La crainte d’une bulle de l’IA s’installe dans le débat public, portée par l’ampleur des investissements et la frénésie des marchés. Pourtant, à l’heure de publier leurs résultats trimestriels, Alphabet, Microsoft et Amazon affichent des performances solides, largement soutenues par le cloud et l’intelligence artificielle.

Depuis quelques mois, la presse généraliste, économique et internationale s’emballe autour d’un spectre familier : celui d’une bulle de l’IA. Le scénario est connu : des valorisations qui s’envolent, des investissements massifs dictés par l’anticipation de gains futurs… jusqu’au moment où la réalité ne suit plus.

L’inquiétude n’a rien d’absurde : par leur ampleur comme par leur rythme, les investissements donnent le vertige. Mais les derniers résultats financiers d’Alphabet (Google), largement tirés par l’IA, ainsi que ceux de Microsoft et Amazon invitent à nuancer ce récit. Portés par le cloud et les services d’intelligence artificielle, les trois géants ont publié des résultats trimestriels solides ce 29 avril 2026.

Les gros chiffres : des machines à cash dopées au cloud

Au premier trimestre 2026, Amazon affiche un chiffre d’affaires d’environ 181,5 milliards de dollars, en progression de 17 % sur un an, au‑dessus des attentes des analystes. Son bénéfice net grimpe à plus de 3 milliards de dollars, en partie gonflé par un gain comptable lié à sa participation dans l’entreprise américaine Anthropic.

Dans le détail, c’est toujours Amazon Web Services (AWS), l’activité de cloud, qui tire la croissance. Sur le trimestre, cette branche a généré 37,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, soit presque 30 % de plus qu’il y a un an, tout en restant très rentable. Après un coup de frein en 2023–2024, AWS accélère de nouveau, grâce aux projets d’IA générative que les entreprises font tourner en masse sur les serveurs d’Amazon.

Les résultats du Q1 2026 d'Amazon. // Source : Amazon
Les résultats du Q1 2026 d’Amazon. // Source : Amazon

Microsoft raconte une histoire similaire. Sur le troisième trimestre de son exercice fiscal 2026, qui correspond aux mois de janvier à mars 2026, la firme de Redmond a enregistré 82,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 18 % sur un an, pour un résultat d’exploitation de 38,4 milliards de dollars (+20%) et un bénéfice net de 31,8 milliards. Là aussi, le cœur de la machine est le cloud : Microsoft Cloud atteint 54,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en progression de 29% sur un an.

La division Intelligent Cloud, qui regroupe Azure et les services serveurs, pèse à elle seule 34,7 milliards de dollars de revenus, soit une hausse de 30% sur un an. À l’intérieur, Azure et les autres services cloud affichent une croissance de 40%, portée à la fois par les usages d’IA (modèles OpenAI, Copilot, IA intégrée aux applis métiers) et par la migration plus classique vers le cloud.

Chez Microsoft, le bénéfice net s'est élevé à 31,8 milliards de dollars pour le Q1 2026. // Source : Microsoft
Chez Microsoft, le bénéfice net s’est élevé à 31,8 milliards de dollars pour le Q1 2026. // Source : Microsoft

Google, de son côté, affiche un chiffre d’affaires de 109,9 milliards de dollars au premier trimestre 2026, soit une hausse hausse de 22 % sur un an, avec un bénéfice net de 62,6 milliards de dollars. Google Cloud dépasse pour la première fois les 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires trimestriel, en hausse de 63 % sur un an, grâce à la demande en IA générative, aux infrastructures de calcul et aux solutions d’entreprise autour de Gemini.  

Des investissements massifs, mais une demande toujours très forte

Dans ce contexte, le vrai sujet n’est plus de « battre les attentes » trimestre après trimestre, mais d’absorber une vague d’investissements sans précédent dans l’IA : Microsoft continue de consacrer des dizaines de milliards de dollars de capex (dépenses d’investissement) à la construction de centres de données et à l’achat de puces, un rythme qui pèse mécaniquement sur le cash à court terme.

