Au moment de partir dans l’espace en juillet 2023, la feuille de route d’Euclid était particulièrement chargée. Le télescope mis en orbite par l’Agence spatiale européenne (ESA) devait retracer l’histoire de l’expansion de l’Univers, identifier des galaxies extrêmement lointaines pour mieux comprendre le Big Bang, percer les secrets de la matière noire et de l’énergie noire et mettre à l’épreuve la relativité générale à l’échelle du cosmos et le modèle standard de la cosmologie, rien que ça !
Autant dire que ce qui se passe dans le Système solaire ne présente pas un intérêt particulier pour ce télescope qui vise beaucoup plus loin. L’ESA a pourtant annoncé, ce lundi 19 octobre, qu’Euclid avait découvert sa première comète. Le télescope en avait déjà photographié, mais toutes étaient déjà connues. Baptisée C/2026 S1 (Euclid), elle a été aperçue lors d’une série d’observations qui ont eu lieu entre le 16 et le 24 septembre.
Un télescope fait pour ne pas trouver de comètes
Repérer des objets proches qui se déplacent vite ne fait pas partie des missions d’Euclid. Euclid évite même délibérément la bande du ciel qui suit le plan du Système solaire, là où se concentrent astéroïdes et comètes, car la lumière renvoyée par leur poussière gênerait ses images du ciel profond. Cette comète a en plus été repérée alors qu’elle était encore loin du Soleil, donc peu brillante. Enfin, Euclid ne photographie en général chaque portion du ciel qu’une seule fois. Il ne peut donc pas y revenir à la demande pour confirmer la nature d’un objet.

La découverte revient à Mikko Pöntinen, doctorant à l’Université d’Helsinki, et au groupe de travail du consortium Euclid consacré aux objets du Système solaire. Il a passé les images d’Euclid dans un logiciel qu’il a lui-même conçu pour repérer les objets rapides comme des comètes ou des astéroïdes. C’est là qu’ils ont trouvé cet astre entouré d’un halo luminescent et qu’on ne trouvait dans aucun catalogue d’objets connus. Il a alors transmis ses observations au Minor Planet Center, l’organisme de l’Union astronomique internationale qui recense comètes et astéroïdes. L’alerte a permis à des astronomes au sol de suivre l’objet, et le Minor Planet Center a confirmé le 8 octobre qu’il s’agissait d’une comète inconnue.
Un heureux hasard prometteur
C/2026 S1 (Euclid) se trouve à environ 1,3 milliard de kilomètres de la Terre, soit à peu près la distance qui sépare le Soleil de la zone comprise entre les orbites de Jupiter et de Saturne. Elle ne se trouve pas pour autant dans le plan où tournent les planètes. Vue depuis le Soleil, elle passe « au-dessus » de ce plan, sur une orbite qu’elle met des milliers d’années à parcourir.

La comète n’a été trouvée que grâce à une suite de coïncidences : sa trajectoire l’a menée devant l’objectif d’Euclid pile au moment où il photographiait cette partie du ciel, plusieurs jours de suite.
« Très peu de comètes devraient être découvertes par Euclid », reconnaît Bruno Altieri, scientifique chargé des archives d’Euclid et membre de l’équipe de découverte.
Cette découverte a quand même servi de répétition. « Cette comète n’est pas une candidate adaptée pour Comet Interceptor, mais le processus de découverte et d’alerte nous donne un vrai cas test », explique Valeria Pettorino, responsable scientifique d’Euclid.
Cette coordination servira à la mission Comet Interceptor. Son lancement est prévu en 2029, et ses trois sondes devront aller à la rencontre d’une comète qui ne s’est jamais approchée du Soleil. Sauf si une cible est repérée avant le lancement, les sondes attendront au point de Lagrange L2, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, qu’une comète adaptée soit découverte. Plus elle sera repérée tôt, loin du Soleil, plus la mission aura le temps de la rejoindre. Euclid vient de montrer qu’il peut faire ce type de détection précoce.
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