Cette semaine, le Copyright Madness revient sur les membres du groupe Nirvana qui passent beaucoup de temps dans les tribunaux, la fameuse « Ok boomer » ou encore un obscur troll des brevets financé par Softbank. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Another train in the wall. Quatre notes de musique peuvent vous conduire devant les tribunaux. C’est la leçon que retiendra le guitariste des Pink Floyd, David Gilmour. En 2015, le musicien emprunte un train et entend au cours de son voyage le célèbre jingle de la SNCF. Amusé, il décide d’enregistrer ce son qui l’inspire pour un futur morceau. On peut entendre ce son dans sa chanson Rattle that lock. David Gilmour a pris soin de faire les choses dans les règles de l’art : il a pris contact avec l’auteur de ce jingle, Michaël Boumendil, qui a composé cette musique pour le compte de la SNCF. Flatté d’être contacté par un membre des Pink Floyd, Michaël Boumendil accepte volontiers et un contrat est signé. La SNCF a également donné son accord. David Gilmour va même encore plus loin et associe Mr. Boumendil dans la composition de sa future chanson. Mais le conte de fées se termine brutalement un an après. Peut-être que le succès de la chanson de David Gilmour est monté à la tête de l’auteur du jingle qui a décidé de l’assigner pour ne pas avoir utilisé correctement quatre notes de musique. Il réclame la bagatelle de 450 000 euros. Le tribunal de Paris avait rejeté les accusations de contrefaçon mais Michaël Boumendil a fait appel. La musique n’adoucit pas toujours les mœurs…

La pochette de Wish You Were Here // Source : Pink Floyd

Nevermind. Malgré le décès de son leader Kurt Cobain, il semblerait que le groupe Nirvana existe encore, sauf qu’au lieu de faire de la musique, il fait à présent des procès pour violation de copyright… C’est un styliste américain du nom de Marc Jacobs qui a appris à ses dépens qu’on ne touche pas impunément à l’héritage du groupe. Son tort aura été de concevoir des t-shirts avec le mot « Heaven » coiffant une tête de bonhomme qui grimace. Le problème, c’est que Kurt Cobain a eu de son vivant une idée assez proche, en dessinant un design avec une tête qui grimace et le mot Nirvana au-dessus. Tout cela paraît un peu futile, mais un juge américain a néanmoins estimé que le dépôt de plainte était sérieux et il y aura donc un procès. S’ils gagnent, est-ce que les membres survivants du groupe casseront tout dans la salle d’audience ?

Nirvana smiley
Le logo de Nirvana. // Source : Andrea de Poda

Revenant. Le rétrogaming déchaine les passions, mais c’est aussi un passe-temps qui peut s’avérer risqué. Une jeune Américaine répondant au pseudo d’Octav1us Kitten tient une chaîne YouTube où elle se fait un malin plaisir à aller dénicher les personnages les plus obscurs des débuts du jeu vidéo. Elle avait consacré une série de vidéos à Horace, un personnage complètement oublié du public qui était apparu dans quelques jeux au début des années 80, à l’époque du 8-bit. Horace est une sorte de fantôme bleu assez informe avec deux trous pour les yeux et un bras tout rabougri. Sa surprise a été grande lorsqu’elle a reçu plusieurs sanctions de YouTube, signalant une plainte d’un ayant droit. Elle a alors mené une enquête, qui l’a conduit dans des méandres assez improbables, depuis un créateur australien de ce personnage, en passant par la société française Atari qui a détenu un moment les droits sur Horace, jusqu’à un homme en Angleterre qui s’est spécialisé dans le rachat de droits de propriété intellectuelle sur des jeux anciens, qui lui servent à terroriser le petit monde du rétrogaming. Il n’est pas clair du tout qu’il détienne valablement les droits sur Horace, mais il a eu le dernier mot et la vidéaste a dû retirer ses vidéos et s’engager à ne plus faire apparaître Horace dans une de ses créations. Décidément, même quand on croit qu’il a disparu, le Copyright peut revenir vous hanter, encore et encore !

Hungry Horace
L’un des jeux mettant en scène Horace.