En parallèle, Microsoft a aussi profité du trimestre pour clarifier sa relation avec OpenAI : l’accord a été réécrit pour mettre fin à l’exclusivité autour des modèles de la startup, tout en maintenant Azure comme cloud principal et une licence non exclusive sur sa technologie jusqu’en 2032. Autrement dit, la firme Redmond se pose de plus en plus comme un « fournisseur d’infrastructures IA » — y compris pour OpenAI — plutôt que comme un simple distributeur captif de ses modèles.

Plus largement, si le scénario de bulle ne se matérialise pas encore, c’est parce que la demande suit : le cloud progresse toujours de près de 30 %, Azure reste sur un rythme de 40 % de croissance et les signaux d’adoption de Copilot se multiplient, avec des contrats d’entreprise où l’assistant IA est de plus en plus vendu en supplément des licences Microsoft 365 et GitHub. Reste une inconnue majeure, qui pourrait tout faire basculer : ces entreprises renouvelleront‑elles ces contrats coûteux si les gains de productivité promis par l’IA ne sont finalement pas au rendez‑vous ?

Les puces Google Tensor T8i et T8t. // Source : Google
Les puces Google Tensor T8i et T8t font planer un doute sur une partie de l’industrie : a-t-on besoin des meilleurs GPU Nvidia pour faire de l’IA puissante ? // Source : Google

Chez Amazon, la note IA est encore plus spectaculaire sur le papier. Le groupe prévoit de dépenser autour de 200 milliards de dollars de capex en 2026, essentiellement pour construire des data centers, acheter des GPU et développer ses propres puces Trainium et Inferentia, au service d’AWS et de l’IA générative.

Un montant qui dépasse son niveau déjà record de 2025 et qui absorbera quasiment tout le cash opérationnel généré par le commerce en ligne, la publicité et le cloud : autrement dit, presque tout ce qu’Amazon gagne repart immédiatement dans le béton, les câbles et les puces. Une course contre la montre vertigineuse, d’autant que ce matériel de pointe devient obsolète en quelques années seulement, obligeant ces géants à maintenir ce rythme d’investissement endiablé sous peine de se laisser distancer.

Comme chez Microsoft, cette fuite en avant n’a de sens que si les revenus IA suivent. Pour l’instant, le signal est plutôt rassurant : Andy Jassy, patron d’Amazon, revendique plus de 15 milliards de dollars de revenus « au rythme actuel » pour les services IA d’AWS, c’est‑à‑dire ce que cette activité rapporterait sur un an si les clients consommaient autant qu’aujourd’hui.

Amazon Web Services
Amazon Web Services // Source : Tony Webster

Pris ensemble, ces chiffres racontent autre chose qu’un simple cycle d’emballement : Amazon et Microsoft continuent d’afficher une croissance à deux chiffres sur leurs activités cœur, tout en commençant à isoler ce que l’IA représente réellement en revenus dans leurs segments cloud. Pour l’instant, rien ne ressemble à un éclatement de bulle : la croissance du cloud reste robuste chez les deux firmes, leurs revenus liés à l’IA commencent à être chiffrés, et les carnets de commandes se remplissent plus vite qu’ils ne construisent de centres de données.

Mais ce tableau ne dispense pas Amazon, Microsoft et les autres géants du secteur de rassurer des marchés qui ont la gâchette facile : à ce niveau de dépenses, ils vont devoir démontrer trimestre après trimestre que chaque milliard englouti dans l’IA se traduit bien, à terme, par des revenus récurrents et des marges qui tiennent. Il ne fait nul doute qu’au moindre signe d’essoufflement de l’adoption par les entreprises ou de déception sur l’utilité réelle de ces outils, le spectre de la bulle ressurgira immédiatement.

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