Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas la Commission européenne qui attaque Apple, mais l’Italie. Le 16 juin 2026, l’Autorité de la concurrence italienne (AGCM) a ouvert une enquête visant Apple sur le respect du DMA, le règlement européen sur les marchés numériques. Une première pour le régulateur italien, qui active pour la première fois ses pouvoirs d’enquête préliminaire prévus par le texte. L’instruction est menée en coopération avec la Commission européenne, seule habilitée à prononcer une éventuelle sanction.
Au cœur du dossier : la sauvegarde de l’iPhone et de l’iPad, deux « gatekeepers » selon le DMA. Selon l’AGCM, Apple ne permettrait pas aux services cloud tiers comme Google Drive, Dropbox ou Microsoft OneDrive d’accéder aux fonctions nécessaires pour sauvegarder un appareil. iCloud est la seule option native selon l’autorité italienne, qui y voit un avantage concurrentiel. Un nouvel épisode dans la guerre ouverte entre Apple et l’Europe, alors que la marque vient de renoncer au lancement de Siri AI en Europe et se plaint depuis des mois de son traitement par l’Union européenne.
Pourquoi l’Italie se trompe sur la sauvegarde d’un iPhone
L’Italie a-t-elle raison ? Si beaucoup imaginent déjà l’Europe forcer Apple à ouvrir son iPhone, il nous semble que les allégations de l’AGCM sont plutôt inexactes.
Contrairement à ce que suggère l’Italie, il existe deux manières de sauvegarder un iPhone :
- la sauvegarde iCloud : elle se fait directement depuis l’iPhone ou l’iPad, est reproduite tous les soirs pendant la charge et nécessite d’avoir assez de stockage iCloud.
- la sauvegarde avec un ordinateur : la grande oubliée du communiqué italien, qui permet pourtant depuis un PC ou un Mac de sauvegarder l’intégralité de son iPhone dans un dossier, d’éventuellement stocker cette sauvegarde dans le cloud de son choix et de ne pas payer iCloud. Ce système peut fonctionner en Wi-Fi : on peut donc l’automatiser tous les jours si on le souhaite sans brancher son iPhone à l’ordinateur.

L’existence d’une option gratuite, via un ordinateur, contredit l’idée selon laquelle Apple forcerait ses utilisateurs à s’abonner à iCloud pour sauvegarder leurs appareils. Il est même possible d’automatiser la sauvegarde de son téléphone dans Google Drive ou Dropbox depuis son ordinateur : l’autorité dresse un portrait partiel de la situation. On imagine mal les avocats d’Apple ne pas mettre en avant ce problème : la sauvegarde iCloud n’est qu’un gain de temps par son intégration au système.
En réalité, on s’abonne plus à iCloud pour la synchronisation de ses messages, de ses photos ou de ses notes que pour la sauvegarde totale de son iPhone. Or, il est parfaitement possible d’utiliser des concurrents d’iMessage, d’Apple Photos ou d’Apple Notes sur iPhone, et la synchronisation avec Outlook ou Google est possible depuis iPhone OS 2.0, en 2008. Les arguments italiens ne sont valables que pour la sauvegarde iCloud déclenchée depuis iOS et suggèrent, à tort, qu’Apple n’offre pas d’alternative et verrouille les données.
Si le monopole mis en avant par l’Italie et l’Europe n’existe pas vraiment, on peut imaginer que la Commission européenne pourrait considérer déloyale la présence d’une seule option iCloud dans les réglages. Un problème qu’Apple peut corriger facilement : un bouton « Exporter vers la sauvegarde » qui génèrerait un fichier chiffré, comme sur PC/Mac, et l’enregistrerait dans l’application Fichiers, en local, est possible. Apple fera sans doute tout pour l’éviter (la marque n’est pas fan des options complexes), mais le fonctionnement actuel des sauvegardes n’est en rien verrouillé. Bref, le DMA n’a pas forcément raison sur cet aspect.
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