Les engagements climatiques pris par les États du monde entier sont un premier pas. Mais pour l'heure seul un pays, la Gambie, a pris les mesures adéquates pour maintenir le réchauffement bien en dessous des 2°C. À l'inverse, les principaux émetteurs de gaz à effet de serre de la planète ne se distinguent pas au tableau.

À mesure que les effets du changement climatique se font plus concrets, les pays multiplient les promesses de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Mais où en sont-ils exactement ? La dernière analyse de Climate Action Tracker révèle que nous sommes encore loin du compte, pour tenir l’objectif fixé par l’Accord de Paris, à savoir limiter le réchauffement bien en dessous de 2°C en visant 1,5°C.

L’organisation a attribué un score à 36 États ainsi qu’à l’Union européenne dans son ensemble — les pays qu’elle a sélectionnés sont responsables à eux tous de 80 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.  Et Climate Action Tracker révèle que seul l’un d’entre eux, la Gambie, a pris les mesures adéquates pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

La Gambie sur un planisphère // Source : Wikimedia Commons/CC/Flappiefh

Les mesures des US et de l’UE sont « insuffisantes »

Plusieurs pays ont pris des mesures qui se rapprochent tout de même de ce qu’il faut faire pour tenir cet objectif, notamment le Royaume-Uni, le Maroc, le Nigéria et le Kenya.

Ce n’est, hélas, pas le cas de nombreux autres pays qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre, les États-Unis en tête. Les mesures prises par les US sont jugées « insuffisantes ». C’est aussi dans cette catégorie que sont classées les politiques de l’Union européenne, du Japon, de la Norvège ou du Chili.

Les pays qui émettent le plus de CO2 sont très en retard. // Source : Climate Action tracker

D’autres États sont encore plus loin du compte, notamment la Chine qui est désormais le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre chaque année. En 2019, elle était ainsi responsable de 27 % des émissions mondiales (même si ce sont toujours les US qui ont les émissions par habitant les plus élevées). Les mesures qu’elle a prises pour l’heure demeurent dans la catégorie « très insuffisantes », avertit Climate Action Tracker. C’est aussi le cas de gros émetteurs tels que le Canada, l’Australie ou l’Inde.

La Russie qui est le quatrième émetteur de gaz à effet de serre mondial est, quant à elle, parmi les plus mauvais élèves, aux côtés de Singapour, de l’Iran, de l’Arabie Saoudite, et de la Thaïlande.

Pourquoi l’objectif de 1,5°C est si important

Rappelons que la volonté de limiter le réchauffement bien en dessous de 2°C n’est pas un excès de zèle. C’est parce que les effets du changement climatique deviennent nettement plus dangereux lorsqu’on le dépasse. Un exemple ? « Les modèles climatiques prévoient une hausse du niveau moyen de la mer en Europe de 0,3 à 0,6 mètre dans le scénario le plus favorable », expliquait à Numerama, Ybele Hoogeveen, spécialiste du changement climatique et de la bio-économie au sein de l’agence européenne de l’environnement (EEA), en avril dernier.

Si la hausse des températures reste sous les 2°C d’ici 2050, le niveau de la mer montera de 20 40 cm. Mais dans un scénario à 3°C, on se retrouverait avec une hausse du niveau de la mer le long des côtes comprises entre 60 cm et un mètre. Quand on sait le nombre d’habitations et d’infrastructures stratégiques (ports qui nous approvisionnent en aliments, en énergie, sites industriels, etc.) qui se trouvent en zones côtières dans le monde, et en particulier en France, on comprend pourquoi il est si important de ne pas dépasser ce seuil.

Et la hausse du niveau de la mer est loin d’être la seule menace climatique. Les phénomènes météorologiques extrêmes (tempête, sécheresse, etc.) se multiplieront d’autant plus que le réchauffement sera élevé. Dans le plus optimiste des trois scénarios étudiés par Météo France, le nombre de jours de vagues de chaleur doublerait d’ici la fin du siècle, et on verrait apparaître plus régulièrement, dans le nord de la France, des nuits à plus de 20°C. Dans le scénario intermédiaire, la durée des vagues de chaleur serait multipliée par trois ou quatre.

L’échéance de 2030 est stratégique

Si l’objectif de zéro carbone est en général visé à l’échéance 2050 par les pays, Climate Action Tracker alerte les pays sur l’importance de tenir les échéances préalables. « L’échéance la plus importante est celle de 2030, date à laquelle les émissions globales doivent avoir été réduites de 50 %. Les gouvernements sont mal partis pour l’atteindre », indique la publication. Selon les évaluations de l’organisme, au rythme actuel, les émissions mondiales seront toujours deux fois trop élevées par rapport aux seuils à respecter.

« La vague d’États qui se sont engagés à atteindre le zéro carbone en 2050 donne des raisons d’espérer  », souligne tout de même Climate Action Tracker. La priorité est donc d’adapter le planning en fonction de cette échéance. « Il est crucial que les objectifs que les États se fixent pour 2030 et 2050 soient correctement alignés. La plupart des objectifs zéro carbone sont formulés de manière vague (…) Des objectifs à court terme précis sont indispensables, pour tenir l’objectif de long terme ». Selon l’organisme, si les États tiennent leurs promesses climatiques en 2030 et en 2050, il sera possible de maintenir le réchauffement mondial sous les 2°C.

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