Il est trop tôt pour faire de quelconques projections sur la virulence du nouveau coronavirus. Mais informer, de manière raisonnable, à son sujet peut aider à contenir sa dissémination dans le monde.

L’épidémie de pneumopathies liée au nouveau coronavirus nCov se propage. Ce 24 janvier 2020, le bilan est de 26 morts et plus de 800 personnes infectées. La gravité du coronavirus reste variable, car il provoque des décès, des états graves, mais certains patients en sortent aussi guéris. En tout cas, la Chine redouble d’effort pour contenir la propagation : trois villes ont été mises en quarantaine. La gestion de crise est-elle à la hauteur ? Le professeur Yves Hansmann, chef des Services des Maladies Infectieuses et Tropicales à l’hôpital de Strasbourg, décrypte avec nous la situation.

Le foyer de l’infection a été identifié : un marché aux animaux, à Wuhan. L’origine exacte du coronavirus reste incertaine, la dernière étude sérieuse en date évoque la mutation d’un virus présent chez les chauve-souris, qui serait alors passé chez des serpents, puis chez des humains. Si Wuhan est en quarantaine, c’est donc parce que le lieu est la source principale de l’épidémie. Cette mesure implique de confiner plus de 10 millions de personnes.

Image d’un coronavirus (ici celui qui provoque le Syndrome respiratoire aigu sévère). Le terme signifie « virus à couronne », car le virus est entouré d’une petit couronne de projections bulbeuses comme on peut le voir sur cette image au microscope. // Source : CDC

Le timing est rassurant

L’histoire récente n’a pas connu d’autres quarantaines d’une telle échelle. Et ce n’est pas la seule mesure : les contrôles ont été accrus dans de nombreux aéroports et la France redouble de vigilance. Les laboratoires, quant à eux, sont déjà nombreux à travailler au profilage du coronavirus pour trouver des traitements efficaces, voire des vaccins. «  Prendre autant de mesures pour limiter la diffusion et la dissémination du virus est bon signe », commente le Professeur Yves Hansmann.

Une analogie est souvent faite entre nCov et le SARS — dont l’épidémie avait causé plus de 700 morts et 8 000 infections. Les deux virus ont beaucoup en commun, mais cela ne suffit pas à en tirer des conclusions hâtives. « Le SRAS est proche, mais ce n’est pas exactement la même chose. Sa virulence s’était progressivement atténuée au fil de l’épidémie ; on ne sait pas pour le nCov. Mais pour l’instant, les premières données montrent que ce n’est peut-être pas aussi grave que le SRAS. »

La réactivité est meilleure que pour le SARS

L’analogie avec le SARS rencontre aussi des limites quand il est question de la prise en charge de la crise. À l’époque, la réactivité avait été plus lente. « Pour cette épidémie, le diagnostic et la prise de conscience étaient plus tardives, ainsi qu’à un stade où le diagnostic a été découvert à l’extérieur du foyer de l’épidémie. On a commencé à en entendre parler à partir de la dissémination mondiale », rappelle Yves Hansmann. Inversement, concernant nCov, le timing est encourageant tant la prise de conscience de l’épidémie a été rapide, les mesures avec.

Le professeur Yves Hansmann tient à préciser que dans une telle situation, les projections sont difficiles à faire d’un point de vue scientifique. Pour l’instant, seules des personnes âgées ou malades ont succombé au virus, mais ce seul élément ne suffit pas à présager de la dangerosité future de nCov. Les mutations ou non d’un virus ne peuvent pas vraiment être anticipées. La pandémie grippale de 2009 avait été envisagée comme potentiellement dévastatrice, là où, finalement, elle n’avait pas dépassé des complications sévères de l’ordre de 2 à 3 % — soit le stade d’une grippe saisonnière. Il est donc trop tôt pour tirer la moindre conclusion optimiste ou pessimiste sur nCov.

L’information aide à prendre des mesures

En tout cas, pour Yves Hansmann, le positif dans la gestion de cette crise est «  de voir qu’il y a une prise de conscience, une diffusion de l’information, même au grand public ». Les médecins généralistes sont eux aussi informés de la situation sur comment orienter les patients potentiellement atteints. Plus la vigilance sera accrue au sein de la population globale, «  plus on augmente les chances d’identifier les patients suspects et de mettre en place des mesures de prévention pour éviter la dissémination autour d’eux ».

Le fait que le virus soit à ce point au centre de l’attention a donc pour vertu d’avertir un maximum de monde. Mais, comme le précise Yves Hansmann, le contenu des informations qui sont transmises a tout autant un impact. En parler est une bonne chose, mais il ne faut pas non plus sombrer dans l’angoisse. « Ce qui est important est de savoir que, actuellement, seules les personnes directement exposées au risque sont celles qui peuvent être contaminées par le virus », précise Yves Hansmann. Cela concerne ainsi les personnes étant passées par le foyer du virus ou ayant été en contact avec quelqu’un qui y est passé. «  Cela représente une minorité de personnes. »

Être vigilant sans être catastrophiste

Ce serait « contreproductif » de suggérer d’une quelconque façon que que toute personne qui commence à tousser pense à ce virus et envisage de se faire hospitaliser dans des conditions spéciales. Le système de santé en serait déstabilisé et, in fine, cela freinerait le bon diagnostic du virus et donc l’élaboration de traitements. L’information doit surtout servir de « mouvement accélérateur pour les décisions politiques, les services sanitaires, les équipes de recherche », afin de débloquer des financements et de pousser à prendre les bonnes mesures.

En bref, la situation n’est pas bénigne, loin de là, sinon elle ne ferait pas l’objet d’autant d’attention, et il est donc important d’en parler. Mais il faut le faire le plus raisonnablement possible, sans se livrer à des projections excessives dans un sens ou dans l’autre. « En fait, dans ce contexte l’enjeu est d’être vigilants sans être catastrophistes », conclut Yves Hansmann.

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