On ne pensait pas dire cela un jour : oui, le genre plateforme peut s'avérer convaincant quand il est joué à la première personne. Le très réussi Ghostrunner en est la preuve.

Le sous-genre plateforme à la première personne, c’est-à-dire avec une vue FPS, n’est pas courant. Mirror’s Edge et Mirror’s Edge Catalyst, sans doute ses représentants les plus affirmés, n’ont pas pleinement convaincu. Il y a quelques mois, Doom Eternal s’y est essayé le temps de quelques séquences qu’on peut facilement détester. On a aussi vu du parkour dans Dying Light et il fallait avoir le cœur bien accroché pour y survivre. Ces quelques rendez-vous un peu manqués n’ont pas empêché One More Level de proposer Ghostrunner. Avec son jeu prenant place dans un univers cyberpunk, il entend prouver que, oui, plateforme et première personne peuvent faire bon ménage.

Première chose à savoir avec Ghostrunner : il s’adresse aux joueurs et joueuses doués avec une manette ou un combo clavier/souris. Il épouse ouvertement la forme des expériences Die&Retry, qui consistent à faire mourir encore et encore les joueurs jusqu’à ce qu’ils triomphent. En ce sens, il demande du doigté, de la patience voire, pour certaines portions vraiment pas évidentes, de la résilience. Ce sont autant de prix à payer pour obtenir des sensations vraiment grisantes.

Ghostrunner // Source : 505 Games

Du Cyberpunk comme on aime

On ne retiendra pas Ghostrunner pour son histoire, consistant à nous faire grimper au sommet d’une tour pour prendre notre revanche, alors qu’un cataclysme a frappé l’humanité de plein fouet. On apprécie bien davantage l’univers déployé, qui évoque bien évidemment les thèmes chers à la science-fiction (le rapport humain versus évolution technologique). Pendant toute l’aventure, une voix off cynique nous accompagne pour expliquer pas à pas les enjeux. C’est parfois très bavard et difficile à suivre, en raison d’un gameplay articulé autour de la frénésie et de la rapidité d’exécution.

La direction artistique est plutôt réussie. Elle permet de compenser une partie visuelle un peu limitée, tout au moins sur Xbox One X (console sur laquelle nous avons testé le jeu). Quelques niveaux valent vraiment le détour tandis que Ghostrunner s’inspire des maîtres du Cyberpunk pour prendre son propre envol (Blade Runner en tête). Globalement, le jeu s’avère très convaincant et on a envie de déambuler dans les environnements jusqu’à atteindre leur point culminant. Pour notre plus grand bonheur, Ghostrunner parvient même à proposer des décors variés.

Ghostrunner // Source : 505 Games

Tout est dans le doigté

Dans Ghostrunner, on incarne une sorte de ninja du futur armé d’un katana. S’il est capable d’assassiner en deux temps trois mouvements, une seule balle suffira à le mettre à terre — synonyme de game over. Pour qu’il parvienne à ses fins, la clé est de bouger constamment afin de n’offrir aucune opportunité aux ennemis. Bien évidemment, One More Level a travaillé sur le placement des différents obstacles pour transformer les arènes en véritables puzzles. Charge alors au joueur de trouver le bon enchaînement de mouvements pour passer à la section suivante. Le principe fonctionne puisqu’il autorise — et valide — les échecs répétés. Et il fonctionne sur la longueur, car de nouvelles idées ne cessent d’être intégrées au fur et à mesure que le héros gagne des aptitudes de plus en plus puissantes.

Pour s’en sortir dans des environnements nécessairement très aériens, le héros peut sauter, se projeter (en figeant un peu le temps), glisser, courir sur les murs, bondir… En bref, il s’agit d’un vrai félin, très doué dans l’art de se mouvoir avec classe, rapidité et efficacité. Il n’est pas toujours facile à dompter, en raison d’une prise en main loin d’être irréprochable (enchaîner les courses sur les murs est loin d’être une tâche aisée, surtout quand il y a des pièges qui s’ajoutent à l’équation). Notons que les développeurs ont opté pour une progression atypique, avec des briques de compétences à placer comme dans un Tetris et, de fait, des sacrifices à faire.

Un plaisir sadique à imaginer des parcours diaboliques

Certains moments donnent vraiment envie de s’arracher les cheveux et il faut accepter de mourir, mourir et encore mourir jusqu’à réussir. Ça se joue parfois au millimètre et heureusement que la partie redémarre très vite quand on passe de vie à trépas, sans quoi la patience aurait pu être mise à rude épreuve. Au jeu des comparaisons, on rapprocherait volontiers Ghostrunner des deux Hotline Miami, qui demandent aussi aux joueurs du doigté, des réflexes et de la maîtrise de bout en bout. Il y a rarement la place pour le hasard ou la chance, sauf à profiter des quelques largesses offertes par le gameplay (par exemple, le grappin est très permissif).

En tout cas, Ghostrunner s’appuie sur l’art de se surpasser. Très souvent, on se dit qu’on n’y arrivera jamais, One More Level prenant un plaisir sadique à imaginer des parcours diaboliques (le premier boss…). Mais comme le gameplay est au diapason, le courage finit par être récompensé. À l’arrivée, Ghostrunner ressemble à un immense escalier où chaque marche serait plus grande encore que la précédente. Comptez un peu moins de huit heures pour l’ascension complète, qui garantit une bonne dose de sentiments mélangés (accomplissement, plaisir, frustration, agacement…).

En bref

Ghostrunner

Note indicative : 4/5

Ghostrunner prouve qu’un jeu de plateforme peut se jouer à la première personne sans donner la nausée. Rempli de bonnes idées et débordant de générosité dans la variété des niveaux et des situations, le jeu de One More Level est un casse-tête que les joueurs doués vont vraiment apprécier.

Pour qui voudrait se lancer dans l’aventure, il faut savoir que Ghostrunner est un jeu exigeant, qui demande précision et patience. Il demande d’enchaîner les game over jusqu’à triompher. Pour devenir meilleur aux jeux vidéo et améliorer ses réflexes, on peut difficilement faire mieux.

Top

  • Univers réussi
  • Des idées à la pelle
  • Le courage récompensé

Bof

  • Graphiquement un ton en dessous
  • Quelques couacs dans le gameplay
  • Les développeurs sont vraiment sadiques

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