En survolant l'Antarctique, la Nasa a découvert un immense iceberg plat et rectangulaire. Le phénomène des icebergs tabulaires n'est pas si rare dans la grande barrière de Larsen.

Tous les icebergs ne ressemblent pas à celui qu’a heurté le Titanic. Lors de sa mission IceBridge, consistant à surveiller la glace polaire depuis les airs, la Nasa a capturé le 16 octobre 2018 une image saisissante où l’on aperçoit un iceberg plat et rectangulaire se détacher nettement du paysage.

Retweetée plus de 8 000 fois, la photo de cet impressionnant morceau de glace a rencontré un vif succès sur les réseaux sociaux. C’est en survolant la barrière de Larsen que Jeremy Harbeck, programmeur scientifique responsable d’IceBridge, a repéré l’objet immortalisé en Antarctique.

Un jeune iceberg tabulaire

« Les angles aigus et la surface plate de l’iceberg indiquent qu’il a probablement récemment été vêlé de la banquise », écrit la Nasa dans ce tweet. L’agence américaine y explique qu’il s’agit d’un iceberg tabulaire, qui a sans doute été rejeté ainsi par un glacier dans la mer.

Ceci est un iceberg tabulaire. // Source : Flickr/CC/NASA/Jeremy Harbeck

« Si vous additionnez les tonnes de glaces [qu’il contient], il pourrait remplir toutes les piscines californiennes plusieurs fois », a noté Ted Scambos, chercheur spécialisé dans les glaces au sein de l’université du Colorado, à National Geographic. Le glaciologue estime que ce spécimen a une longueur d’un kilomètre, et mesure presque 40 mètres de hauteur. Selon Kelly Brunt, chercheuse au sein de l’université du Maryland interrogée par Live Science, seul 10 % de l’iceberg serait visible à la surface.

Il pourrait remplir toutes les piscines californiennes plusieurs fois

Bien que cet iceberg fasse davantage penser à une sorte de matelas géant (et très dur) découpé sur mesure dans la glace, il a bien été créé naturellement. Les iceberg tabulaires sont caractérisés par cette forme plate, dont la longueur est supérieure à 5 fois leur hauteur. Ils sont moins rares qu’on pourrait le penser et sont liés à la présence de ces fameuses barrières de glace que l’on trouve uniquement dans l’Antarctique.

Des icebergs tabulaires qui se sont détachés de Larsen C l’année dernière. // Source : Flickr/CC/NASA/Jefferson Beck

Des fissures dans la barrière de glace

Ces glaciers se forment dans le prolongement des calottes polaires (les nappes de glace qui couvrent la terre) : les barrières de glaces sont plus épaisses que la banquise, formée par le gel de mer. En raison de son épaisseur, qui peut aller de dizaines à centaines de mètres, la barrière de glace peut laisser des icebergs tubulaires se détacher d’elle.

La forme carrée et plane de ce bloc s’explique par la taille masse de la zone C de la barrière de glace où il se trouve. « [Les icebergs] qui se détachent de Larsen C sont si grands qu’ils ont l’air parfaitement rectangulaires ou linéaires, car ils ont été créés à partir de fissures qui traversent la glace sur des centaines de kilomètres de long. Dans le Groenland, vous ne trouverez pas ces icebergs rectangulaires car il fait plus chaud, les icerbegs se cassent en plus petits morceaux et les glaciers sont eux-mêmes plus petits », explique Eric Rignot, professeur à l’université de Californie à National Geographic.

En juillet 2017, un énorme iceberg de la taille de la Corrèze s’était détaché de l’Antarctique : il s’était lentement fissuré de la barrière de glace, inquiétant les spécialistes qui craignent un possible effondrement de la plateforme dans les années à venir. La Nasa continue elle de surveiller l’évolution de la hauteur des glaces dans la zone C de la barrière de Larsen : les zones A et B se sont déjà désintégrées, en 1995 puis 2002.

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