111 ans après son naufrage, la disparition du paquebot Titanic dans l’Atlantique nord continue d’intéresser le public — en témoigne le succès incroyable du film de James Cameron en 1998. On y mène encore des expéditions, pour le voir de près.

C’est une question que nous sommes nombreux à nous poser ces jours-ci : pourquoi des hommes richissimes ont-ils risqué la mort pour s’aventurer au fond de la mer dans un « submersible expérimental » froid et exigu pour avoir une chance d’apercevoir l’épave du Titanic ?

Le navire « insubmersible » qui a sombré lors de sa première traversée de l’Atlantique en 1912 après avoir heurté un iceberg est sans doute le bateau le plus célèbre au monde. Plus connu que la Niña, la Pinta et la Santa Maria (la flotte de Christophe Colomb, qui a lancé la conquête espagnole des Amériques), ou le HMS Endeavour du capitaine Cook (le grand navire qui a déclenché la conquête britannique de l’Australie). L’épave de l’Endeavour, longtemps oubliée, a été retrouvée sabordée au large des côtes du Rhode Island l’année dernière.

Le voyage inaugural et la fin calamiteuse du Titanic ont été l’une des informations les plus importantes de l’année 1912 et n’a pas cessé de nous fasciner depuis. La catastrophe a inspiré des chansons et de nombreux films au XXe siècle, dont l’épopée romanesque de James Cameron en 1997, qui a longtemps régné en tant que film le plus lucratif de tous les temps. Plus récemment, des expositions sur le Titanic invitant les visiteurs à examiner des reliques et à explorer les pièces reconstituées du navire ont attiré des foules immenses à New York, Séville et Hong Kong.

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Le naufrage du Titanic tel qu’il est représenté dans « Untergang der Titanic », une illustration de 1912 de Willy Stöwer. // Source : Willy Stöwer

Un contraste d’opulence et de pauvreté

Deux raisons expliquent notre attirance pour le Titanic, et éclairent la motivation des touristes fortunés qui sont prêts à investir une somme colossale et même à risquer leur vie pour apercevoir sa coque brisée.

La première est son opulence. La White Start Line, qui a construit le Titanic, l’a présenté comme le navire le plus luxueux jamais construit. Les passagers fortunés payaient jusqu’à 870 livres sterling pour avoir le privilège d’occuper les cabines de première classe les plus chères et les plus spacieuses du Titanic. Pour mieux comprendre ce que représente une telle somme : lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914, les soldats d’infanterie de l’armée britannique recevaient un salaire de base d’environ 20 livres sterling par an.

Titanic quittant Southampton le 10 avril 1912. // Source : Francis Godolphin Osbourne Stuart
Titanic quittant Southampton le 10 avril 1912. // Source : Francis Godolphin Osbourne Stuart

Les films et les expositions sur le Titanic jouent sur le voyeurisme : il s’agit de contempler le magnifique mobilier du navire, les superbes vêtements portés par ses riches et beaux passagers, ainsi que leurs repas élaborés dans des restaurants chics. Les passagers de première classe se régalent de dîners à plusieurs plats avec du saumon, du steak et du pâté de foie gras. En Australie et dans le monde entier, des chefs cuisiniers recréent parfois les repas du Titanic pour des clients curieux.

Des centaines de passagers immigrés pauvres, représentés par Jack (joué par Leonardo DiCaprio) dans le film de Cameron, se trouvaient également à bord du Titanic. Ils vivaient à l’étroit et se contentaient de repas moins exaltants, comme du bœuf bouilli et des pommes de terre. Si les immigrés avaient été les seuls passages à bord du Titanic, le navire se serait sans doute rapidement effacé des mémoires.

La puissance indomptable de l’océan

Le fait que le Titanic ait été présenté comme insubmersible ajoute à l’attrait de son histoire tragique. Le navire, dont le nom évoque sa taille imposante, a été conçu pour braver l’océan. Au départ de l’Angleterre, il symbolise la domination de l’homme sur la nature. Au fond de l’Atlantique, il rappelle viscéralement la puissance de l’indomptable mer.

Les deux mêmes facteurs – la démesure du voyage et sa défaite face à la mer – sont aujourd’hui à l’origine de l’intérêt mondial pour la catastrophe du submersible Titan. Peu d’événements mondiaux suscitent autant d’attention, qu’il s’agisse des déclarations de Downing Street et de la Maison-Blanche ou des informations livrées sur le sujet sur le site du New York Times ou du Guardian.

Le Titan, comme le Titanic, retient notre attention en raison de grande la richesse de ses passagers, qui auraient payé chacun 250 000 dollars (soit quatre à cinq fois le salaire américain moyen) pour visiter l’épave du célèbre navire qui s’est battu contre la mer et qui a perdu.

Et puis, il y a le mystère intrigant des profondeurs et la fascination pour puissance des éléments. Les médias publient des graphiques utiles pour nous aider à comprendre à quel point l’océan est profond.

Image en 8K du Titanic // Source : OceanGate
Image en 8K du Titanic. // Source : OceanGate

On ne sait rien du fond des mers

Le site web Deep Sea de Neal Argawal permet aux visiteurs de plonger sous la surface en faisant défiler divers animaux marins qui habitent à différentes profondeurs océaniques.

À 114 mètres, on trouve un épaulard, et à 332 mètres, la plus grande profondeur jamais atteinte par un humain équipé d’un scaphandre autonome. Il faut faire défiler l’écran longtemps pour descendre jusqu’au Titanic, à près de 4 000 mètres sous la surface.

Le Titan et le Titanic nous invitent à nous rendre compte du peu de choses que nous pouvons « voir » de la mer à l’ère de la surveillance de masse. Même la puissante marine américaine, aidée par les gouvernements canadien, britannique et français, a eu le plus grand mal à rassembler les ressources et la technologie nécessaires pour localiser le submersible disparu, et n’a pas pu le secourir.

Alors que la mer a englouti un autre navire, les limites de la connaissance et de la maîtrise de l’océan par l’homme nous sont rappelées.

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Kristie Patricia Flannery, Research Fellow, Institute for Humanities and Social Sciences, Australian Catholic University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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