Une étude sur 10 000 femmes américaines, menée par Apple et des chercheurs d'Harvard, permet de mettre en lumière le besoin criant d'un plus grand nombre d'études sur les personnes réglées et les conséquences des menstruations sur leurs corps.

Plus de 60 % des personnes menstruées ressentent des symptômes, allant des crampes à une forte fatigue, lorsqu’elles ont leurs règles. Si vous avez déjà eu des menstruations, cette information risque de peu vous surprendre. Il s’agit pourtant d’une petite avancée salutaire dans la manière dont le corps des femmes, des personnes trans ou non-binaires, commence enfin à être pris en compte dans les recherches médicales.

C’est Apple qui a publié, le 9 mars 2021, les résultats préliminaires d’une étude (Apple Women’s Health Study) que l’entreprise mène depuis plus d’un an à travers son application Research, en collaboration avec l’école de santé publique de l’Université Harvard. 10 000 femmes de nationalité américaine ont accepté de répondre à des questions sur leurs cycles menstruels, en partageant leurs informations grâce à leur iPhone ou Apple Watch.

« Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont des crampes abdominales, un sentiment de ballonnement et de la fatigue : plus de 60 % des participantes en font l’expérience », résumé le billet de blog d’Apple. « Plus de la moitié des participantes ont fait état d’acné et de maux de tête. D’autres symptômes moins reconnus, comme des diarrhées ou un sommeil perturbé, ont été déclarés par 37 % des personnes. »

La répartition des symptômes liés aux règles selon les déclarations des participantes de l’étude // Source : Harvard T.H. Chan School of Public Health

Qui l’eût cru ? Globalement, toutes les personnes qui ont déjà eu leurs règles une fois dans leur vie. Malheureusement, le nombre d’études scientifiques qui prennent en compte le corps féminin est, historiquement, très largement inférieur à celles qui s’intéressent aux particularités des corps masculins — faut-il rappeler que l’anatomie complète et détaillée du clitoris n’a été formalisée qu’en 1998 ?

Comme le site Gizmodo l’a bien souligné, une recherche dans la base de données PubMed (qui agrège un très grand nombre d’études en biologie et médecine) montre que seuls 8 400 papiers ont été publiés en 17 ans (2001-2018), soit bien moins que pour le cancer de la prostate (121 000), pour les maladies cardiovasculaires (1,3 million), voire pour… les problèmes érectiles (16 000).

Inspirer d’autres chercheurs et chercheuses à travailler sur le sujet

Il est indéniablement positif que la multinationale menée par Tim Cook ait choisi de s’impliquer dans la recherche sur le corps des femmes. Cela n’a pas toujours été le cas : Apple a, comme d’autres fabricants d’objets connectés, mis beaucoup de temps à prendre en compte les spécificités des menstruations dans ses applications. Il a fallu attendre 2015 pour que l’app Santé incorpore les règles (soit deux ans après son lancement). Fitbit, de son côté, a fait tristement plus fort : la firme n’a pas incorporé de suivi de règles avant 2018.

« Ces recherches nous permettent de faire un pas de plus vers la validation des symptômes menstruels ainsi que leur déstigmatisation », a commenté Sumbul Desai, vice-présidente du département de santé d’Apple.

Shruthi Mahalingaiah, chercheuse de Harvard qui a participé à l’étude, a également abondé dans ce sens : « Ces données préliminaires montrent que les femmes (américaines) partagent des expériences similaires de symptômes menstruels, et que ces événements mensuels doivent être beaucoup plus mis en avant et discutés (…) Nous avons hâte de continuer notre travail dans ce sens, afin de constituer une vraie base de données solide sur le long terme, qui pourra inspirer d’autres recherches sur le sujet. »

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