Les squelettes fossiles ne permettent pas réellement d'établir les différences avec clarté.

Décidément, l’année 2020 est remplie de travaux de recherche qui remettent en question nombre d’idées reçues sur le règne des dinosaures. Début mai, un travail de recherche montrait que certains dinosaures savaient nager et vivaient même dans l’eau, la première preuve scientifique réelle en la matière. Une autre étude montrait que, contrairement à ce que l’on voit dans Jurassic Park, les vélociraptors ne chassaient pas en meute. Le 12 mai 2020, des chercheurs viennent maintenant rappeler dans Paleontology and Evolutionary Science que nous ne connaissons finalement pas grand chose des différences entre les dinosaures de sexe masculin et de sexe féminin.

Depuis de nombreuses années, à vrai dire, il existe une controverse scientifique sur la simple existence ou non d’un dimorphisme sexuel chez les dinosaures : y avait-il tout simplement des différences entre les mâles et les femelles ? « Je ne dis pas que les dinosaures n’étaient pas dimorphiques, mais je dis qu’il n’existe aucune preuve fossile qu’ils l’étaient. Le jury reste ouvert », expliquait le paléontologue canadien Jordan Mallon, en 2017, après la publication de ses travaux sur le repérage des dimorphismes via les fossiles.

Selon cette étude, on ne peut pas discerner un T-Rex mâle d’un T-Rex femelle. // Source : Pixabay

Le squelette n’est souvent pas un élément suffisant

La nouvelle étude publiée le 12 mai en arrive à la conclusion pure et simple, et allant dans le sens des dires de Jordan Mallon, que l’on manque cruellement d’éléments nous permettant réellement de dissocier les mâles et les femelles chez les dinosaures. En bref : on ne sait pas s’ils avaient un dimorphisme sexuel et, si tant est qu’on puisse en déduire vraiment qu’ils en avaient un, on ne sait pas différencier un mâle d’une femelle. L’un des auteurs de ces travaux explique par exemple que l’idée selon laquelle la femelle T-Rex est plus grande que le mâle ne repose sur aucun fondement, car le niveau de données permettant d’arriver à cette considération est insuffisant.

L’un des exemples typiques de cette limite se trouve chez le Shringasaurus. C’est seulement à partir de 8 fossiles que l’on en a déduit un groupe mâle et un groupe femelle, à partir de deux cornes manquantes chez deux individus, associés à des femelles. Mais il se pourrait très bien que ces cornes manquantes le soient seulement à partir d’une mauvaise préservation à travers le temps.

Les paléontologues, auteurs de cette étude, se sont également penchés sur une espèce existante de crocodile (Gavial du Gange) dont le dimorphisme sexuel est connu. Ce dimorphisme repose sur deux choses : une fosse nasale différente, et des mâles plus petits que les femelles. Ils montrent alors que ces différences, très claires face à des individus vivants, le sont beaucoup moins à partir de leurs squelettes ou bouts de squelettes. La différence dans la taille est trop subtile pour être repérée s’il manque le crâne et donc la fameuse fosse nasale. « Même en ayant la connaissance préalable du sexe du spécimen, il peut être difficile de distinguer les mâles et femelles chez le Gavial du Gange », écrivent les auteurs. À partir de cette analyse, ils ont fait la démonstration que même en connaissant le sexe de certains individus, il est difficile d’en faire le constat à partir du simple squelette, qui plus est partiel.

« Notre étude suggère qu’à moins que les différences entre les dinosaures soient vraiment frappantes, ou qu’il y ait une caractéristique claire comme une fosse nasale, nous serons en difficulté pour distinguer un dinosaure mâle ou femelle à partir de nos squelettes existants », en concluent les chercheurs.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo