Le réacteur à fusion nucléaire JET a atteint 69 mégajoules pendant 5 secondes. C’est déterminant pour faire avancer la recherche scientifique sur les « soleils artificiels », avec l’immense projet ITER en ligne de mire.

La fusion nucléaire est une promesse, celle d’une source d’énergie puissante et décarbonée. Ce type de réacteurs reproduit le fonctionnement d’une étoile, raison pour laquelle ces réacteurs sont surnommés « soleils artificiels ». Aucune installation de ce type, de nos jours, n’est utilisable : ce sont des prototypes scientfiiques. Le JET (Joint European Torus) en fait partie.

« Nous avons réalisé des choses que nous n’avions jamais faites auparavant », ont déclaré les scientifiques de ce laboratoire basé au Royaume-Uni, en communiquant leurs nouvelles avancées le 8 février 2024. Ce réacteur est pour l’instant le grand plus tokamak du monde — un réacteur en forme de donut, où la réaction de fusion provoquée par un confinement magnétique est absorbée par les parois, pour une conversion en chaleur.

69 mégajoules pendant 5 secondes

Le laboratoire du JET a battu son propre record. Leur soleil artificiel a effectivement produit 69 mégajoules d’énergie pendant cinq secondes — avec seulement 0,2 milligramme de combustible. C’est bien davantage que les 59 mégajoules établis en 2022.

À l'intérieur du réacteur à fusion nucléaire JET. // Source : UKAEA
À l’intérieur du réacteur à fusion nucléaire JET. // Source : UKAEA

En revanche, il faut garder les pieds sur Terre : c’est, en soi, assez peu. Cette puissance est bien inférieure à la consommation journalière d’un seul foyer occupé par deux personnes. L’objectif est bel et bien d’atteindre des centaines de mégajoules, et ce de manière stable, non plus sur quelques secondes.

Mais l’objectif de ces réacteurs, pour l’heure, n’est pas encore d’alimenter quoi que ce soit en électricité, mais bien de faire avancer la recherche vers ce but. Ce record est donc important, une nouvelle brique. Sur le plan humain déjà — car 300 scientifiques de différentes nationalités ont collaboré pour en arriver là –, et sur le plan technique. « Nous pouvons créer de manière fiable des plasmas de fusion en utilisant le même mélange de combustibles que celui utilisé par les centrales commerciales d’énergie de fusion, ce qui témoigne de l’expertise avancée développée au fil du temps », atteste Fernanda Rimini, du laboratoire JET, dans le communiqué.

Précurseur d’ITER

Le JET sert aussi de précurseur à des installations encore plus ambitieuses, et notamment ITER. En cours de construction dans les Bouches-du-Rhône, et impliquant 35 pays partenaires, ce sera le plus grand tokamak jamais construit. Comme JET, il fonctionnera à base de deutérium et de tritium. ITER permettra de tester un grand-nombre de technologies en poussant toujours plus loin la production d’énergie et la stabilisation du réacteur. Le projet pourra notamment compter sur un système magnétique basé sur la supraconductivité, ce qui devrait décupler sa capacité à générer de l’énergie plus longtemps.

Un autre projet, intitulé DEMO et dont la construction démarrera dans les années 2030, succédera à ITER : son objectif, quant à lui, sera de prouver que l’on peut ensuite transformer cette énergie en électricité consommable.

« Tout au long de son cycle de vie, le JET s’est révélé remarquablement utile en tant que précurseur d’ITER »

« Notre démonstration réussie de scénarios opérationnels pour les futures machines de fusion comme ITER et DEMO, validée par le nouveau record d’énergie, inspire une plus grande confiance dans le développement de l’énergie de fusion », estime ainsi Ambrogio Fasoli, chef du programme européen EUROfusion.

Même constat pour Pietro Barabaschi, directeur général d’ITER, justement, cité dans le communiqué : « Tout au long de son cycle de vie, le JET s’est révélé remarquablement utile en tant que précurseur d’ITER : dans les essais de nouveaux matériaux, dans le développement de nouveaux composants innovants, et nulle part ailleurs autant que dans la production de données scientifiques sur la fusion deutérium-tritium. » Avant d’ajouter que ces résultats auront un impact « direct et positif » sur ITER, en « validant la voie à suivre et en nous permettant de progresser plus rapidement vers nos objectifs de performance ».


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