Il n'y aura pas de la vol inaugural en 2020 pour Ariane 6, à cause de la crise du coronavirus. Désormais avec 2021 en ligne de mire, l'Europe achève ses essais pour qualifier son nouveau lanceur.

On espérait un vol inaugural d’Ariane 6 cet été. La grave crise engendrée par l’épidémie de coronavirus en a décidé autrement. Désormais, les débuts de la nouvelle fusée européenne ne surviendront pas avant 2021, à une date encore indéterminée. Trop de retard a été pris ces derniers mois, aussi bien dans le chantier du pas de tir dédié à Ariane 6 que dans certains essais cruciaux pour qualifier le lanceur.

Pendant un temps, un report en fin d’année était envisagé. Mais les contraintes sanitaires à respecter, comme le respecter d’une période d’isolement de deux semaines pour le personnel arrivant en Guyane afin de s’assurer que le virus n’incube pas, empêchent de repartir plein pot. L’Agence spatiale européenne (ESA) estime qu’il n’y aura que la moitié des effectifs sur site mi-juin et les lancements n’ont pas encore repris.

« Nous savons aujourd’hui avec certitude que le lancement ne se fera pas en 2020 », a ainsi admis Daniel Neuenschwander, le directeur du transport spatial européen de l’ESA, fin mai. Cependant, de l’aveu même de l’intéressé, le planning était déjà en difficulté avant le SARS-CoV-2. Il n’était pas sûr du tout de pouvoir tenir les échéances. Les derniers espoirs d’y parvenir ont été achevés par l’infection.

Dernier test majeur pour le propulseur P120C

C’est désormais tout le calendrier qui doit être revu. Ainsi, l’ultime essai de qualification du moteur P120C aura lieu au cours de l’été, afin de le déclarer opérationnel pour Vega C et Ariane 6. Sa particularité est qu’il peut servir à la fois pour la fusée légère Vega C (en tant que premier étage) et pour Ariane 6 (en tant que propulseur d’appoint, par deux ou par quatre selon la configuration du vol).

La mise à feu statique du propulseur P120C sera la dernière d’une série de trois, qui a débuté en juillet 2018. Un deuxième allumage a eu lieu début 2019. Le tir prévu cet été apportera un pont final à ces tests, avec une dernière campagne de mesures (plus de 600 sont au programme : vibrations, températures, pressions, efforts, accélérations, etc.), comme s’il s’agissait d’un vol en conditions réelles.

Vega-C
Vue d’artiste de Vega-C. Le propulseur P120C fera office de premier étage pour ce lanceur léger. // Source : ESA–Jacky Huart, 2017

Hormis sa compatibilité avec Ariane 6 et Vega C, le P120C présente une autre particularité : il est le plus gros propulseur à poudre monolithique en fibre de carbone au monde — il a été construit d’un seul bloc. Sa capacité d’emport de propergol solide est de 142 tonnes et il peut développer une poussée maximale de 4 650 kN. Le P120C est construit par Avio et ArianeGroup depuis 2014, via la coentreprise Europropulsion.

Le nom du propulseur P120C, s’il apparaît incompréhensible de prime abord, désigne en fait ses caractéristiques : le « P » signifie poudre, le « C » indique qu’il s’agit d’un engin qui est commun à Ariane 6 et Vega C, tandis que « 120 »  fait référence à la masse, en tonnes, de propergol qu’il pouvait contenir au départ. Évidemment, cette contenance a évolué depuis, mais ce nombre est resté.

Contrairement à Vega C qui n’a besoin que d’un propulseur P120C pour atteindre l’espace, Ariane 6 a non seulement besoin d’en utiliser deux ou quatre, selon le profil de sa mission, mais elle doit aussi s’appuyer sur un moteur-fusée Vulcain pour le premier étage (qui sera remplacé vers 2030 par Prometheus), en version 2.1 pour Ariane 6, et par un moteur-fusée Vinci pour le deuxième étage.

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