Oui, il y a du césium-137 transporté dans ce type de vents. C’est le résultat d’essais nucléaires réalisés dans les années 1960 dans le Sahara. Mais il faut rester mesuré quant au niveau de radioactivité.

Le ciel s’est teinté d’une couleur tantôt jaunâtre ou orangée, dès le mardi 15 mars 2022, tandis que les voitures et autres surfaces extérieures se recouvraient d’une pellicule de poussières. Cet épisode n’est pas très rare, il s’agissait tout bonnement des sables du Sahara, transportés par un épais nuage qui a traversé l’Espagne avant d’entrer en France par le sud-ouest.

Ces sables ont chargé l’air de particules fines de type PM10. Les niveaux de pollution variaient d’une région à l’autre. Les indices étaient mauvais surtout dans les Pyrénées, le point d’entrée du nuage. Cela étant, ce n’était pas à des niveaux dangereux, d’autant que le temps d’exposition était court.

Malgré tout, un point d’inquiétude a émergé sur les réseaux sociaux : les poussières amenées du Sahara contiendraient du césium-137 — radioactif. Quelle importance donner à ces inquiétudes ? À quel point le niveau de césium-137 est-il problématique de nos jours ? Et d’où vient-il ?

Oui, il y a du césium-137, mais la pollution reste faible

Cette question se pose en réalité à chaque fois qu’un épisode de ce genre se présente. Déjà en 2021, un nuage de sables du Sahara avait coloré les ciels en orange et fait retomber des poussières. L’Arco (association pour le contrôle de la réactivité dans l’ouest) avait alors dédié une analyse complète à ce phénomène, sur son site internet.

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De la poussière pouvait être trouvée sur les véhicules, tandis que les ciels étaient orangés. // Source : images diffusées sur twitter

L’association confirmait alors que ces poussières contiennent bel et bien des « résidus de pollution radioactive », évoquant un résultat « sans appel » : oui, du césium-137 est « clairement identifié ». C’est un radioélément artificiel, que l’on ne trouve pas naturellement dans l’environnement, puisqu’il est l’un des produits de fission de l’uranium — cela fait partie des déchets que l’on retrouve à Tchernobyl ou sur les sites d’essais de bombes nucléaires.

La filiation du césium-137 retrouvé dans les vents du Sahara est sans ambiguïté : il résulte des essais nucléaires réalisés dans les années 1960 par la France dans le Sahara algérien. Entre 1945 et 1980, de très nombreux pays — États-Unis, France, Union soviétique, Chine — ont procédé, en tout cas, à plus de 500 essais nucléaires. Dans le Sahara, les essais ont exposé les populations locales, mais aussi les soldats, aux retombés radioactives.

Ces déchets nucléaires persistent encore aujourd’hui, et nous parviennent en de petites quantités faiblement radioactives — les essais datent d’il y a 60 ans et le Sahara est éloigné. En 2021, l’Acro estimait les retombées de césium-137 à 80 000 Becquerel (l’unité évaluant la quantité d’une matière radioactive) au kilomètre carré. La pollution qui en résulte est « très faible ». Malgré tout, cela signifie aussi que le césium-137 reste présent, en des quantités locales plus élevées dans les régions entourant plus directement le Saraha.

La contamination pérenne du Sahara

Il est un peu tôt, sachant que l’épisode se termine à peine à date du 17 mars 2022, de savoir quel était le niveau exact de césium-137 cette année-ci. Ceci dit, l’Acro a publié une mise à jour, aujourd’hui, ce 17 mars, indiquant que « l’épisode survenu en ce début de semaine en France est similaire à celui qui s’est produit il y a un an, en février 2021 ». L’association précise que de nouvelles analyses sont en cours.

Bien que les niveaux de radioactivité ont très peu de chance d’être nocifs dans les vents qui arrivent en France, l’Acro indique que ces poussières viennent s’ajouter aux dépôts déjà existants. Qui plus est, cela rappelle la « situation de contamination radioactive pérenne dans le Sahara dont la France porte la responsabilité », et l’exposition à laquelle sont confrontées les populations locales.