Les Bruants à gorge blanche ont fait émerger un nouveau chant dans une localité du Canada. Puis ce chant s'est exporté, et il est en train de supplanter l'ancien. Ce phénomène n'avait jamais été observé auparavant.

Chez les humains, des pratiques culturelles peuvent se développer dans une région puis s’exporter pour se développer à grande échelle. Les humains apprennent les uns des autres lors de rencontres, et ainsi leur culture évolue dans l’espace et le temps. Pour le langage par exemple, une expression peut se diffuser en quelques décennies voire années. Et si c’était pareil pour les oiseaux ? Au Canada, une espèce d’oiseaux connue sous le nom de Bruant à gorge blanche est en train de voir son chant évoluer, à partir d’une modification à l’origine mineure et localisée.

Pour Ken Otter, l’auteur d’une étude publiée le 2 juillet 2020 sur ce phénomène dans Current Biology, il s’agit d’une observation sans précédent en biologie. Ce qui est nouveau n’est pas tant un changement dans le chant — c’est assez courant –, mais bien la large diffusion à toute l’espèce, sur le continent. « Nous ne connaissons aucune autre étude qui ait vu ce genre de diffusion par évolution culturelle d’un type de chanson », relève le biologiste.

Le Bruant à gorge blanche vit en Amérique du Nord, essentiellement au Canada. // Source : Pixabay

L’émergence d’un nouveau dialecte

Originellement, le chant du Bruant à gorge blanche se termine sur trois notes spécifiques. Mais dans les années 1990, Ken Otter a remarqué une petite variation dans l’ouest du Canada : une bonne partie de ces oiseaux de la région se mettaient à terminer leur chant par deux notes, non plus trois. Un changement mineur, dans une région spécifique, rien de plus normal. Mais en seulement vingt ans, la pratique de ce nouveau chant a parcouru des milliers de kilomètres, conquérant de nouvelles régions.

« En 2014, tous les oiseaux que nous avons enregistrés en Alberta chantaient ce dialecte de l’ouest, et nous avons commencé à le voir apparaître dans des populations aussi éloignées que l’Ontario, qui se trouve à 3 000 kilomètres de chez nous », observe Ken Otter. Et ce ne sont pas des changements isolés : le chant à deux notes est en train de supplanter le chant à trois notes.

En harnachant les oiseaux avec des petits géolocalisateurs, les biologistes ont pu retracer les lieux d’apprentissage du nouveau dialecte : les zones d’hivernage. Ce sont des lieux où des oiseaux de différentes régions se retrouvent, une occasion idéale pour être au contact d’autres dialectes, les apprendre, les adopter. « Nous savons que les oiseaux chantent dans les aires d’hivernage, donc les jeunes mâles peuvent être capables de capter de nouveaux types de chants s’ils passent l’hiver avec des oiseaux d’autres régions dialectales. »

Chanter un nouveau chant : un avantage pour les mâles ?

Quant à la raison pour laquelle ce nouveau chant supplante le précédent, cela reste la principale inconnue du processus. Les biologistes estiment que le plus probable reste une préférence des femelles pour un chant qui ne serait pas typique de leur environnement. « Si c’est le cas, alors cela devient un avantage pour les mâles pouvant chanter un nouveau type de son. » Les scientifiques vont continuer à observer l’évolution du chant des Bruant à gorge blanche pour déchiffrer ce phénomène, et ce en temps réel et à l’échelle continentale grâce à la science citoyenne — ces citoyens et citoyennes qui partagent leurs enregistrements locaux.

Crédit photo de la une : Pixabay

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