Il y a deux ans, un forfait avait converti une bonne partie de la rédaction de Numerama : Bouygues lançait une série spéciale illimitée à 12 euros. En décembre 2025, l’offre est revenue sous la forme d’une promo B&You, à moins de 9 euros par mois, 5G incluse. En avril 2026, le prix moyen d’un forfait avec appels illimités et au moins 20 Go de data atteint 13,34 euros par mois selon le baromètre Ariase… soit une hausse de 31,1 % en un an.
Cette montée des prix est-elle conjoncturelle ou suit-elle une augmentation mécanique, qui s’amplifierait nécessairement avec le démantèlement de SFR, s’il allait à son terme ? C’est la question qu’on se pose et pour y répondre, nous avons choisi d’analyser le marché français sur une longue période tout en le comparant aux exemples européens concrets.
Un constat s’impose : la France a vécu un âge d’or du forfait pas cher. Quatorze ans de guerre des prix, de promotions agressives, de marques low-cost et de MVNO (les opérateurs de réseau mobile virtuel) qui se tiraient la bourre à coups d’offres à 2, 5 ou 10 euros. Cet âge d’or est peut-être en train de prendre fin, alors que l’abonnement à 30 euros par mois, qui semblait premium il y a quelques années, pourrait devenir banal en 2026-2027. Dans les faits, trois données se croisent : les prix français qui remontent, les MVNO qui s’affaiblissent et les pays voisins, qui ont vécu il y a dix ans le type de consolidation que la France connaîtra peut-être demain.
L’âge d’or du forfait mobile à bas coût…
Pour comprendre où l’on va, il faut se souvenir d’où l’on vient et retourner en 2011. Le marché mobile français compte alors trois opérateurs — Orange, SFR, Bouygues Telecom — et un forfait standard se négocie entre 50 et 80 euros par mois, pour une enveloppe data dérisoire, un illimité voix souvent absent et un engagement de 24 mois quasi systématique avec un téléphone subventionné. Les plus jeunes n’ont pas connu cette époque, mais à ce moment-là dans l’histoire des télécoms, l’abonné rembourse surtout son smartphone à travers sa facture.
Le marché fonctionne en club confortable, ce que l’Autorité de la concurrence avait d’ailleurs sanctionné en 2005 en condamnant Orange, SFR et Bouygues Telecom à 534 millions d’euros d’amende pour entente illicite sur les parts de marché.

C’est dans ce contexte que le gouvernement attribue une quatrième licence mobile à Free, la société de Xavier Niel, déjà connue pour avoir bousculé l’internet fixe avec la Freebox. Le 10 janvier 2012, Niel monte sur scène dans une mise en scène très inspirée des keynotes américaines et lance son forfait : 19,99 euros par mois pour le tout illimité, 2 euros pour une offre légère, et même 0 euro pour certains abonnés Freebox sur l’offre de base. On s’en souvient : l’entrepreneur, provocateur, qualifie en direct les clients des trois historiques de « pigeons ».
Résultat : au premier trimestre 2012, Orange perd 2,3 millions de clients, Bouygues Telecom plus de 500 000 et SFR environ 200 000. En quelques mois, Free atteint 2,6 millions d’abonnés.
Les opérateurs historiques, qui voyaient Free arriver depuis 2011, avaient préparé leur riposte : Bouygues lance B&You en juillet 2011, marque low-cost sans engagement disponible uniquement en ligne ; Orange ouvre Sosh en octobre 2011 ; SFR suit avec les Séries RED, qui deviendront RED by SFR. À côté de ces marques, toute une faune d’opérateurs virtuels, les MVNO, louent le réseau des grands plutôt que d’en posséder un : NRJ Mobile, Virgin Mobile, Carrefour Mobile, M6 Mobile, Auchan Telecom, Cdiscount Mobile, La Poste Mobile, Coriolis, Prixtel, Syma, Lebara, Lycamobile…
Au milieu des années 2010, les MVNO pèsent une part significative du marché, avec plusieurs millions de clients et des dizaines de marques actives. Pris individuellement, ils ne sont pas toujours imposants, mais collectivement, en revanche, ils jouent un rôle essentiel : empêcher les prix de remonter trop facilement.
