L'Île-de-France a été marquée le 30 septembre par un évènement inhabituel, caractérisé par une forte déflagration sonore. Ce « bang » s'avère être le bruit d'un avion Rafale ayant franchi le mur du son. Explications.

C’est une détonation spectaculaire qui a été entendue à Paris, mais aussi dans sa proche banlieue, et parfois au-delà en Île-de-France. Et très vite, des hypothèses plus ou moins plausibles ont circulé sur les réseaux sociaux et ailleurs sur l’origine de ce bruit : explosion de gaz ? Attentat suicide ? Chute d’une météorite ? Déflagration d’une bombe retrouvée de la Seconde guerre mondiale ?

Rien de tout ça n’est exact. L’explication a été donnée par la Préfecture de Police de Paris, à 12h08, quelques minutes après la survenue de l’évènement et l’apparition des premières interrogations du public sur le net. Il s’agit en fait d’un avion de chasse qui se trouvait dans les parages et qui a franchi le mur du son. Plus exactement, c’est un avion Dassault Rafale qui est à l’origine du « bang ».

Un chasseur Dassault Rafale lors d’un meeting aérien. // Source : Thomas Arnoux

Selon France Bleu Paris, qui a pris langue avec le ministère des Armées, l’avion a reçu l’ordre de décoller en urgence de sa base, à Saint-Dizier (Haute-Marne), pour aller au contact d’un aéronef qui a perdu le contact radio, en direction de Saint-Brieuc. C’est vers Créteil, dans l’est parisien, à 10 000 mètres d’altitude, que l’accélération a eu lieu, à 11h52, que le pilote a reçu le feu vert de sa hiérarchie.

Le contact a été rétabli avec l’avion civil — un Embraer ERJ 145 — et les choses ont pu rentrer dans l’ordre. Des détails supplémentaires ont été donnés par le ministère des Armées. On y apprend notamment que le Rafale était déjà mobilisé juste avant pour accompagner un autre avion — un Falcon 50 — qui était lui aussi en perte de contact radio. C’est en allant sur le nouvel objectif qu’il est passé supersonique.

Ce genre d’interception de sécurité n’est pas rare dans le cadre de la protection de l’espace aérien et en règle générale le doute est levé par un contact visuel et une aide qui peut aller jusqu’à l’escorte vers l’aéroport le plus proche, pour que l’aéronef, qu’il soit en difficulté ou qu’il rencontre une défaillance technique, se pose. Mais ce qui est moins courant, c’est de franchir le mur du son, car la vitesse supersonique est réglementée.

Ce cas de figure peut survenir par exemple si l’aéronef en cause n’a plus donné de signe de vie depuis un moment et lorsque sa trajectoire paraît constituer une menace — s’il se rapproche trop de Paris par exemple, car la capitale est interdite de survol pour des raisons évidentes de sécurité. C’est ici que se concentrent les principaux lieux de pouvoir, ce qui justifie une protection accrue.

Le mur du son ?

L’étendue avec laquelle le « bang » supersonique a été entendu en Île-de-France a pu faire naître des interrogations : comment se fait-il qu’il porte si loin ? Quelle en est la cause ? Et surtout, comment expliquer le délai qui s’est écoulé entre le moment où le chasseur a poussé ses turboréacteurs et l’instant où le bruit a été entendu ? Tout cela nécessite des précisions sur ce que sont le mur du son et les machs.

Il faut savoir que le son se caractérise par des ondes qui se propagent dans un milieu, comme l’air, de molécules à d’autres molécules. Ces vibrations se diffusent à une vitesse variable, causée par différents paramètres, explique l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA). Ces facteurs incluent la température, la pression, le milieu (dans l’eau ou à l’air libre) ou le degré d’humidité.

Ainsi, la vitesse du son dans l’air atteint environ 340 mètres par seconde (m/s) au niveau de la mer, et lorsque la température affiche 15°C. Dans l’eau, les sons filent beaucoup plus vite, jusqu’à 1 460 m/s — soit presque 1,5 kilomètre par seconde. Mais les milieux n’étant pas toujours homogènes, les ondes ne se déplacent pas à une vitesse constante, et vont donc parfois plus ou moins vite.

Dassault Rafale hangar
Les avions Dassault Rafale ont entre autres pour mission de sanctuariser l’espace aérien français. // Source : Pavel Vanka

Un Rafale peut tout à fait se déplacer à plus de 340 m/s : ses performances lui permettent même d’atteindre Mach 1,8. Le nombre de Mach est une grandeur qui renseigne la vitesse d’un véhicule ou d’un objet quelconque par rapport à la vitesse du son, localement. À 340 m/s, soit 1234,8 km/h, on dit que l’on se trouve à Mach 1. À Mach 1,8, le Rafale est presque deux fois plus rapide sur le son.

Or à Mach 1, explique Sciences & Avenir, des perturbations importantes apparaissent à l’avant de l’appareil, dans le sens de son déplacement. La raison tient au fait que l’espace aérien n’est pas vide, mais offre une résistance, certes minime, du fait de la présence d’une atmosphère. Les vibrations sonores se superposent alors et forment l’onde de choc. Le « bang » sonique.

Mais alors, pourquoi parle-t-on de mur à cette vitesse ?

L’expression  est issue du retour d’expérience des aviateurs lors de la Seconde guerre mondiale, qui suggéraient alors que les aéronefs ne pourraient pas dépasser la vitesse du son, car ils seraient trop instables. Un « mur », composé de plusieurs couches d’air, serait donc face à eux. En somme, les turbulences seraient trop significatives, l’appareil trop difficile à contrôler, à Mach 1 et plus.

Évidemment, Les progrès en aéronautique font que ce mur est maintenant franchissable par bon nombre d’aéronefs, mais pas avec la plus grande des discrétions. En effet, l’avion produit à ce moment-là une onde de choc qui se propage vers l’arrière, avec la forme d’un cône dont la pointe se situe au niveau de l’aéronef. Toute personne se trouvant dans ce cône entend alors le « bang ». Comme en Île-de-France le 30 septembre 2020, donc.

Crédit photo de la une : David Álvarez López

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo