Deux équipes de scientifiques ont montré que la composition chimique de la comète Borisov est étonnamment riche en monoxyde de carbone. Cette particularité permet d'envisager plusieurs hypothèses sur l'origine du visiteur interstellaire.

La comète interstellaire Borisov est inhabituellement riche en monoxyde de carbone, par rapport aux comètes du système solaire. Cette caractéristique, confirmée à la fois par les données du télescope Hubble et de l’observatoire ALMA le 20 avril 2020, donne de nouvelles indications sur la manière dont l’objet se serait formé. Il pourrait être né à proximité d’une naine rouge ou être un fragment d’une planète naine, résume la Nasa.

Deux études ont été publiées à ce sujet dans la revue Nature Astronomy. « 2I/Borisov a dû se former dans un environnement relativement riche en CO [ndlr : monoxyde de carbone] », écrit l’équipe qui a travaillé avec les données d’ALMA. Ces scientifiques en déduisent que le visiteur est peut-être originaire des « régions extérieures très froides d’un disque d’accrétion protoplanétaire [nldr : à partir duquel se forment les planètes] éloigné ». Borisov pourrait faire partie d’un groupe de petits corps très froids, un peu comme dans la ceinture de Kuiper de notre système solaire.

L’équipe qui a travaillé sur les données de Hubble complète en indiquant que les propriétés de la comète laissent penser que son système stellaire d’origine pourrait bien être formé autour d’une naine rouge — « les étoiles les plus courantes dans notre galaxie », rappellent-ils.

La comète Borisov immortalisée par Hubble. // Source : NASA, ESA, D. Jewitt (UCLA) (photo recadrée)

Découverte le 30 août 2019, la comète Borisov a rapidement été identifiée comme le deuxième visiteur interstellaire connu (l’origine d’Oumuamua, premier visiteur interstellaire, est encore débattue). L’objet est passé au plus près du Soleil en décembre dernier et s’éloigne maintenant de nous. Les observations de la comète offrent de précieuses informations sur ce visiteur interstellaire : il représente l’opportunité d’en savoir davantage sur un autre système que le nôtre, celui dont il est originaire. Puisque les comètes naissent dans les disques de matière entourant les jeunes étoiles, leur analyse révèle l’histoire des matériaux qui ont formé des planètes ou des petits corps.

Quelles sont les nouvelles hypothèses sur son origine ?

Les nouvelles données montrent que Borisov est bien plus concentrée en monoxyde de carbone que toutes les autres comètes observées à la même distance qu’elle, soit 300 millions de kilomètres du Soleil. Cette composition suggère que l’objet a voyagé depuis un lieu très froid, explique la Nasa, comme la ceinture de Kuiper. Pour le groupe de scientifiques qui a travaillé sur les données de Hubble, cette hypothèse correspond à une formation près d’une naine rouge. Autour de ces étoiles, moins massives et plus sombres que le Soleil, la matière à l’origine de la formation des planètes doit être plus froide que celle dans notre propre système solaire.

Dans les travaux fondés sur les observations d’ALMA, il n’est pas exclu que l’objet soit un fragment d’une planète naine, qui aurait possédé une grande quantité de monoxyde de carbone près de sa surface. Dans cette hypothèse, la planète n’est pas forcément en orbite autour d’une naine rouge. Borisov aurait plutôt pu heurter un autre objet, libérant alors son monoxyde de carbone dans l’espace. Cette même équipe note aussi qu’il ne faut pas écarter un scénario plus conventionnel : Borisov aurait pu se former comme n’importe quelle comète, mais avec simplement une concentration plus élevée en monoxyde de carbone (et comme ce gaz s’évapore aisément, il semblerait plus abondant lors des observations).

Face aux futurs visiteurs interstellaires, « se préparer à l’inattendu »

Les scientifiques qui ont travaillé avec le télescope spatial Hubble ont observé Borisov entre le 11 décembre et le 13 janvier dernier. L’autre équipe a utilisé l’observatoire ALMA les 15 et 16 décembre. Les deux campagnes d’observation ont révélé la concentration inattendue en monoxyde de carbone (un gaz incolore et inodore pour les humains, responsable d’intoxications) de la comète.

D’autres visiteurs interstellaires pourraient être découverts à l’avenir. « Nous devons être préparés à l’inattendu quand nous poursuivrons de futures études sur cette nouvelle classe d’objets astronomiques », concluent les scientifiques qui ont travaillé avec ALMA.

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