Et ça marche. Entre 2012 et 2014, selon une étude commandée par UFC-Que Choisir, Free Mobile aurait permis aux Français d’économiser près de 7 milliards d’euros de pouvoir d’achat en deux ans seulement. Les forfaits passent de 50-80 euros à moins de 30, puis moins de 20, puis moins de 10. C’est sur ce terreau que s’est construit l’âge d’or du mobile français.
… et ses conséquences silencieuses
Pendant que les abonnés célébraient leurs forfaits à 5 euros, un mouvement de fond se dessinait en coulisses : l’affaiblissement progressif, puis brutal, des MVNO qui tiraient les prix vers le bas en occupant chaque interstice du marché.
Le problème structurel des MVNO tient à leur dépendance. Faute de réseau propre, ils louent la capacité des grands opérateurs à un prix au gigaoctet, à la minute et au SMS qui fixe leur point de départ. Tant que les grands vendaient leurs propres forfaits 50 ou 70 euros, les MVNO pouvaient proposer des offres à 20 euros et dégager une marge. Mais lorsque Free casse les prix à 19,99 euros, avec une licence mobile et une couverture propre qui atteint au lancement le seuil réglementaire de 27 % de la population, l’équation s’inverse. Les MVNO se retrouvent contraints d’acheter de la capacité en gros à des opérateurs qui, eux-mêmes, vendent désormais des forfaits très agressifs au détail. Leur modèle économique perd de sa pertinence.
Les premiers à reculer sont les MVNO et les marques grand public historiques, suivis par les MVNO des banques. Les MVNO indépendants ne disparaissent pas totalement, mais ils perdent une part déterminante de leur capacité de pression. En 2014, ils pesaient lourd dans le jeu concurrentiel ; fin 2025, selon les périmètres retenus, leur poids est nettement plus modeste, et l’ARCEP mesure par exemple une part MVNO autour de 4,9 %. Les survivants véritablement indépendants (Lycamobile et Lebara pour l’international, YouPrice, ou quelques acteurs spécialisés) restent souvent des marques de niche, capables de proposer encore de bons tarifs sans pour autant retrouver la force de frappe d’un Virgin Mobile à son apogée.
Vers le retour à 3 opérateurs : ce qui s’est déjà passé en Europe
Ce qui se joue en France en 2026 (montée des tarifs, passage de 4 à 3 opérateurs, concurrence plus faible), plusieurs pays européens l’ont déjà traversé une dizaine d’années plus tôt et leurs courbes de prix offrent une grille de lecture précieuse.
En Autriche, début 2013, le pays passe de quatre à trois opérateurs mobiles après le rachat d’Orange Autriche par Hutchison 3G, précisément le type de mouvement qui inquiète aujourd’hui en France autour du dossier SFR, même si rien n’est encore définitivement bouclé.
Le régulateur RTR a comparé les prix autrichiens à ce qu’ils auraient probablement été sans la fusion, en s’appuyant sur plusieurs autres pays européens utilisés comme témoins. Le résultat fait apparaître une hausse moyenne estimée de 14 à 20 % pour les clients existants et de 20 à 30 % sur certaines offres prépayées.
Nuance pourtant, en 2015, soit deux ans après la fusion, plusieurs nouveaux MVNO se lancent sur le marché autrichien. La Commission européenne avait exigé, comme condition de son feu vert, que Hutchison ouvre son réseau à des MVNO à des conditions encadrées. Ces nouveaux entrants ont remis un peu de pression sur les prix et la courbe a commencé à se détendre, sans pour autant revenir à son niveau d’avant la fusion.
Deuxième cas : l’Allemagne. En 2014, Telefónica rachète E-Plus et fait passer le marché allemand de quatre à trois opérateurs mobiles, selon le même schéma : remèdes imposés par Bruxelles, avec notamment l’obligation de céder jusqu’à 30 % de capacité réseau à des MVNO comme Drillisch. Là encore, les analyses européennes mettent en évidence des effets haussiers sur certains segments, particulièrement pour les nouveaux clients et les forfaits riches en data. Les opérateurs allemands soulignent en retour que les prix ont baissé sur une longue période, ce qui est exact en valeur absolue. Mais la véritable question, que se posent les régulateurs, consiste à savoir si ces prix ont baissé autant qu’ils l’auraient fait sans la fusion.
