Début janvier, la Chine a réussi à déposer un module d'exploration sur la face cachée de la Lune. C'est une première mondiale.

C’est un exploit inédit que vient d’accomplir la Chine. Jeudi 3 janvier 2019, l’Empire du Milieu est devenu le tout premier pays au monde à réussir à déposer un atterrisseur et un astromobile sur la face cachée de la Lune. Jamais dans l’histoire de la conquête spatiale l’autre côté du satellite naturel de la Terre — qui n’est pas directement visible depuis la Terre — n’avait été visité de la sorte.

C’est précisément dans le cratère Von Kármán, dont le diamètre atteint 180 km, que la mission Chang’4, qui est partie de Chine en décembre 2018, s’est posée. Le cratère se trouve dans l’hémisphère sud et est logé lui-même dans le bassin Pôle Sud-Aitken. Élément notable, ce bassin est un gigantesque cratère d’impact, le plus grand du Système solaire : il est large de 2 500 km et profond de 13 km.

La Chine élève son niveau

Chang’e 4 est, comme son nom l’indique, la quatrième mission du genre menée par Pékin. Les trois précédentes opérations ont consisté à explorer à distance le satellite naturel (Chang’e 1 et 2) et à déposer sur la face visible de la Lune un atterrisseur et un astromobile, le célèbre Lapin de Jade (Chang’e 3). Un cinquième vol est par ailleurs prévu, qui consistera cette fois à rapporter des échantillons.

Une fois posée sur la surface lunaire, la mission Chang’4 a envoyé des premières photos des environs, en passant par le satellite Queqiao. Son rôle est décisif, car il relaie les échanges entre les engins au sol et l’agence spatiale chinoise. Les signaux ne peuvent en effet pas être transmis directement. Au mois de mai 2018, la Chine a donc positionné Queqiao autour de la Lune pour qu’il serve de relais.

La prouesse chinoise est d’autant plus remarquable que la face cachée de la Lune (outre qu’elle n’offre jamais de ligne de vue directe avec la Terre, car elle tourne toujours le dos à la Terre, ce qui complique le suivi de toute mission spatiale qui s’y déroule) est  hostile, avec un terrain plus accidenté que de l’autre côté. Sans parler des variations de température extrêmes, allant de -170 à 120 degrés selon l’exposition au Soleil.

Si la Chine est le premier pays à poser quelque chose sur la face cachée de la Lune, ce n’est pas le premier à en découvrir le relief : en 1959, la sonde spatiale soviétique Luna 3 a survolé le satellite naturel et par la suite de nombreuses autres sondes se sont succédé à cette tâche. La face cachée a même été survolée par un équipage humain en 1968 avec la mission Apollo 8.

Lune // Source : Ponciano

Désintérêt des autres pays

Il est en revanche notable de constater qu’aucune grande puissance spatiale de l’époque, que ce soit l’URSS et les États-Unis, ou actuelle, comme l’Union européenne et le Japon, n’a cherché à envoyer des engins au sol. Ces pays en sont pourtant capables, en témoignent les opérations bien plus complexes menées à la surface de Mars, sur des astéroïdes et même sur une comète.

De toute évidence, aucune de ces puissances n’a considéré que la visite in situ de la face cachée de la Lune était cruciale sur le plan scientifique. De son côté, la Chine affirme avoir des expériences à mener. Chang’e 4 embarque plusieurs instruments, dont des caméras, un radar pour l’étude du sous-sol, un spectromètre radio pour les éruptions solaires et un spectromètre infrarouge pour la composition du terrain.

Il est toutefois clair que Chang’e 4 vise aussi à asseoir le prestige de la Chine dans le concert des nations capables de faire des grandes choses dans l’espace. Un record était à prendre et Pékin s’est donné les moyens de marquer l’histoire de la conquête spatiale non pas en réalisant un exploit national — comme le premier taïkonaute par exemple — mais en accomplissant une prouesse internationale, inédite.

La Chine, évidemment, se doute bien que cet évènement, bien qu’historique, ne résonnera pas nécessairement de la même façon chez sa population et dans le reste du monde. Si la fierté nationale est certainement flattée de ce résultat, le pays espère bien pouvoir briller dans le monde entier en réalisant un coup encore plus fou, qui est pour l’instant surtout un rêve : être le premier à envoyer un homme sur Mars.

Crédit photo de la une : Ponciano

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