À la Google I/O 2026, Numerama a pu essayer le modèle Genie 3 de Google DeepMind, désormais capable de générer un monde virtuel jouable à partir d’une simple image Google Street View. Une démo bluffante qui ouvre une porte vertigineuse pour le secteur du jeu vidéo… et qui pose aussi de très nombreuses questions.

Quand j’étais en CM2, je me souviens avoir découvert GTA Vice City et m’être interrogé sur le choix de la ville. Pourquoi le jeu se passait à Miami… et pas sur toute la planète ? Encore loin d’imaginer ce que représentait le développement d’un jeu vidéo, je m’étais imaginé créer un jour le premier jeu vidéo qui prendrait place dans le vrai monde en temps réel (ambitieux comme enfant, oui). Je m’imaginais pouvoir aller chez mes amis dans un Nice virtuel, marcher dans la rue avec eux ou conduire sur les mêmes routes que mes parents. J’ai plus tard grandi et réalisé que ce n’était pas plausible : les 10 ans de développement de GTA VI, seulement pour la Floride, en sont la preuve.

Vingt an après, cette insouciance tout droit sortie du cerveau d’un humain n’est pas loin d’être possible. À la Google I/O 2026, Google a annoncé une mise à jour majeure de son modèle Genie 3, désormais capable de générer des mondes virtuels à partir des données de Google Street View. Autrement dit, n’importe quelle rue peut devenir un jeu vidéo. Et l’imagination de nombreux enfants devient alors réalité.

Un monde ouvert jouable généré en moins d’une minute : Google ouvre la porte aux mondes virtuels

Genie est l’un des premiers « world model » de Google DeepMind. Ce type de modèle est capable de générer des environnements en 3D interactifs en temps réel, et non plus de simples images statiques ou des vidéos de quelques secondes. La première version, sortie en 2024, se limitait à des univers 2D. Genie 2 a ouvert la voie de la 3D fin 2024. Et Genie 3, dévoilé l’été dernier, génère des mondes en 720p à 24 images par seconde, dans lesquels on peut se déplacer librement pendant plusieurs minutes (mais qui ne comprend pas encore toute la physique). Le tout est accessible depuis janvier 2026 pour les abonnés Google AI Ultra à 200 dollars par mois.

À Mountain View, nous avons pu essayer Google Genie 3 dans des conditions optimales, avec un accès direct au modèle de Google. Le concept de l’expérience : un socle physique sur lequel on pose deux orbes. La première représente un personnage (j’ai choisi un astronaute), la seconde un lieu (j’ai choisi un terrain de foot). En moins d’une minute, l’IA génère un monde ouvert en 3D explorable avec une manette dans les mains.

L'expérience Google Genie à la Google I/O 2026. On peut choisir le style de son jeu.
L’expérience Google Genie à la Google I/O 2026. On peut choisir le style de son jeu. // Source : Numerama

Le plus impressionnant est que le gameplay s’adapte automatiquement au personnage. Avec un astronaute, le jeu génère un jetpack pour voler. Avec un dragon ou un oiseau, on a des ailes. Avec quelqu’un sur un jet ski, l’environnement bascule sur l’eau.

J’ai pu marquer des buts à la Rocket League en poussant la balle… même si la cohérence du modèle est imparfaite. La balle a notamment disparu quand je me suis retourné. Je vous laisse visionner cette vidéo de ma partie :

Le résultat n’a rien d’un jeu AAA, évidemment. La qualité graphique reste correcte sans plus, la latence est trop forte pour prendre du plaisir et il faut accepter que tout est généré à la volée, donc avec une certaine instabilité visuelle. Mais le simple fait de pouvoir contrôler un monde issu de son imagination, et plus seulement de regarder une vidéo, est une prouesse majeure. Google utilise déjà ce modèle pour entraîner ses voitures autonomes Waymo : j’ai hâte de voir comment Genie évoluera.

Google Street View dans Google Genie : le futur de GeoGuessr s’annonce passionnant

Avec plus de 280 milliards d’images Street View capturées depuis 20 ans, Google a le pouvoir de créer des mondes réels… et passés. Qui n’a jamais rêvé de retourner dans la ville de son enfance ? Genie peut ressusciter votre quartier version 2010 et vous permettre de courir dans la rue. Le potentiel de la technologie est monstrueux : différents modèles analysent le Street View, le génèrent en meilleure qualité, et Genie s’occupe de créer le monde ouvert.

Je n’ai pas pu tester cette fonction Street View pendant ma démo, mais j’ai hâte d’y accéder. Imaginer un GeoGuessr du futur dans lequel on se balade vraiment dans les villes du monde, en 3D, est une perspective qui n’a rien d’absurde. Tout comme imaginer un GTA dans lequel chaque immeuble est visitable, ou des PNJ adossés à un modèle de langage comme Gemini peuvent réellement vous répondre.

Un outil pour les développeurs ? Ou pour les joueurs ?

Faut-il pour autant en conclure que Genie va remplacer les studios de jeu vidéo ? Évidemment, non. La technologie n’est pas viable dans son état actuel pour produire un jeu commercial : la latence est trop élevée, la qualité trop irrégulière, et la puissance de calcul nécessaire trop importante pour un usage à grande échelle. Difficile aussi d’imaginer Google maintenir un service aussi gourmand au prix actuel de Google AI Ultra à 200 dollars par mois : chaque monde Genie consomme énormément de puissance. Le géant du web a l’avantage des ressources par rapport à OpenAI ou Anthropic… mais il ne peut pas non plus gaspiller une partie de sa bande-passante pour un produit peu utilisé.

En revanche, l’outil pourrait considérablement accélérer le travail des développeurs. Générer des décors, peupler des intérieurs de bâtiments, prototyper rapidement des univers, créer des zones secondaires explorables dans un open world… Les usages sont nombreux et permettront, sans doute, d’avancer plus vite sur de nombreux projets. Prochaine étape pour Google : réaliser mon rêve de CM2. J’ai hâte de survoler la maison de mes grands-parents en incarnant un hibou !

Cet article existe grâce à

Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l’I.A, contenus exclusifs et plus encore. Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Pour ne rien manquer de l’actualité, suivez Numerama sur Google !