Medellín. La série Netflix Narcos retrace la vie du célèbre baron de la drogue Pablo Escobar. Elle rencontre un certain succès, mais fait l’objet de plusieurs critiques de la part de la famille d’Escobar, qui accuse Netflix de déformations des faits et de présenter un Escobar sous un angle qui travestit l’homme qu’il serait véritablement. Mais ce n’est pas tout : Netflix est accusé de contrefaçon et de violation de droits d’auteur de la part des proches d’Escobar. Son frère a tenté de poursuivre en justice la plateforme de streaming pour un milliard de dollars avant de faire machine arrière. La journaliste Virginia Vallejo, qui a été la maîtresse d’Escobar, a aussi attaqué Netflix pour violation de droits d’auteur, car les scènes qu’elle décrit dans son livre sont présentes dans la série. La défense a rappelé avec bon sens que les scènes de sexe qu’elle raconte dans la chambre à coucher ne sont que des faits qui par conséquent ne peuvent être couverts par des droits d’auteur. Heureusement sinon il n’y aurait pas beaucoup de biopics qui seraient réalisés.

Une scène de Narcos. // Source : Netflix

Trademark Madness

Baby boom. Depuis quelques semaines, une nouvelle expression à haut potentiel de mème circule sur le net. Il s’agit de l’expression « Ok boomer », qui est adressée à la génération des baby boomers par la génération Y (surtout les millennials) pour caractériser le fossé et l’incompréhension qui se creusent entre les deux générations. Elle a été très vite reprise, y compris par une représentante politique néo-zélandaise de 25 ans, Chlöe Swarbrick. Face à la viralité de cette expression, les rapaces de la propriété intellectuelle ont rapidement sauté sur l’occasion et engorgé le bureau des brevets et des marques des États-Unis. Pas moins de 5 dépôts de marques ont d’ores et déjà été relevés. Si la plupart des demandes concernent des projets de produits dérivés estampillés « Ok boomers », la Fox souhaite quant à elle enregistrer cette marque pour créer une série TV. Au regard du caractère viral et de l’utilisation massive de cette expression, on peut espérer qu’aucune demande ne soit validée.

À lire sur Numerama : Fox Media tente de déposer la marque «  ok boomer  » pour en faire… une émission de télé

Boucherie. Le monde des marques est parfois très injuste, mais il arrive aussi que les plus faibles ne se laissent pas faire face aux plus puissants. Deux époux à Minneapolis ont ouvert un magasin de produits végans qu’ils ont appelé The Herbivorous Butcher. Ils ont déposé une série de marques liées à leur commerce, dont les termes The Vegan Butcher (Le boucher végan). Ce dépôt leur a été refusé par le bureau de la propriété intellectuelle, au motif qu’il s’agirait d’une expression trop descriptive. Les choses auraient pu s’arrêter là, mais quelques mois plus tard, une autre société, filiale de Nestlé, a déposé elle aussi The Vegan Butcher. Et, surprise, elle a obtenu la marque du même bureau qui l’avait refusée la première fois. Les deux époux ont décidé alors de contre-attaquer en contestant cette marque, au moins pour qu’elle reste dans le domaine public et puisse être utilisée par tout le monde. Même chez les végans, les conflits peuvent être sanglants !

Un burger à base de fausse viande. // Source : Maxime Johnson pour Numerama

Patent Madness

Investissements. La société japonaise Softbank s’est rendue célèbre en finançant des plateformes comme Uber, mais aussi quelques startups plus douteuses comme l’entreprise WeWork, dont le modèle économique fait polémique. Aujourd’hui, d’autres de ses investissements font parler d’eux et pas de la meilleure des façons. Les poids lourds que sont Apple et Intel se plaignent en effet par voie de presse d’être attaqués par la société Fortress Investment Group, qui a tout l’air d’un troll des brevets. Celle-ci a bénéficié des fonds de Softbank. Bien que les plaintes paraissent fantaisistes, elles se chiffrent en milliards de dollars, car Fortress Investment Group réclame environ deux dollars par iPhone vendu en compensation des violations supposées dont se seraient rendues coupables les deux firmes. Après les « licornes », verra-t-on bientôt un troll côté en bourse ?

Softbank
SoftBank finance à tout va dans la tech. // Source : Miki Yoshihito

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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