Troisième cas : l’Irlande, avec le rachat de O2 par Hutchison en 2014. L’effet prix y semble plus limité, en raison d’un contexte concurrentiel différent : le plus petit acteur absorbait un acteur plus important, et la concurrence résiduelle entre les trois opérateurs restants demeurait plus robuste.
L’enseignement général est clair : les fusions de quatre vers trois tendent à réduire l’intensité concurrentielle, surtout à court et moyen terme, surtout pour les nouveaux clients, surtout sur les forfaits riches en data. L’ampleur de la hausse dépend toutefois de deux facteurs déterminants : la santé du plus petit opérateur avant la fusion et la vigueur de la concurrence des MVNO après.
Appliquée à la France de 2026, cette grille livre une lecture intéressante : SFR est l’acteur fragilisé du marché, sous pression financière via sa maison mère Altice France. Bouygues Telecom, Free/Iliad et Orange ont relevé leur offre conjointe à plus de 20 milliards d’euros pour reprendre ses actifs, mais l’opération demeure soumise à des négociations et aux autorisations de concurrence. Côté MVNO, l’amortisseur est moins puissant qu’auparavant, beaucoup de marques ayant été rachetées ou intégrées aux grands opérateurs. Si la consolidation française produit des effets comparables aux précédents européens, des hausses de prix pourraient arriver d’ici 2028-2029, une fois la consolidation digérée.
Plus de données pour plus cher : le début du retournement
Le baromètre des prix publié par Ariase en avril 2026 et déjà cité livre déjà un chiffre intéressant : le coût mensuel moyen d’un forfait avec appels illimités et au moins 20 Go de data atteint 13,34 euros, soit une hausse de 31,1 % sur un an. Pour mesurer la portée du chiffre, il suffit de procéder à l’envers : si 13,34 euros représentent une hausse de 31,1 %, le prix moyen comparable un an plus tôt s’établissait autour de 10,18 euros. En l’espace d’une année, le marché de référence est ainsi passé d’un point d’équilibre à 10 euros à un point d’équilibre à 13-14 euros pour ce type de forfait.
Les opérateurs ne présentent évidemment pas cette évolution comme une hausse sèche. Ils augmentent les enveloppes data : plutôt que de proposer un forfait 30 Go à 10 euros, ils vendent un forfait 100 ou 200 Go à 13, 15 ou 16 euros, en laissant l’abonné penser qu’il réalise une meilleure affaire. Or la consommation moyenne d’un Français reste très inférieure à ces enveloppes XXL, et c’est tout le nœud du problème : l’ARCEP mesure une consommation moyenne autour de 17 à 18 Go par mois en 2025. Pour une part importante des utilisateurs, les 100 ou 200 Go ne seront jamais consommés. En clair, l’abonné paie davantage pour une capacité théorique qu’il n’utilisera pas.
Un autre signal, plus subtil, mérite d’être souligné : le nouveau positionnement de Free. Le trublion de 2012, celui qui avait tout cassé avec son forfait à 19,99 euros, a lancé Free Max le 31 mars 2026. Data illimitée en France, data illimitée dans plus de 135 destinations, appels internationaux et services inclus, pour 29,99 euros par mois (19,99 euros pour les abonnés Freebox).
Lorsque Free, l’opérateur qui a popularisé le pas cher en France, pousse désormais un forfait à 30 euros comme produit premium, c’est que le plafond mental du marché s’est déplacé. Ce qui relevait du luxe en 2013 devient en 2026 une référence haut de gamme nettement plus acceptable. Les autres opérateurs disposent par ailleurs de bonnes raisons de suivre cette montée en gamme : déploiement de la 5G, investissements fibre, pression sur les infrastructures, et possiblement demain, digestion des actifs de SFR si l’opération de consolidation aboutit.
Il convient au passage de rappeler que les prix des box internet ont déjà pris le chemin inverse du low-cost. La facture fixe moyenne est passée d’environ 32 euros hors taxes à la fin des années 2010 à environ 37 euros hors taxes en 2025.
