Les entreprises Pfizer, Moderna ou encore Sanofi lancent de premiers essais cliniques visant à tester des vaccins à ARNm contre la grippe saisonnière.

L’entreprise pharmaceutique Pfizer a annoncé son premier essai clinique pour un vaccin à ARN messager contre la grippe, dans un communiqué publié le 27 septembre 2021. L’étude démarre sa phase 1, c’est-à-dire la première étape basée sur un petit groupe de personnes, afin de déterminer comment le produit se comporte dans l’organisme humain. Si les résultats sont concluants, l’essai pourra passer en phase 2 puis en phase 3, afin d’étudier le vaccin sur des groupes toujours larges et sous des aspects toujours plus complets.

Pfizer est au cœur de l’actualité depuis plusieurs mois, étant à l’origine du Comirnaty, l’un des vaccins les plus efficaces contre le coronavirus SARS-CoV-2. La particularité de ce vaccin, tout comme celui développé par Moderna, est d’être basé sur la technique de l’ARN messager (ARNm). Cette méthode de vaccination consiste à fournir à nos cellules la recette génétique pour produire les protéines d’un virus, afin que le système immunitaire réagisse pour apprendre à combattre ce virus (sans jamais être infecté directement par ce virus : il n’y a là que la séquence génétique d’un morceau du virus, rien d’infectieux).

C’était la première fois qu’un produit pharmaceutique basé sur cette technique était validé sur le marché. Cela pourrait ouvrir la voie à d’autres mises sur le marché. Et c’est potentiellement une bonne nouvelle : cette méthode est considérée comme pleine de promesses. Ainsi, en août 2021, Moderna annonçait lancer un essai clinique d’un vaccin ARNm contre le VIH. D’ailleurs, comme Pfizer, Moderna a aussi lancé des essais cliniques pour un vaccin ARN messager contre la grippe, en juillet 2021. C’est également le cas de Sanofi et Translate Bio depuis juin 2021.

Mais pourquoi les vaccins de ce type intéressent-ils tant pour lutter contre la grippe ?

Les vaccins ARNm offrent plus de flexibilité

Le virus de la grippe peut provoquer des formes sévères : d’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, il y a 3 à 5 millions de formes graves de cette maladie dans le monde chaque année, et entre 290 000 et 650 000 morts à cause des problèmes respiratoires que cela cause. Il y a donc là un enjeu sanitaire très important.

Les vaccins à ARN messager ont eu une place de choix dans la stratégie vaccinale contre la maladie Covid-19. // Source : Pixabay

Il y a d’ores et déjà des vaccins contre la grippe. Leur efficacité est dans le meilleur des cas de 60 %. En pratique, elle est plutôt à 40-50 %. Le problème de ce type de vaccin, c’est qu’il doit être renouvelé tous les ans, puisque le virus est saisonnier et que des souches différentes circulent chaque année. Or, ce renouvellement doit être constamment anticipé à l’avance. Il peut donc y avoir un décalage entre la formule établie et la souche qui circule finalement sur la saison concernée. Résultat : le taux d’efficacité peut considérablement fluctuer selon les années : il était de 19 % en 2014-15, alors qu’il se situait à 52 % en 2013-14 et à 48 % en 2015-16. En 2004-05, l’efficacité était même tombée à 10 %.

Un vaccin à ARN messager, du fait de sa méthode de conception, aurait potentiellement la faculté d’accroître le taux d’efficacité et de le stabiliser. Ce type de vaccin peut être produit beaucoup plus rapidement et facilement, il suffit que la séquence génétique d’une souche soit synthétisée. Cela s’explique en partie parce qu’un vaccin basé sur l’ARN messager n’a besoin que d’un morceau de code génétique en particulier, à savoir la protéine clé de la souche virale ciblée. Mais la structure du vaccin reste la même d’une souche à une autre, seule cette séquence génétique doit être mise à jour. Cela équivaut à un simple changement de logiciel, mais pas de machinerie. Une telle flexibilité serait très utile pour une maladie comme la grippe qui évolue chaque année.

Par ailleurs, les particularités de cette biotechnologie pourraient permettre d’y intégrer plusieurs séquences génétiques. En clair, des vaccins à ARNm pourraient bien permettre de protéger contre plusieurs souches.

Les essais cliniques qui viennent de démarrer vont permettre de se pencher sur l’efficacité de ces candidats vaccins en conditions réelles, ainsi que sur leurs potentiels effets secondaires.

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