L'eau en bouteille a un impact 1 400 fois plus important que l'eau du robinet sur les écosystèmes, d'après une étude de cas de la ville de Barcelone.

Acheter des bouteilles d’eau en plastique ou remplir régulièrement une bouteille/carafe en verre au robinet ? Entre ces deux possibilités, le choix le plus écologique apparaît assez évident : il vaut mieux éviter d’acheter de nouvelles bouteilles, et donc plutôt utiliser l’eau au robinet. Mais peut-on évaluer la différence exacte dans l’impact de ces deux pratiques ?

C’est la mission que s’est donné un groupe de scientifiques espagnols. Il en résulte une étude publiée en juillet 2021 dans Science of The Total Environment.

Il y a quelque 1,6 million d’habitants dans la ville de Barcelone. D’après un sondage réalisé en 2016/2017, 58 % de cette population utilise plusieurs fois dans l’année de l’eau sous la forme d’une bouteille en plastique. Ces scientifiques espagnols ont donc utilisé Barcelone en guise d’étude de cas.

Un impact 1 400 fois plus important sur les écosystèmes

L’équipe de recherche a modélisé le coût économique et écologique d’un scénario où l’intégralité de la population barcelonaise utiliserait des bouteilles d’eau. Pour ce faire, ils ont mobilisé une analyse du cycle de vie : ce cadre d’étude comprend les composants et matériaux utilisés, les procédés de fabrication, la distribution, etc. Ils ont ainsi pu déterminer qu’une telle utilisation globalisée générerait un coût de 83 millions de dollars et la destruction d’1,43 espèce par an en moyenne.

Cette méthode d’extrapolation permet de mettre en exergue l’impact actuel des bouteilles en plastique. Car l’impact environnemental qui se reflète dans ces chiffres provient de «  l’apport important de matériaux (c’est-à-dire l’emballage) et d’énergie nécessaires à la production d’eau en bouteille par rapport à l’eau du robinet », écrivent les auteurs.

Eau du robinet // Source : Pexels

Toujours à l’aide de chiffres, si l’on compare un scénario où toute la population utilise de l’eau du robinet et un scénario où tout le monde utilise au moins une bouteille d’eau, l’impact sur les écosystèmes serait environ 1 400 fois plus important dans ce deuxième scénario où des bouteilles sont utilisées. Le coût en ressources serait quant à lui 3 500 fois élevé. La différence est nette.

À qualité similaire, perception différente

Il se trouve qu’en plus d’un impact environnemental moins important, l’eau du robinet est bien souvent aussi saine et potable qu’une eau achetée en bouteille dans le commerce. Dans un commentaire de l’étude, Cristina Villanueva, épidémiologiste environnementale et coautrice de l’étude, explique que «  la qualité de l’eau du robinet a considérablement augmenté à Barcelone depuis l’incorporation de traitements avancés au cours des dernières années ». Elle déplore qu’en parallèle, « cette amélioration considérable ne se reflète pas par une augmentation de la consommation d’eau du robinet ».

Cela s’explique par l’idée que l’eau du robinet serait de moindre qualité, voire dangereuse pour la santé. « La consommation d’eau pourrait être motivée par des facteurs subjectifs autres que la qualité », relève Cristina Villanueva. Elle développe : « S’il est vrai que l’eau du robinet peut contenir des trihalométhanes (THM) issus du processus de désinfection et que les THM sont associés au cancer de la vessie, notre étude montre qu’en raison de la grande qualité de l’eau du robinet à Barcelone, le risque pour la santé est faible, surtout si l’on tient compte de l’impact global de l’eau en bouteille. »

Cette étude vient donc également rappeler qu’il est de la responsabilité des pouvoirs publics de mettre en place des mécanismes de filtration efficaces, afin d’encourager la consommation d’eau du robinet, et que cette consommation soit sans risque. « L’utilisation de filtres domestiques, en plus d’améliorer le goût et l’odeur de l’eau du robinet, peut réduire considérablement les niveaux de THM dans certains cas. Pour cette raison, l’eau du robinet filtrée est une bonne alternative. »

C’est un travail de recherche qui n’est pas universel, puisqu’il repose exclusivement sur l’étude de cas de Barcelone — la qualité de l’eau peut varier d’un pays à l’autre et d’une région à l’autre, tout comme les usages de consommation. Elle rappelle toutefois la différence significative entre eau du robinet et eau en bouteille dans l’impact sur les écosystèmes, alors qu’elles sont la plupart du temps toutes deux potables.

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