La Nasa a fait savoir qu’elle a surveillé le rapprochement d’une épave spatiale avec l’ISS. Ce débris est un problème identifié depuis des années : il provient de la désintégration d’une fusée en 1996.

Ces dernières semaines, il a fortement été question de la nouvelle menace que fait peser le nuage de débris qui a été généré par un tir de missile anti-satellite russe, courant du mois de novembre. Des centaines d’éclats sont maintenant disséminés sur plusieurs orbites et sont susceptibles de représenter périodiquement un risque pour les satellites et pour la Station spatiale internationale (ISS).

Mais les périls qui guettent les activités spatiales autour de la Terre ne sont pas toujours très récents. Certains débris ont une origine beaucoup plus ancienne : c’est ce que vient de rappeler l’agence spatiale américaine, dans un point d’information paru le 2 décembre 2021. La Nasa raconte qu’elle a dû surveiller de près la trajectoire d’une épave, car elle était en train de se rapprocher de l’ISS.

Un débris qui tourne autour de la Terre depuis 1996

L’objet en cause s’avère être un morceau d’une fusée Pegasus, développée initialement par Orbital Sciences Corporation, reprise aujourd’hui par Northrop Grumman, un géant américain de l’industrie de la défense et du spatial. Le lanceur avait quitté la Terre le 19 mai 1994, mais c’est lors de la désintégration de l’étage supérieur, le 3 juin 1996, que le fragment a été généré.

Il faut mesurer l’ampleur du problème : un débris apparu il y a 25 ans, bien avant la construction de la Station spatiale internationale, continue de tourner autour de la Terre, et sa trajectoire peut parfois l’amener à se trouver dans une zone de proximité avec l’ISS. La bonne nouvelle, c’est que la station peut, si besoin, manœuvrer pour s’éloigner d’un danger.

Pegasus

À quoi ressemble une fusée Pegasus, quand elle est encore intègre. // Source : Randy Beaudoin

Selon l’agence spatiale américaine, l’équipage n’est pas en danger. Dans un scénario noir, il leur est possible d’évacuer rapidement l’ISS grâce aux véhicules spatiaux qui sont toujours accrochés à la station — une capsule américaine Crew Dragon de SpaceX et une autre, le Soyouz, mise à disposition par la Russie. Il en faut toujours un nombre suffisant sur place pour pouvoir rapatrier tout le monde.

La persistance du fragment de la fusée Pegasus montre, de manière éclatante, tout l’enjeu de faire très attention à ne pas rajouter plus de pollution autour de la Terre, car les éclats sont susceptibles de menacer tout le monde, y compris les intérêts des pays qui procèdent à ce genre de tir anti-satellite — c’est ce qui explique pourquoi des condamnations ont été émises contre la Russie en 2021 et contre l’Inde en 2019.

À l’image des restes de la fusée Pegasus, qui sont dans l’espace depuis près de 30 ans, tout rebut nouveau risque donc de rester des années dans l’atmosphère. Si une partie finit tôt ou tard par retomber sur Terre en se consumant, cela ne concerne pas tous les objets. Et en outre, cela peut prendre énormément de temps : après le tir anti-satellite de l’Inde, des détritus sont toujours surveillés, deux ans après.

L’ISS est souvent confrontée à des rapprochements jugés dangereux avec des débris. Outre le nuage de fragments qui a résulté de l’explosion du satellite par l’arme russe, la station a dû repousser une sortie de deux astronautes fin novembre, à cause d’un objet potentiellement menaçant. Les deux astronautes ont pu par la suite effectuer leur mission, qui consistait à remplacer une antenne.