Le marché du mobile en 2026 : trois gammes, trois logiques
En 2026, le marché se découpe en trois grandes familles, chacune avec sa logique et ses pièges : vous retrouverez tout cela, bien classé, sur notre comparateur de forfaits 5G.
Premier tiers : les forfaits abordables. On y trouve encore les MVNO ajustables et les marques low-cost des telcos. Prixtel propose régulièrement des offres très agressives, comme Oxygène ou Le Petit, avec des prix d’appel autour de 5 à 7 euros selon les périodes et un système de paliers qui ajuste le tarif à la consommation réelle. RED by SFR, B&You et Sosh proposent eux aussi régulièrement des forfaits entre 5 et 10 euros, accompagnés de volumes de data confortables pour un usage normal. À ce niveau de prix, l’abonné se trouve probablement dans les dernières poches de l’âge d’or, et c’est sur ce segment que la hausse pourrait frapper en premier.
Deuxième tiers : le bon rapport qualité-prix. Cette gamme correspond au nouveau centre de gravité du marché. L’exemple typique est le forfait Sosh Voyage 200 Go 5G à 15,99 euros par mois, avec 40 Go utilisables dans 135 destinations, les appels et SMS illimités depuis l’Europe, et des services associés comme l’accès à l’application Orange TV. À ce prix, sur le réseau Orange, avec une enveloppe confortable et une véritable dimension internationale, ce type d’offre devient particulièrement cohérent pour un usage régulier. RED by SFR et B&You se disputent la même zone, généralement entre 15 et 17 euros, pour 200 à 250 Go selon les promotions. Cette gamme s’impose comme la nouvelle zone de confort du marché : ni trop chère, ni trop minimaliste. Elle est aussi celle que les opérateurs ont intérêt à pousser, car elle leur permet de recréer de la valeur sans donner l’impression d’un retour brutal aux prix d’avant Free.
Troisième tiers : le premium. On y trouve Free Max à 29,99 euros par mois (19,99 euros pour les abonnés Freebox) avec data illimitée en France en 5G et 5G+, data illimitée dans plus de 135 destinations et des services internationaux très poussés. Bouygues Telecom a répliqué quelques semaines plus tard avec Mega BiG : 250 Go en France, en Europe, dans les DOM et en Suisse, 40 Go dans plus de 150 destinations dont les États-Unis, le Maroc, le Canada et la Turquie, pour exactement les mêmes paliers tarifaires que Free — 19,99 euros pour les clients des packs BiG, 29,99 euros pour les autres.
SFR propose de son côté un forfait 5G illimitée dans l’Hexagone autour de 39,99 euros par mois, avec une enveloppe importante à l’étranger. Orange et Bouygues conservent une approche plus prudente sur l’illimité mobile pur, même si Orange dispose également d’offres très haut de gamme via Parnasse, qui s’adressent à une clientèle patrimoniale ou professionnelle avec des services de conciergerie.
Ce tiers premium bénéficiera en exclusivité des innovations technologiques, à commencer par la 5G Standalone. Mais il indique surtout la direction du marché : le haut de gamme mobile n’est plus un segment marginal et il se structure désormais autour de prix proches de 30 à 40 euros.
À titre perso, j’ai longtemps eu des forfaits entre 10 et 12 euros maximum, qui me convenaient parfaitement. Je suis aujourd’hui passé à 16 euros : un symptôme, parmi d’autres, d’un marché qui se déplace.
Allez-vous payer le prix fort en 2026 ?
La réponse honnête tient en peu de mots : pas forcément tout de suite, mais le risque s’accroît clairement.
Le premier semestre 2026 marque un virage. Les prix des forfaits comparables ont déjà augmenté d’environ 31 % sur un an dans le baromètre Ariase, les MVNO ont perdu une grande partie de leur poids concurrentiel depuis le milieu des années 2010, Free a déplacé son produit phare vers un haut de gamme à 30 euros et SFR, pilier du modèle à quatre opérateurs, pourrait être absorbé par ses concurrents si le projet de rachat aboutit.
En bref, si l’on en croit les données à notre disposition, cela devrait bouger doucement, mais sûrement, vers une augmentation globale du prix moyen des forfaits mobiles — l’augmentation drastique du jour au lendemain n’arrive pas.
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