Le télescope spatial Kepler, bien qu'il soit hors service, permet encore aujourd'hui de découvrir de nouveaux objets spatiaux, grâce aux données qu'il reste à analyser.

Si la carrière du télescope spatial Kepler a pris fin en octobre dernier, faute de carburant pour continuer la mission, les données qu’il a collectées au fil des ans vont, elles, encore occuper les journées des astronomes pendant de longues années. Car les prises de vue réalisées par Kepler n’ont pas révélé tous leurs secrets. Et en ce début d’année 2019, une première découverte a pu être confirmée.

Il s’agit d’une exoplanète située à 226 années-lumière de nous, dans la constellation du Taureau. Ce monde, qui répond au nom inimitable de K2-288Bb, est intéressant à plus d’un titre. D’abord, son diamètre est grosso modo le double de celui de la Terre, qui fait un peu plus de 12 700 kilomètres. Ensuite, elle se trouve dans un système solaire — appelé K2-288, d’où le nom de la planète — contenant deux étoiles.

Mais surtout, la planète se trouve dans ce que l’on appelle la zone habitable, c’est-à-dire un segment spatial dont l’éloignement par rapport à une étoile est tel que l’eau à l’état liquide peut se former à la surface d’une planète. Bien entendu, rien ne dit que c’est le cas de K2-288Bb, mais cette donnée en fait un bon candidat pour poursuivre des observations dans sa direction.

Comme le fait observer la NASA, « parmi les planètes qui orbitent près de leur étoile, il y a une curieuse pénurie de mondes d’environ 1,5 à 2 fois la taille de la Terre. C’est probablement le résultat de l’intense lumière des étoiles qui fragmente les molécules atmosphériques et érode l’atmosphère de certaines planètes avec le temps ».

Dès lors, ce monde « peut fournir une étude de cas de l’évolution planétaire dans cette gamme de taille », ajoute l’agence spatiale américaine.

L’extrême distance qui nous sépare de K2-288Bb rend impossible une étude détaillée de sa surface. Il est également impossible en l’état de déterminer s’il s’agit d’une planète rocheuse (comme la Terre) ou gazeuse (comme Neptune). On sait en revanche qu’elle gravite autour de la plus petite étoile du système stellaire tous les 31,3 jours. En comparaison, Mercure autour du Soleil met trois fois plus de temps.

Une planète qui intrigue, puisque ses caractéristiques sont assez inhabituelles

La détection de ce monde a pu être obtenue par la méthode de transit, qui consiste à mesurer les variations de lumière d’une étoile pour déterminer si quelque chose orbite autour d’elle et à quelle vitesse. Ces écarts permettent même de déduire la taille d’une planète, sa densité, son atmosphère et même sa composition chimique.

Au sein du système stellaire, les observations ont permis de déterminer que les deux étoiles sont séparées l’une de l’autre de 8,2 milliards de kilomètres — c’est environ six fois la distance entre le Soleil et Saturne. L’étoile la plus lumineuse est moitié moins massive et large que le Soleil, tandis que l’étoile plus faible équivaut à un tiers de Soleil.

Kepler exoplanètes
Vue d’artiste de Kepler. // Source : NASA/Wendy Stenzel/Daniel Rutter

Pour obtenir ces premières informations de K2-288Bb mais aussi de son système stellaire, les astronomes ont mesuré plusieurs transits du monde autour de son étoile, via Kepler, mais aussi en mobilisant d’autres installations de la NASA, ainsi que la mission Gaia menée par l’Agence spatiale européenne, dont le but premier est de cartographier en 3D une partie de la Voie Lactée et d’évaluer la vitesse des corps recensés.

De nombreuses découvertes sont à prévoir dans les semaines et les mois à venir, à mesure que les données de Kepler seront examinées et confirmées, éventuellement par d’autres moyens spatiaux. En l’espèce, les astronomes peuvent compter sur le programme TESS (acronyme de Transiting Exoplanet Survey Satellite), qui a été déployé en avril 2018, et qui a de facto pris le relais de Kepler.

Crédit photo de la une : NASA

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