fonctionnalités disponibles sur le territoire. Reste une réalité dans les usages : malgré les efforts des concurrents, les utilisateurs semblent nettement préférer Google en Europe et ailleurs.
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