Une nouvelle campagne contre le piratage sera diffusée à partir de juin. Elle reprend les codes de la psychiatrie, en mettant en scène trois personnes qui essaient de ne pas replonger dans les méandres du piratage. Comme des addicts.

Les pirates sont traités comme des anciens « addicts » en rémission. Voilà le thème général de la nouvelle campagne de communication contre le piratage des contenus culturels. Composée de plusieurs clips, elle met en scène des personnes assises sur un divan en train de se confier à leur psy. Toutes sont des pirates qui essaient visiblement de tourner la page de l’illégalité, avec une certaine difficulté.

« Ça va faire deux ans. J’ai tout arrêté. Aucune rechute », dit un personnage, comme s’il s’agissait d’un ancien toxicomane ou alcoolique. D’ailleurs, il répète à plusieurs reprises « Je tiens bon », comme pour se persuader que c’est effectivement le cas. Un autre personnage admet néanmoins qu’il « y pense tout le temps » et qu’il a « encore envie ».

Un autre protagoniste avoue qu’il « adorai[t] ce petit frisson, la sensation d’interdit. Maintenant, je suis rentré dans le rang » Fini le piratage. « Un film ou une série par soir », poursuit-il, avant d’ajouter : « légalement ». En clair, sur une plateforme de SVOD. Conclusion de la psy, visiblement ravie du chemin de son patient ? « Vous voyez qu’il y a une vie après le piratage ! »

Selon l’Arcom, cette campagne adopte un « ton légèrement décalé » et entend « valoriser les internautes de plus en plus nombreux à changer leurs habitudes en faveur de pratiques respectueuses de la création.» On ne les fait pas culpabiliser, en leur disant qu’ils tuent l’art, même si on reprend ici les codes de personnes qui sont en situation de dépendance.

Cette nouvelle campagne arrive un peu plus de dix ans après celle restée célèbre de la Hadopi, beaucoup plus culpabilisante. À travers des affiches et des spots TV, elle mettait en scène des jeunes gens dont la carrière ne pourrait pas advenir à cause d’un piratage trop important.

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Le piratage est-il une addiction ? #arcom #hadopi #film #cinema

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Un internaute sur quatre pirate des contenus

Dans son baromètre de la consommation des biens culturels dématérialisés, l’Arcom estimait en 2022, sur la base d’une enquête déclarative, que près d’un quart des internautes (24 %) ont consommé au moins un bien culturel dématérialisé de manière illicite. À l’inverse, 86 % des internautes n’auraient pas téléchargé de contenus piratés.

Ces chiffres sont à prendre avec du recul, car ils se fondent sur ce que disent les internautes, dont certains peuvent choisir de cacher leurs pratiques. En outre, il est possible également que certaines personnes interrogées ignorent la nature de leurs pratiques. En effet, certains sites illicites ressemblent parfois à des sites légaux, ce qui peut semer la confusion.

pirate piratage
24 % des internautes ont déclaré avoir piraté au moins une fois en 2022. // Source : Greg Nelson

Une campagne qui démarre en juin

Cette nouvelle campagne sera diffusée à partir du mois de juin 2023 à la télévision et à la radio, mais aussi au cinéma et sur les réseaux sociaux. Elle a été présentée le 20 mai par l’Arcom — l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique. Cette institution est le résultat de la fusion entre le CSA et la Hadopi, qui s’occupait précédemment des questions de piratage.

Ces spots audiovisuels, concoctés en partenariat avec le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) peuvent être découverts dès aujourd’hui dans le communiqué de l’Arcom. Ils ont pour objectif de « sensibiliser le public à la lutte contre le piratage ». Une lutte qui a grandement évolué en dix ans, à l’image des pratiques des internautes.

Des pratiques qui ont changé

L’approvisionnement en contenus culturels piratés (films, séries, jeux vidéo, etc.) a, en effet, connu une bascule au cours des années 2010. S’ils existent toujours en 2023, les échanges en peer-to-peer (P2P), via eMule ou BitTorrent par exemple, ont été distancés par de nouveaux modes d’accès : le streaming via des sites ad hoc ou le téléchargement direct.

La Hadopi n’était pas taillée pour faire face à ces nouveaux usages, qui sortent de ses radars. La mise en place de l’Arcom et l’évolution de la législation française ont justement pour but de dissiper ces angles morts. En pratique, l’Arcom s’est emparée sans tarder de ses nouvelles attributions : depuis octobre 2022, 166 noms de domaine liés au piratage ont été bloqués par les FAI.


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