Cette semaine, le Copyright Madness revient sur deux dérives venues de Russie, une ruse pour duper le robocopyright de YouTube et une banque qui veut s'approprier une syllabe. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Ballon rond. Les chaînes qui diffusent en exclusivité des matchs de football sont très sensibles à ce qui peut se passer sur les réseaux sociaux ou sur des plateformes de streaming. On a déjà épinglé dans le Copyright Madness des plaintes de violation de propriété intellectuelle pour des extraits de matchs diffusés sur des réseaux sociaux. Cette semaine, c’est une entreprise russe qui réclame à Twitch la bagatelle de 2,8 milliards de dollars pour avoir diffusé des matchs de la Premier League. Rambler Group détient une exclusivité de diffusion des matchs et compte bien protéger ses droits de diffusion. Mais avec ce genre de réactions, on risque d’aboutir à la mise en place de robocopyrights qui dans le doute n’hésiteront pas à bloquer certaines vidéos. Et on assistera inévitablement à des dommages collatéraux. En plus de la coquette somme, le groupe exige même que Twitch soit interdit de séjour en Russie. On ne plaisante pas avec le droit d’auteur en Russie.

Ballon de football // Source : Pxhere

Gné ? L’antenne russe de la société Nginx a eu quelques frayeurs en voyant débarquer la police dans les locaux de l’entreprise. Nginx  Inc, filiale de F5 Networks, est la société derrière le célèbre logiciel qui permet de faire tourner des serveurs. Le logiciel détiendrait près de 40 % de parts de marché. C’est peut-être la raison qui a incité Rambler, un moteur de recherche russe, à porter plainte pour violation de propriété intellectuelle et de faire intervenir la police. Pour la petite histoire, Nginx est un logiciel open source créé par Igor Sysoev au début des années 2000. On se demande donc bien comment le moteur de recherche peut-il espérer obtenir gain de cause concernant un logiciel open source. C’est assez simple, le développeur à l’origine de Nginx  a travaillé chez Rambler et a développé le logiciel à ce moment-là. Le patron considère donc que ce projet appartient à son entreprise et non à Igor Sysoev. Logique non ? !

Vue sur la Cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux de Moscou. // Source : Mariano Mantel

Trucs & Astuces. Les vidéastes sur YouTube vivent un véritable enfer à cause de ContentID, le système automatique de détection des infractions au droit d’auteur sur YouTube. Mais certains ont compris comment utiliser à leur profit les rouages de la machine. Comme le raconte le blogueur Korben, Le Youtubeur Gaming Jim Sterling a trouvé le moyen d’éviter que ses vidéos soient bloquées. Il insère volontairement des extraits issus de jeux appartenant à plusieurs éditeurs ayant déjà été repérés par ContentID sur sa chaîne de façon à ce que les ayants droit se disputent les droits sur la vidéo. Cela empêche le blocage pur et simple, souvent revendiqué par certains éditeurs particulièrement sévères, comme Nintendo. Par contre, il perd la monétisation de ses vidéos, qui est gelée par YouTube en cas de contestation multiple. On peut ruser avec le robocopyright, mais il y a des limites…

Le logo de YouTube. // Source : YouTube / Montage Numerama

Mauvaise occasion. Peut-on ou non revendre en occasion des fichiers numériques que l’on a achetés ? C’est une question qui est souvent revenue ces dernières années, avec des réponses variées. On sait par exemple que la revente d’occasion a été admise par les tribunaux pour les logiciels, mais il restait un gros flou pour les autres types de contenus numériques. La Cour de Justice de l’Union européenne a finalement tranché cette semaine, dans une affaire impliquant la revente de livres numériques en occasion en Hollande. Sa réponse est que l’épuisement du droit d’auteur, qui permet la revente en occasion, ne peut jouer que pour les supports physiques, mais pas pour les fichiers numériques. Impossible donc de revendre les ebooks comme vous le feriez des livres papier chez un bouquiniste. En même temps, l’idée de la revente d’occasion de fichiers numériques est en elle-même assez bizarre et elle ne peut fonctionner qu’avec le recours à des DRM. Dès lors, faut-il vraiment déplorer la décision sévère de la Cour ?

À lire sur Numerama : Peut-on vendre des livres numériques d’occasion  ? La justice a tranché

Trademark Madness

Truculent. Le monde de la finance est souvent associé à une image de requins. La dérive qui suit ne va pas aider à changer cette image négative. En effet, la banque américaine Truist Financial vient d’obtenir gain de cause dans une affaire de violation de marques contre la banque Truliant Federal Credit Union. Truist a missionné une cohorte d’avocats pour parvenir à prouver que le nom de la seconde banque était trop proche du sien. D’après elle, la syllabe « tru » lui appartient et estime que cette proximité risque d’induire les clients en erreur. C’est déjà assez fort de café, mais ils ont pensé à bâtir un raisonnement suffisamment surprenant pour convaincre le juge. D’après Truist, le développement des services bancaires en ligne et les usages des assistants vocaux justifient l’abandon de l’utilisation de la syllabe par le concurrent. Les algorithmes risqueraient de ne pas bien faire la différence et afficher le résultat Truliant au lieu de Truist. D’accord, il faut démystifier le pouvoir de l’intelligence artificielle, mais il ne faudrait pas non plus nous prendre pour des buses.

billet dollar
Le monde de la finance, un monde impitoyable, y compris en matière de marque ! // Source : 401(K)

Sang d’encre. Connaissez-vous l’Inktober ? Il s’agit d’un défi imaginé en 2009 par le dessinateur américain Jake Parker, consistant à réaliser tous les jours du mois d’octobre un dessin à l’encre et à le poster sur les réseaux sociaux. Jusqu’ici, une initiative plutôt sympathique pour développer la passion du dessin, mais cette semaine les choses ont pris un tournant plus mercantile. Jake Parker, qui avait donc proposé à l’origine le hashtag #inktober, a déposé une marque sur ce terme et annoncé son intention d’interdire son usage commercial. Les personnes qui auraient par exemple voulu vendre leurs dessins réalisés durant le mois d’octobre ne pourront le faire en utilisant le mot « inktober ». On n’a pas besoin de vous faire un dessin pour expliquer qu’on trouve ça un peu abusif…

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

 

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