Demis Hassabis n’est pas un patron de la tech comme les autres. Cofondateur de DeepMind (racheté par Google en 2014), il est considéré par ses pairs comme une véritable légende vivante dans le domaine de l’intelligence artificielle. Son obsession première est d’utiliser l’IA pour résoudre les mystères de la science : une vision couronnée d’un prix Nobel de chimie en 2024 pour la création d’AlphaFold, une IA capable de prédire la structure des protéines. Demis Hassabis pronostique plusieurs révolutions grâce à l’IA générative, comme la création de médicaments ou de vaccins personnalisés.
Invité le 8 avril du podcast Huge Conversations de Cleo Abram, Demis Hassabis s’est livré à une passionnante réflexion sur la trajectoire de l’IA depuis 2022. Et ses propos, largement commentés en ligne, tranchent avec les discours habituels de la Silicon Valley.
Fallait-il faire de ChatGPT un produit grand public ou guérir le cancer ?
Le 9 avril, un extrait de cette longue interview a été massivement relayé sur X. Un internaute résume la pensée du dirigeant de Google avec une phrase un brin sensationnaliste : « Le patron de Google DeepMind vient d’admettre que si la décision ne tenait qu’à lui, nous aurions pu guérir le cancer avant que quiconque n’utilise ChatGPT ».
En réalité, les propos de Demis Hassabis sont bien plus nuancés. Mais le chercheur soulève une question importante : fallait-il sortir ChatGPT en 2022, alors que les grands modèles servaient jusque-là seulement aux scientifiques ?

Demis Hassabis raconte comment l’arrivée de l’IA générative a changé la trajectoire de son laboratoire. À l’origine, son plan était de développer l’IA très lentement, de manière collaborative entre différents instituts scientifiques. L’objectif était de s’attaquer à ce qu’il appelle des problèmes fondamentaux : l’énergie, les nouveaux matériaux, ou les maladies incurables. Demis Hassabis s’attendait à une recherche qui prendrait « une ou deux décennies », mais le monde a pivoté en 2022.
« Si j’avais pu décider, j’aurais laissé l’IA en laboratoire plus longtemps. J’aurais fait plus de choses comme AlphaFold. Peut-être guéri le cancer ou quelque chose comme ça », déclare Demis Hassabis. Il explique que la sortie de ChatGPT a imposé la réalité du marché aux chercheurs. Google a déclenché l’alerte rouge pour rattraper OpenAI et a fait de l’IA générative une grande priorité.
Selon Hassabis, les laboratoires se sont retrouvés enfermés dans « une course féroce sous pression commerciale » exacerbée par les tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine. La recherche fondamentale a été remplacée par les cycles marketing des nouveaux LLM, car « la technologie est imprévisible ».
Des modèles disponibles pour le grand public trois à six mois après leur invention en laboratoire
Pour autant, Demis Hassabis ne dit pas qu’il ne fallait pas sortir ChatGPT. « Vous ne pouvez pas vraiment comprendre pleinement vos systèmes tant qu’ils n’ont pas été mis à l’épreuve par des millions de personnes », explique le patron de Google DeepMind. OpenAI a sans doute eu raison de miser sur la technologie : Google n’avait pas anticipé son impact pour le grand public.
Google a mis du temps à rattraper son retard avec Bard puis Gemini, mais dispose aujourd’hui de meilleurs modèles qu’OpenAI. Demis Hassabis explique aussi que le grand public a désormais accès à des modèles « avec trois à six mois d’ancienneté par rapport à ce qui est disponible en laboratoire », ce qui est une véritable prouesse pour l’industrie de la recherche.
Demis Hassabis est globalement confiant pour l’avenir, mais s’interroge sur la montée en puissance perpétuelle des modèles : « Comment nous assurer que des garde-fous sont mis en place pour qu’ils fassent exactement ce qu’on leur a dit de faire, et qu’il n’y ait aucun moyen pour eux de les contourner ? » Le défi technique est incroyablement difficile selon le patron de Google DeepMind, qui continue de croire que la technologie aura un impact sur l’humanité autre qu’un simple chatbot.
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