L’entreprise AST SpaceMobile lance un satellite qui pourrait être plus brillant que la plupart des autres objets célestes. Ce qui inquiète les astronomes.

L’entreprise AST SpaceMobile est en train de s’attirer les foudres des astronomes, soucieux de l’environnement céleste. Comme le révèle NewScientist dans un article publié le 9 septembre, elle s’apprête à lancer un satellite qui pourrait s’avérer bien trop gros (la moitié d’un court de tennis) et lumineux pour ne pas constituer une pollution visuelle, voire une pollution tout court.

« Le concours d’orbite pour savoir qui aura le plus de clients Internet continue. On va lancer un satellite qui risque, par moments, d’être plus brillant que toutes les étoiles et planètes dans le ciel », déplore par exemple Eric Lagadec, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur, dans un tweet. Son homologue Miguel Montargès n’en pense pas moins : « Comme si Starlink ne suffisait pas, ce sont maintenant les satellites BlueBirds de la société AST mobile qui menacent le ciel étoilé. Équipés d’antennes géantes, ils seront plus brillants que toutes les étoiles et planètes du ciel, et utiliseront de puissants faisceaux radio. »

Satellite BlueWalker 3 par AST SpaceMobile
Satellite BlueWalker 3 par AST SpaceMobile // Source : Twitter AST SpaceMobile

Les satellites trop brillants menacent le ciel étoilé

Basé au Texas, AST SpaceMobile rêve d’inonder le ciel de satellites dans le but d’assurer une connexion mobile à ses clients (en 4G et en 5G). Cette ambition requiert une antenne immense, qui peut être très brillante en raison de sa capacité à réfléchir beaucoup de lumière. Et comme elle doit être orientée vers la Terre, on devrait pouvoir facilement la voir la nuit tombée — bien plus que la plupart des autres objets célestes, qu’ils soient des satellites, des étoiles ou des planètes.

« Les astronomes sont logiquement inquiets. AST prévoit de lancer des satellites encore plus imposants l’année prochaine, appelés BlueBirds et qui seraient deux fois plus gros », indique le journaliste spécialiste Jonathan O’Callaghan. Il rappelle qu’il n’y a actuellement aucune réglementation sur la taille que peut faire un satellite, ni sur la lumière qu’il peut émettre. 

Se pose aussi le problème des signaux radio émis par ces satellites. Ils pourraient être suffisamment puissants pour impacter négativement ceux des appareils utilisés en astronomie et, par ricochet, fausser les mesures ayant besoin d’une précision extrême. Un satellite, seul, en serait a priori incapable, mais il existe un futur où de plus en plus de satellites seront envoyés dans le ciel, que ce soit par AST SpaceMobile, SpaceX (Starlink) ou une autre firme. Sans restriction technique sur ce qu’on peut lancer, la crainte des astronomes paraît plus que légitime.