L'administration Trump a mis aux enchères des droits de forage pour des parcelles du Arctic National Wildlife Refuge, une zone jusqu'ici préservée de tout forage pétrolier.

Une nouvelle réglementation adoptée par l’administration Trump limite, depuis début janvier 2021, le nombre de preuves scientifiques sur lesquelles les règles anti-pollution peuvent être bâties. Une attaque de dernière minute contre l’urgence environnementale, et donc la science, mais qui n’est malheureusement pas la seule du genre en ce dernier mois au pouvoir.

Le mercredi 6 janvier, le Bureau of Land Management a mis aux enchères les droits de forage pour des terres de l’Alaska, dans l’Arctique. Ce sont plus précisément des parcelles appartenant à l’Arctic National Wildlife Refuge (refuge national de la faune arctique), une aire protégée de plusieurs hectares, habitée par plus de 280 espèces — ours polaires, caribous, oiseaux. Cette zone était jusqu’ici préservée de tout forage pétrolier.

Des caribous, au refuge de la faune arctique de l’Alaska. // Source : Alaska Conservation Foundation

Des associations essayent depuis 2018 de faire annuler les enchères, en attaquant le décret en justice, sous plusieurs motifs. Elles accusent principalement le Bureau of Land Management d’avoir bâclé le volet environnemental de sa mesure, tout comme les conséquences humaines. Car les puits pétroliers et gaziers ont un impact néfaste connu sur l’environnement — perturbation de la biodiversité, contribution au changement climatique et à l’acidification des océans — autant qu’un impact sur les peuples locaux, qui voient leurs terres comme leurs ressources alimentaires s’amoindrir considérablement.

Dans un article de septembre 2019, l’Alaska Conservation Foundation s’inquiète ne serait-ce que des camions d’exploration visant à identifier les lieux de forage, systématiquement accompagnés de centaines de véhicules de soutien, de machinerie lourde et de matériel d’hébergement pour au moins 300 personnes. « Cette exploration interromprait et endommagerait gravement cet endroit vierge qui abrite toutes sortes de plantes et d’animaux uniques et vulnérables, notamment des ours polaires en tanière, des caribous en période de mise à bas et des oiseaux migrateurs nicheurs de toute l’Amérique du Nord. Il y a trente ans, une exploration similaire a eu lieu près du Refuge — et des cicatrices dévastatrices ont persisté dans le paysage depuis. »

Le mardi 5 janvier, la cour de l’Alaska a rejeté la suspension des enchères, estimant qu’il manquait encore des preuves suffisantes du futur impact de celles-ci sur l’environnement local. Cela ne signe pas la fin des combats judiciaires et politiques pour stopper les forages, mais cela a permis que les enchères aient lieu.

L’échec financier des enchères

Triste ironie, les enchères représentent finalement un « échec » économique, alors que les revenus qu’elles pouvaient générer étaient l’argument numéro un du gouvernement en place. Onze parcelles ont été vendues pour 14 millions de dollars. Ce résultat est bien loin du milliard minimum promis par Trump lors de l’adoption, en 2017, du Tax Act qui a permis l’autorisation de ces enchères. L’État de l’Alaska a même été obligé de faire partie des acquéreurs pour ses propres parcelles, certaines n’ayant rencontré l’intérêt d’aucune entreprise.

« Cette vente de concessions a été un échec épique pour l’administration Trump et la délégation du Congrès de l’Alaska. Après des années de promesses de revenus et d’emplois, ils ont fini par organiser une fête pour eux-mêmes, l’État étant l’un des seuls enchérisseurs », a commenté l’Alaska Wilderness League, relevant que la mise en péril du « trésor national » que représente ce refuge est d’autant plus absurde.

Cette ONG, comme d’autres, espère que le nouveau président élu, Joe Biden, tiendra ses promesses. Même si l’enchère a pu advenir, l’adoption d’une législation interdisant la fracturation hydraulique sur des terres publiques pourrait empêcher que les entreprises, ou même l’État de l’Alaska, puissent procéder à des forages de pétrole ou de gaz. Or, il s’agit là, justement, d’une promesse de campagne de Joe Biden.

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