Avec Stalk, France tv Slash montre encore une fois qu'il sait faire un teen show sans prendre son public pour un idiot. Qui plus est, sur le thème glissant de la cybersécurité.

Quelques lignes de code tapées à toute vitesse sur un ordinateur au système d’exploitation invraisemblable et le hacker a les clefs de toute votre vie : comptes sociaux, mots de passe, dossiers, webcam, comptes en banque, géolocalisation permanente, etc. Cette vision de l’informatique comme passoire géante à la merci de n’importe quel Dark Zuckerberg fait toujours sourire quand on tombe dessus dans un film ou une série. Mais cette vision du hack comme une pure action technique, diffusée dans la pop culture, amène deux idées reçues particulièrement graves. La première, c’est que de toute façon, les hackers sont tellement géniaux que personne ne peut se protéger. La seconde, c’est que le hack n’est que du code.

Or, on sait qu’en pratique, ransomware, phishing et vols de comptes prennent leur source dans un composant particulier de la chaîne informatique : l’humain. Et c’est précisément ce que réussit à montrer Stalk, la nouvelle série française de France TV Slash, qui réussit la prouesse de mêler à un teen show une véritable réflexion sur la cybersécurité du monde réel, loin du fantasme de la plupart des séries et films.

Lux a quand même un hoodie // Source : Stalk

La face sombre des écoles d’informatique

Lucas est un étudiant en première année d’une prestigieuse école d’informatique française, présenté comme un « génie ». L’ignoble semaine d’intégration de cette école tourne mal pour lui : alcoolisé et humilié, il va découvrir pendant sa gueule de bois que les bassesses de ses aînés ont en plus été diffusées sur des plateformes vidéo. Écœuré dès son arrivée, Lucas vrille rapidement et se fait emporter par ses démons, réclamant une vengeance dont les conséquences seront lourdes à porter.

Le pitch, simple en soi, et n’amenant pas particulièrement de compassion ni pour les élèves, ni pour Lucas, interprété solidement par le jeune Théo Fernandez découvert dans le non moins excellent Irresponsables, va se dérouler sur une structure classique de teen show à l’américaine. On pense au récent Riverdale ou à l’excentrique Scream Queens : des étudiants et étudiantes découvrant les joies et les travers de la vie universitaire, sur laquelle on greffe une intrigue plus ou moins vraisemblable.

Ici, tout tourne autour de la vie numérique et le basculement de Lucas vers le stalker qui donne le titre à la série est un exemple de vraisemblance. Tout d’abord, parce que le scénariste a choisi de montrer la réalité de la cybersécurité. Dans beaucoup d’autres séries, Lucas aurait tapé 3 lignes de code et appuyé sur un bouton ENTRER pour pirater l’ensemble du réseau de son école. Dans Stalk, on fait comprendre d’emblée que le hack est avant tout une compétence sociale.

Ingénierie sociale

La première situation, dès le premier épisode, est très évocatrice : Lucas veut obtenir des informations sur son bourreau et voler ses comptes sociaux pour fomenter sa vengeance. Il va alors passer du temps sur son Instagram pour trouver un vecteur d’attaque : sa petite copine ? Non, mieux, sa passion pour le surf. Comme de vrais escrocs que nous démasquons sur Cyberguerre, notre média dédié à la cybersécurité, Lucas va créer un faux site pour un événement de surf, organisé par le BDE de l’université et se débrouiller pour que sa cible le voie. Bingo : évidemment qu’il est intéressé et qu’il crée un compte.

Un site de phishing ciblé // Source : Stalk

Lucas a alors un email et un mot de passe et va rappeler le principe fondateur du manque d’hygiène numérique des gens : ils utilisent le même mot de passe partout. En testant des variations du modèle qu’il a récupéré, sa cible se pensant protégée ainsi, il finit par pénétrer dans toute on intimité numérique. Et c’est exactement comme cela que ferait un hacker s’il voulait récupérer vos identifiants. Plus tard, Lucas parviendra à atteindre les caméras des smartphones et ordinateurs de ses camarades, non pas en gribouillant du code vert sur fond noir, mais en injectant un malware dans le code source d’une application d’entraide de l’école qu’on lui a demandé d’améliorer.

Alors certes, Stalk ne s’embarrasse pas d’une exactitude qui aurait rendu la série parfaitement plate. Oui, Lucas sait exploiter des failles 0-day sur macOS pour modifier les drivers de la webcam à distance, failles qu’il est vraisemblablement le seul à connaître, du haut de son adolescence. Oui, dans la vraie vie, de nombreuses alertes seraient apparues sur les services les plus utilisés : demande d’accès à la caméra par notification, voire mot de passe, information sur le vol d’un compte social directement par mail, double authentification si elle est activée, bannière contre le phishing si un mail semble frauduleux… le monde de Stalk n’a pas pris en compte les dispositions prises par les géants de l’informatique et du web pour protéger leurs clients (et donc, leurs revenus, si l’on souhaite rester cyniques). Mais qu’importe : la série montre fidèlement ce qui peut se passer quand notre hygiène numérique tombe à zéro.

Et autour de cette nécessaire mise en garde, visant un public hyper-connecté, le scénario se laisse suivre, notamment parce que actrices et acteurs ont été bien choisis et bien dirigés. Après les quatre épisodes montrés à la presse en avant-première, finissant scénaristiquement de manière plutôt pauvre avec des rebondissements qu’on peine à croire, on a tout de même envie de continuer et voir la fin de l’aventure.

Elle pourra vous occuper 3 heures de confinement qui ne seront pas volées, gratuitement qui plus est, directement sur le site de France TV Slash. Le premier épisode en intégralité est juste en dessous.

En bref

Stalk

Note indicative : 4/5

C’est peut dire qu’en imaginant un Black Mirror à la français, on craignait que Stalk se vautre dans les clichés éculés de l’informatique, soutenus par une réflexion de comptoir numérique. Surprise : on se retrouve bien plus en face d’une série « teen show » qui assume sa légèreté mais ne prend pas ses spectateurs pour des idiots pour autant.

Le « risque cyber » auquel est confronté le grand public en général et les ados en particulier est vraisemblable tout en évitant la pédagogie ennuyeuse d’un flyier du Gouvernement et l’intrigue est suffisamment haletante pour qu’on ait envie d’en voir le bout. Avec, en prime, une distance par rapport au héros, qui, même s’il est humilié, ne donne pas envie de le projeter comme un exemple cool à reproduire.

Top

  • Lux et Alma très bien interprétés
  • La réalité du hack
  • Un teen show pas idiot

Bof

  • Quelques énormes ficelles
  • Le format court exclut toute intrigue secondaire

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