L'intégralité de l'Arctique est menacée par le changement climatique. La fonte des glaces provoque une montée des eaux et aggrave le réchauffement. L'ONG Ice911 teste un procédé prometteur : un sable blanc, fait de microsphères, pour réfléchir la lumière du soleil.

Conséquence du changement climatique, la fonte des glaces s’accentue d’année en année. Dans l’Arctique, le Groenland en fait par exemple les frais. À cause de la vague de chaleur de cet été 2019, la région a perdu 11 milliards de tonnes de glace en une seule journée, soit l’équivalent de 4,4 millions de piscines olympiques. Ce niveau de perte est l’équivalent d’un scénario pessimiste qui était prévu pour 2070. La situation semble certes catastrophique, mais il existe des solutions. L’une d’entre elles est peut-être à trouver du côté de Ice911, une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de restaurer l’Arctique… grâce à des microsphères en verre.

Dans une tribune publiée le 18 septembre 2019, l’Agence spatiale européenne avertissait : si les taux de fonte gardent la même dynamique qu’aujourd’hui, alors d’ici 10 à 30 ans, les étés en Arctique ne comporteront plus le moindre sol gelé. Si cette fonte est un indicateur de l’évolution du changement climatique, les conséquences en elles-mêmes sont nombreuses. Les étendues gelées sont des lieux de vie pour une importante biodiversité (notamment les ours), qui se retrouve donc en danger, sans compter que la montée des eaux menace de nombreux habitats humains.

Les microsphères d’Ice911 ressemblent à du sable blanc très fin. // Source : Ice911

La fonte des glaces est une réaction en chaîne constante. Les pôles gelés agissent comme des miroirs géants, car ils réfléchissent la lumière du soleil. Donc plus les glaces fondent plus ces miroirs disparaissent. Puisque la lumière n’est plus réfléchie, alors les océans absorbent toujours plus de chaleur, ce qui contribue au réchauffement… et ainsi de suite. Les microsphères imaginées par Ice911 sont censées agir comme catalyseurs pour ce phénomène, capables de réfléchir à nouveau la lumière du soleil à grande échelle.

Abaisser la température de 1,5 degré

Les grains de verre conçus par Ice911 sont microscopiques, ce qui forme une sorte de sable blanc très fin — comme vous pouvez le voir sur la photo plus haut. Ce dernier est capable de flotter à la surface de l’eau et de s’accrocher à la glace. Afin que le procédé soit réellement écologique jusqu’au bout, l’ONG s’appuie sur du verre en dioxyde de silicium. Ce composé mélange parmi les deux matériaux les plus naturellement abondants de la planète : l’oxygène et le silicium (élément particulièrement présent dans les roches).

Le choix de ce matériau est partie intégrante de l’approche d’Ice911 : établir une solution qui ne fasse pas autant de mal que le problème. Selon l’ONG, « le silicium est de loin l’élément le plus sûr que l’on puisse utiliser, puisque toute la vie a évolué conjointement avec lui, sous différentes formes, sur les terres, dans les roches, sous forme dissolue dans les océans ». Cela signifie que ce sable blanc s’intégrerait potentiellement sans problème à l’écosystème local. Leur constitution en silicium ne ferait qu’ajouter moins de 0,000004 % du silicium déjà présent naturellement. Et ce serait sans danger, car contrairement aux nanoparticules autour de 10 micromètres qui sont dangereuses pour les êtres vivants, ces grains de verre font entre 35 et 60 micromètres (entre 0,03 et 0,06 millimètre).

Toujours dans cette optique d’intégration naturelle à l’environnement, Ice911 n’a pas pour projet de rejeter des tonnes de ces microsphères partout dans l’Arctique. L’équipe scientifique s’appuie sur les modèles climatiques actuels et prévisionnels, afin de déterminer des zones clés dans la région. Le but : cibler spécifiquement ces zones avec les microsphères. Ce serait moins invasif que des canons à neige. Ces modèles climatiques ont également permis à Ice911 d’établir le timing parfait pour un tel lancement. Le printemps serait effectivement le moment idéal, car les sols gelés pourraient ainsi le rester plus longuement au fil des périodes les plus chaudes (printemps puis été).

Ce qui est intéressant dans ce projet, c’est qu’il n’est pas qu’une idée en l’air : les phases d’expérimentation sont sérieusement lancées, dans une zone de test en Alaska. C’est un lac de glace qui a été choisi, afin d’être face à toutes les situations (présence entière ou partielle de glace, eau liquide…). En mai 2019, l’ONG a publié des résultats prometteurs : la réflexivité du lac a été bel et bien accrue. D’après les simulations d’Ice911, la version la plus aboutie de ce projet pourrait permettre, à terme, d’abaisser de 1,5 degré la température de la région Arctique.

Crédit photo de la une : Pixabay

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