Les pays, tels que le Royaume-Uni, ayant développé significativement l'éolien sont désormais soumis à un facteur imprévisible : la météo. Et ces dernières semaines, cela a posé de sérieux problèmes aux Britanniques.

Exploiter l’énergie verte fournie « gratuitement » par le vent, l’idée est séduisante sur le papier. Mais comment fait-on les jours où le vent ne souffle pas ? Cette question est bien connue des expertes et experts de l’énergie : c’est le problème de l’intermittence des principales énergies renouvelables, que l’on retrouve aussi dans le solaire.

Et ce problème, les Britanniques s’y sont retrouvés très concrètement confrontés ces derniers jours. Les deux premières semaines de septembre, le vent s’est fait cruellement désirer dans le pays — qui a installé pas moins de 11 000 éoliennes sur son sol.

Habituellement, 25 % de l’électricité provient désormais de ces équipements, précise Fortune. Autant dire donc que, quand les éoliennes ne tournent pas, cela se remarque. Avec le calme plat de ces dernières semaines, la production éolienne n’a ainsi fourni que 7 % de l’électricité totale du pays.

Les éoliennes britanniques à l’arrêt

Le coût de l’électricité sur ce qu’on appelle le marché spot (le marché de vente d’électricité pour livraison immédiate) a ainsi atteint un record, le 13 septembre, et dépassé le seuil symbolique des 400 livres sterling (467 euros) le MWh. C’est cinq fois plus que le tarif moyen l’an passé, précise Bloomberg.

Cette crise que connaît le Royaume-Uni signifie-t-elle que les énergies renouvelables, telles que l’éolien, ne sont pas adaptées aux besoins d’un pays ? La situation est, heureusement, plus nuancée que cela. Certes, la météo britannique très calme a constitué un sérieux problème sur le plan énergétique. Mais cet imprévu s’est produit dans une situation très particulière : tout le marché de l’énergie subit actuellement d’énormes tensions.

L’éolien génère désormais 20 % de l’électricité britannique. // Source : Free Stock Photos/Domaine public (photo recadrée)

Un imprévu au milieu d’une crise plus vaste

Comme l’expliquait à Numerama ce 17 septembre, Julien Teddé, PDG d’Opéra Énergie, les prix du gaz ont spectaculairement augmenté depuis un an (d’un facteur trois environ). C’est lié au fait que « stopper ou relancer les sites de production de gaz prend du temps », nous expliquait-il. En 2020, lorsque l’activité mondiale s’est ralentie avec la crise covid, et ses incessants confinements, la demande en gaz a dégringolé. Certains producteurs de gaz ont donc choisi de mettre leur activité en pause.

En ce moment, c’est exactement l’inverse qui se produit : l’activité repart et la demande en gaz s’accroit, mais les producteurs n’ont pas encore tous relancé leur activité. Résultat, le marché est en tension, et les prix du gaz sont élevés.

Les prix de l’électricité ont aussi beaucoup grimpé. C’est lié à plusieurs facteurs notamment un mécanisme de tarification assez particulier (qu’on vous explique ici), et au fait que les quotas CO2 — que les producteurs d’électricité doivent payer pour compenser leurs émissions carbone — coûtent de plus en plus cher.

Si la baisse  momentanée de l’approvisionnement éolien est donc très ennuyeuse pour le Royaume-Uni, elle l’est surtout parce qu’elle intervient au pire moment : celui où le prix des autres sources d’énergie est très élevé. Par ailleurs, le Royaume-Uni ne peut s’appuyer autant que d’habitude sur sa production nucléaire : cinq de ses centrales sont actuellement hors ligne.

Miser sur le « foisonnement » énergétique

Ce que cette crise souligne, en réalité, c’est le fait qu’il est crucial de diversifier ses sources d’énergie, a fortiori lorsqu’on décide de basculer vers les énergies vertes, dont une bonne partie est intermittente par nature.

Si elles sont les plus médiatisées, le solaire et l’éolien sont en effet loin d’être les seules énergies renouvelables : le potentiel des centrales à biomasses, de la géothermie, de l’hydroélectricité, et de bien d’autres sources d’énergie encore, est actuellement étudié et plus ou moins exploité selon les pays. Comme le note Révolution énergétique, une autre stratégie peut aider à gérer le défi que posent les énergies vertes intermittentes : le foisonnement. L’idée est que, si on positionne intelligemment les sites éoliens et solaires sur une zone assez étendue (la zone UE par exemple), le risque qu’ils soient simultanément tous soumis à une météo défavorable est plus réduit.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo