La glace du Groenland a fondu de façon notable le 13 juin 2019. Cependant, il serait faux de dire que 40 % de son volume de glace s'est changé en eau en à peine 24 heures. Deux experts nous l'expliquent.

Le Groenland n’a pas perdu 40 % de son volume de glace en une journée. Le 13 juin 2019, le compte Twitter @greenlandicesmb, rattaché a l’institut météorologique danois, a annoncé que le Groenland avait perdu 2 milliards de tonnes de glace en à peine 24 heures. Le tweet renvoie au site Polar Portal, qui publie un suivi de la surface du Groenland, en tenant compte de ses gains et pertes de masses quotidiennes.

2 kilomètres cubes de glace du Groenland se sont changés en eau douce en une journée. Même si cette fonte est imposante, elle ne signifie pas que 40 % des glaces du Groenland ont fondu en un jour. « Ce n’est pas 40 % de la calotte qui a fondu, sinon il n’y aurait déjà plus de port à Marseille », nous explique Gael Durand, chargé de recherche au CNRS et directeur adjoint de l’Institut des Géosciences de l’Environnement. Si c’était le cas, le niveau des océans aurait monté de plus de 3 mètres, souligne Ouest France.

Un iceberg au Groenland. // Source : Pixabay (photo recadrée)

D’où vient la confusion ?

La méprise est liée a un tweet publié par CNN le même jour. Il renvoie vers un article du média, commenté avec ces mots : « Plus de 40 % du Groenland a fondu ce jeudi, avec une perte totale de glace estimée à plus de 2 milliards de tonnes ». Comme le relèvent nos confrères, ce raccourci a provoqué une confusion car une notion de superficie (plus de 40 % de la superficie du Groenland) a été interprétée à tort comme un volume.

Le 13 juin 2019, la calotte du Groenland a bien fondu de façon importante, même si cela ne représentait pas 40 % de son volume total. « La saison des fontes démarre. Jeudi dernier était un jour particulièrement chaud et la calotte a été atteinte. 2 gigatonnes de glace ont fondu. Pour mettre cela en perspective, ce sont de l’ordre de 200 gigatonnes de glace qui fondent chaque année », rappelle Gael Durand.

Jean-Louis Tison, glaciologue à l’université libre de Bruxelles, complète cette analyse en nous rappelant que la glace du Groenland peut fondre de 2 manières différentes :

  • Le vêlage d’icebergs : « La glace, épaisse de plus de 3 000 mètres au centre, s’écoule vers les bords sous l’effet de la pente de surface, et devient flottante au contact de l’océan […] pour former des icebergs »,
  • Et la fonte de surface : « La glace fond en surface au printemps et à l’été et s’écoule à la surface. Une partie rejoint la base de la calotte par les crevasses et participe au glissement de la calotte, une partie rejoint l’océan par la surface », commente le scientifique. C’est de ce processus dont il est question ici.
Un fjord au Groenland. // Source : Pixabay (photo recadrée)

Un volume d’eau « ridiculement faible »

Cette fonte est surveillée par les satellites, capables de différencier l’eau liquide et la glace qui se trouve en surface. « On obtient donc tous les jours le nombre de kilomètres carrés couvert par de l’eau en fonte de surface. On peut aussi l’exprimer en pourcentage de la surface totale du Groenland concernée par la fonte. C’est de là que viennent les 40 % : près de 40 % de la surface du Groenland était couvert d’eau de fonte  », poursuit Jean-Louis Tison. Cette eau ne fait que quelques millimètres et se trouve en bordure du Groenland, précise le glaciologue. Rapporté à la surface du Groenland (des milliers de kilomètres carrés), le volume d’eau devient important mais « reste ridiculement faible par rapport au volume total de glace qui se trouve sur le Groenland » (2,85 millions de kilomètres cubes).

Ce n’est pas la première fois qu’une méprise similaire a lieu. « En juillet 2012, la fonte de la surface du Groenland avait été observée dans sa quasi-totalité. Le Figaro avait alors laissé entendre que tout avait presque totalement fondu », se souvient Gael Durand.

Si un tel scénario se produisait, vous en auriez probablement entendu parler davantage. « Si toute la glace de la calotte fondait, c’est-à-dire les eaux qui sont stockées sur le continent, le niveau des mers augmenterait en moyenne de 7 mètres dans le monde », note le spécialiste. Si l’on sait que la calotte polaire font plus vite aujourd’hui qu’il y a 10 ans, il est faux de dire que l’île du Groenland a perdu 40 % de sa glace le 13 juin dernier.

Crédit photo de la une : Flickr/CC/Markus Trienke (photo recadrée)

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