Europe, un des satellites naturels de Jupiter, possèderait un océan immense caché sous sa surface glacée. Cette particularité fait espérer l’existence de formes de vie extraterrestre, mais les preuves pourraient ne pas être si solides que cela.

Après avoir passé des décennies à étudier Mars sous toutes ses coutures, les scientifiques sont formels : il y a peut-être eu une vie passée sur la planète rouge, mais elle est aujourd’hui bel et bien complètement inhabitable et inhabitée. En revanche, l’espoir reste permis pour d’autres astres de notre système solaire.

C’est le cas des lunes glacées qui orbitent autour de Jupiter et Saturne. Encelade, Titan, Ganymède ou Europe sont les mieux placées. Toutes sont supposées contenir, sous leur surface, un océan d’eau liquide préservé du vide spatial, sous une épaisse carapace de glace.

Quelques pixels qui changent tout

Parmi ces candidats, Europe fait l’objet d’une attention aiguë, au point où plusieurs missions sont d’ores et déjà en route pour aller l’explorer. Mais désormais, une nouvelle étude émet quelques doutes sur l’existence de ce fameux océan. Les résultats sont publiés dans la revue Astronomy & Astrophysics, publiée en mai 2026, et on les doit à certains spécialistes de la question, les mêmes ayant évoqué la possibilité d’un océan il y a une douzaine d’années.

Europe, l'une des lunes de Jupiter. // Source : Flickr/CC/Marc Van Norden (photo recadrée et modifiée)
Europe, l’une des lunes de Jupiter. // Source : Flickr/CC/Marc Van Norden (photo recadrée et modifiée)

Alors, pourquoi ces scientifiques sont-ils revenus sur leurs positions initiales ? Dans un communiqué publié par le Southwest Research Institute dont fait partie le principal auteur, Kurt Retherford, on apprend que les nouveaux travaux reposent sur 14 ans d’observation de la part du télescope spatial Hubble.

L’astrophysicien explique que tout repose sur la détection d’émissions Lyman-Alpha : une longueur d’onde très spécifique dans l’ultraviolet que l’on doit à l’existence d’atomes d’hydrogène. Si Europe émet bien ces raies visibles par les télescopes, c’est parce qu’elle contiendrait de l’eau, éjectée par des geysers. Mais Retherford nuance : « La façon dont Hubble fonctionne laisse certaines incertitudes au niveau du placement au centre de l’image. Si Europe doit d’être décalée, ne serait-ce que d’un pixel ou deux, ça pourrait affecter toute l’interprétation des données. »

Autrement dit, Hubble n’est pas assez précis pour assurer avec certitude que les détections d’hydrogène prouvent qu’il y aurait un océan d’eau liquide sous la surface d’Europe. Il pourrait très bien s’agir simplement d’un « bruit ambiant » capté ailleurs dans l’Univers et que l’on aurait attribué par erreur à Europe.

Plan B : aller voir sur place

Cela voudrait-il dire que la théorie selon laquelle Europe abrite un océan est à jeter à la poubelle ? Pas forcément. Un autre physicien auteur du papier, Lorenz Roth, résume : « Notre nouvelle analyse a repris nos conclusions précédentes où nous avions confiance en nos résultats à 99,9 %, et l’a réduite à un peu moins de 90 %. Ce n’est pas suffisant pour soutenir les hypothèses que nous avions émises à l’époque. »

À ce stade, on pourrait estimer que 90 % de certitude restent tout de même extrêmement honorables. D’autant plus que des geysers similaires ont été repérés sur Encelade (satellite naturel de Saturne) ou Io (une autre lune de Jupiter).

Europa Clipper, vue d'artiste. // Source : NASA/JPL-Caltech
Europa Clipper, vue d’artiste. // Source : NASA/JPL-Caltech

Cela dit, c’est la confiance en ces résultats qui a poussé en faveur de la construction de sondes spatiales bien décidées à aller voir s’il y a bel et bien un océan, voire de la vie, sur Europe. JUICE, une mission de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui s’intéresse également à Ganymède, est déjà en route. Tout comme Europa Clipper, une sonde de la Nasa lancée fin 2024. Ensemble, ces missions devraient permettre d’enfin mettre fin aux incertitudes avec des mesures prises directement sur place.

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