La France a décidé d'abattre un millier de visons après que la présence du Covid-19 a été détectée dans un élevage. La situation est pourtant différente du Danemark, qui a décidé de tuer 15 millions de bêtes. Les résultats scientifiques qui ont mené à cette décision restent encore difficiles d'accès. Le Danemark connaît d'ailleurs une crise politique à cause de la gestion de cette affaire.

« Des analyses ont révélé que le virus de la Covid-19 circulait dans un élevage de visons d’Eure-et-Loir », a annoncé sur Twitter le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, le 22 novembre 2020. Il met en lien un communiqué du ministère, plus long, où l’on apprend que « dès qu’ils ont eu connaissance de ces résultats, les ministres concernés ont immédiatement ordonné l’abattage de la totalité des 1 000 animaux encore présents sur l’exploitation et l’élimination des produits issus de ces animaux.  »

Il existe quatre élevages de visons en France. Des analyses ont été effectuées récemment au sein de ces quatre lieux ; c’est comme cela que des visons contaminés par le coronavirus ont été repérés dans l’élevage d’Eure-et-Loir. À l’inverse, un autre élevage a été jugé « indemne », ont rapporté l’AFP et Reuters. Les analyses des deux autres sont encore en cours de traitement.

Le vison est pour l’instant le seul animal identifié qui pourrait contracter le Covid-19 mais également réinfecter l’être humain. On appelle le fait de transmettre une maladie d’animal à humain (ou vice versa) la zoonose.

Or, le Danemark aurait constaté une contamination d’une douzaine de personnes, qui l’auraient été par le contact avec des visons contaminés. C’est pour cette raison qu’en novembre 2020, le pays a annoncé l’abattage de toutes ses populations de vison, soit 15 millions d’animaux. Une mesure radicale qui est basée sur une seule étude scientifique, pré-publiée (c’est-à-dire qu’elle n’a pas encore été revue et corrigée par des pairs). Elle décrit : «  Le virus a été initialement introduit par l’homme et [il] a évolué, reflétant très probablement une circulation généralisée chez les visons au début de la période d’infection, plusieurs semaines avant la détection. À l’heure actuelle, malgré le renforcement de la biosécurité, la surveillance d’alerte précoce et l’abattage immédiat des exploitations infectées, la transmission se poursuit entre les exploitations de visons, avec trois grands groupes de transmission dont les modes de transmission sont inconnus.  »

Comme Numerama le soulignait récemment, il manque toutefois de nombreuses sources scientifiques pour comprendre sur le fond toutes les raisons qui ont poussé le gouvernement danois à prendre cette décision radicale. Il s’agirait avant tout d’un principe de précaution, car les autorités craignent que le virus ait muté chez les visons, ce qui pourrait mettre en péril de potentiels vaccins contre le coronavirus.

Le Danemark a d’ailleurs estimé le 19 novembre que cette menace était « très probablement éteinte », mais a maintenu l’abattage de tous les visons par crainte qu’une nouvelle mutation ne soit observée un jour. Cependant, cette décision n’a pas de base légale fondée : une vague de critiques s’est alors abattue sur le ministre de l’Agriculture danois, qui a été contraint de démissionner la semaine dernière.

Un vison // Source : pxhere

Le cas de la France

La France semble poursuivre le cheminement du Danemark sur le sujet : la décision d’abattage a été prise « afin de protéger la santé publique contre la Covid-19 » (sic), dit le ministère dans son communiqué. Il convient toutefois de noter que les nombres ne sont pas comparables : il y a environ 20 000 visons en élevage en France, contre 15 millions chez nos voisins danois. C’est en cela que la situation serait «  très différente » en France par rapport au Danemark, selon Julien Denormandie, interrogé par France Info le 22 novembre.

En tout cas, le Code rural et de la pêche maritime français prévoit la possibilité des autorités administratives de prendre la décision d’abattre des animaux pour raisons sanitaires, et encadre également les indemnisations possibles des éleveurs concernés.

En termes de publications scientifiques toutefois, les résultats sont toujours faibles et peu accessibles. Si le principe de précaution est compréhensible à l’heure où les autorités et gouvernements avancent à tâtons, les experts attendent toutefois plus de transparence sur les études utilisées pour prendre des décisions qui ont, malgré tout, des effets directs sur la vie des éleveurs, qui voient leur filière anéantie.

Crédit photo de la une : pixabay

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