Quoi de neuf dans le Copyright Madness ? Un chercheur accusé de se pirater lui-même, Kelly Jenner moquée pour sa cupidité sur Twitter et quelque chose qui ne tourne pas rond pour le Rubik's Cube.

Copyright Madness

Science sans conscience. Une mésaventure arrivée à un chercheur en psychologie au Canada illustre tous les paradoxes de la diffusion de la science aujourd’hui. Il a publié sur son site web personnel quelques articles qu’il avait rédigés : un paru dans une revue et un autre à paraître bientôt. Cela lui a valu un avertissement pour violation du droit d’auteur… alors qu’il est lui-même l’auteur de ces textes. Généralement, ce sont de grands éditeurs internationaux, comme Elsevier, qui se livrent à ce genre de pratiques. Mais là, c’est une société savante censée regrouper des chercheurs — l’American Psychological Association — qui lui reproche de diffuser ces papiers, alors qu’ils sont publiés dans des revues appartenant à l’association. La cause de tout ceci est la dérive commerciale que cette société a connu au fil du temps. Science et profits ne font pas bon ménage, au point que l’on finit par reprocher à des chercheurs de se pirater eux-mêmes !

musée science
Les scientifiques sont confrontés aux barrières payantes des revues spécialisées. // Source : Pixabay

Racket. Il y a des limites à tout, même aux dysfonctionnements du système de gestion des droits sur YouTube. Il faut dire qu’un Américain du nom de Christopher Brady en a particulièrement abusé. Cette personne a utilisé le système pour effectuer de fausses réclamations pour violation de droit d’auteur et faire chanter des vidéastes à qui il proposait ensuite des arrangements à l’amiable, qui lui ont rapporté de coquettes sommes d’argent. Mais YouTube a fini par agir en le traînant en justice, ce qui arrive rarement aux trolls de brevets. YouTube a proposé une transaction de 25 000 dollars en échange de l’arrêt des poursuites (ce qui est un joli retour à l’envoyeur), mais la plateforme a aussi fait un communiqué pour dire que cette action montre que son système de gestion de droit d’auteur est fonctionnel. On peut sévèrement en douter vu les myriades de cas d’abus que nous épinglons depuis des années dans cette chronique et qui ne font jamais l’objet de sanctions. L’exception ne renverse pas la règle…

Le logo de YouTube. // Source : YouTube / Montage Numerama

Mème pas mal. Chercher de l’inspiration sur Twitter est un jeu dangereux et la chanteuse Lizzo l’a appris à ses dépens cette semaine. Elle est plus exactement accusée d’avoir repris un mème dans une de ses chansons. Mina Lioness, une autre chanteuse, a fait en 2017 ce tweet : « I did a DNA test and found out I’m 100 % that bitch », qui a connu une diffusion virale. Lizza a repris cette phrase en la modifiant légèrement dans sa chanson Truth Hurts. Mal lui en a pris, car Mina Lioness l’accuse à présent de plagiat et entend toucher une part des droits d’auteur générés par le titre, alors même que Lizzo avait accepté de la créditer dans l’album. Cette simple phrase est-elle une œuvre ? Autant dire qu’on en est pas certain à 100 % !

À lire sur Numerama : Utiliser un mème dans une chanson relève-t-il du plagiat  ? L’artiste Lizzo au cœur d’une controverse

Trademark Madness

Trumperie. Donald nous rend visite régulièrement dans cette chronique, à cause de son goût immodéré pour les dépôts de marques en tous genres. Mais cette fois, c’est le droit des marques qui a bien failli se retourner contre lui. Il est en effet connu pour utiliser à tort et à travers l’expression « Fake News » (fausses nouvelles). En gros, dès qu’un journal diffuse des informations qui ne lui plaisent pas, il l’accuse de répandre de fausses nouvelles. Cette pratique a tellement énervé une journaliste du magazine Teen Vogue qu’elle a décidé de déposer « Fake News » comme marque pour pouvoir envoyer des plaintes à Trump chaque fois qu’il prononcerait cette expression. Les supporters de Trump sont de suite montés au créneau pour hurler à la censure. Mais il s’avère que c’était un canular et que cette journaliste facétieuse les a pris au piège avec une… fausse nouvelle !

Donald Trump. Image d’illustration. // Source : Wiki Commons

Baby Blues. Kelly Jenner a le sens des affaires et elle l’a prouvé en devenant la plus jeune milliardaire des États-Unis. Mais elle est allée un peu loin sur cette semaine, ce qui lui a valu de devenir la risée des internautes sur Twitter. Elle a récemment posté une vidéo sur TikTok la montrant en train de réveiller sa fille de la sieste en lui chantant les mots « Rise and Shine ». Le côté mignon de la chose a fait que la vidéo a atteint le milliard de vues. Flairant la bonne affaire, Kelly Jenner a immédiatement commencé à mettre en vente des pulls avec les mots « Rise and Shine » pour la modique somme de 65 dollars. Elle est allée plus loin en déposant la marque « Rise and Shine », mais aussi « Riiise and Shiiine »… Les internautes se sont déchaînés lorsqu’ils l’ont su sur Twitter, en dénonçant le narcissisme et la cupidité qui ont motivé cette idée. On ajoutera que c’est quand même aussi un moment intime avec sa fille qu’elle essaie de marchandiser de la sorte…

Une version du mème. // Source : Capture d’écran Twitter

Cubique. Qui n’a jamais essayé de résoudre un Rubik’s Cube ? C’est parfois un casse-tête. Tout comme certaines évolutions juridiques. La société détenant les droits sur cet objet pourrait en témoigner. La Cour de Justice de l’Union européenne a en effet déclaré que la marque déposée sur le Rubik’Cube n’est pas valide. Plus exactement, la marque sur le nom Rubik’s Cube tient toujours, mais la société prétendait que la forme même de ce jouet méritait d’être protégée comme une marque de commerce. Le but était bien évidemment d’empêcher des concurrents de le copier.  La Cour a estimé qu’on ne peut pas déposer comme marque la forme d’un objet dès lors que celle-ci remplit un but fonctionnel et ne sert pas à distinguer un produit d’un autre. Voilà qui devrait limiter les marques tridimensionnelles qui peuvent générer de nombreux abus.

rubiks cube
Un Rubik’s Cube. // Source : Karlo Pušić

Patent Madness

Contre-attaque. La fondation GNOME développe un environnement de bureau qui permet de rendre l’utilisation du système d’exploitation libre Linux plus conviviale. Voilà une activité louable, mais cela ne l’empêche de montrer les dents quand des trolls des brevets la cherchent un peu trop. Une société appelée RPI (Rothschild Patent Imaging) l’accuse en effet de violer un de ses brevets sur la distribution d’images en mode sans fil. Elle estime que GNOME ne peut pas proposer un programme qui importe des photos depuis un appareil et les trie par thèmes. GNOME n’entend pas se laisser faire : non seulement elle a refusé une transaction proposée par RPI contre l’abandon de la plainte, mais en plus elle contre-attaque en justice pour faire invalider ce brevet très fumeux, qui risquerait sinon d’être utilisé contre d’autres projets. Une telle pugnacité relève de l’intérêt général, mais pour un accusé comme GNOME qui se défend, combien sont obligés de céder face aux Patent Trolls ?

GNOME wikipédia
L’aperçu des applications ouvertes dans GNOME Shell. // Source : Filorinwiki

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

Partager sur les réseaux sociaux