[Enquête Numerama] Bercés par les success stories de quelques élus, beaucoup de petits youtubeurs espèrent vivre de leur création. Malheureusement, sur Internet, être reconnu pour ses vidéos n'est pas si facile. Avec toutes les conséquences physiques et mentales que cela implique.

En l’espace d’une décennie, le développement des plateformes d’hébergement de vidéos telles que YouTube a donné naissance à de nouvelles figures médiatiques. Depuis leurs chambres, leurs salons, les créateurs indépendants aux airs de monsieur et madame tout le monde ont commencé à occuper les écrans.

Galvanisés par l’élan créatif que représentaient ces nouvelles plateformes d’expression, nombreuses et nombreux sont les vidéastes à avoir mis en ligne leurs contenus. Certains ont connu le succès. Beaucoup sont restés dans l’ombre. Dix ans plus tard, certains témoignent auprès de Numerama de la difficulté aujourd’hui de sortir du lot face à ceux qui ont « percé ».

Se lancer à temps plein sur Internet

En 2007, Tristan, plus connu sous le pseudonyme de PuNkY — un surnom hérité de l’adolescence —  fonde le collectif Press Start Button et son site éponyme. L’objectif : réunir l’ensemble des vidéastes qui parlent de jeux vidéo sous un seul label. « C’était une époque où YouTube n’entrait même pas dans l’équation. C’était avant tout une plateforme d’hébergement de vidéo de chats. Le public francophone n’était pas forcément présent », se remémore le vidéaste aujourd’hui trentenaire.

Très vite, des vidéastes tels qu’Usul ou le Joueur Du Grenier rejoignent le site amateur qui, en 2012, attirait en moyenne 135 000 visiteurs uniques par mois. Mais avec le temps, chaque vidéaste poursuit le développement de sa chaîne en solo et le site tombe en désuétude. « C’était une époque où rien n’était codifié, la création était libre et variée et chacun pouvait apporter sa touche personnelle. Même si, déjà à l’époque, la communauté francophone s’inspirait énormément de ce qu’il se faisait outre-Atlantique », précise Tristan.

En 2011, il décide de se lancer également dans le développement de sa propre chaîne, « toujours avec cette volonté de parler de jeux vidéo au plus grand nombre ». C’est à ce moment qu’une poignée de vidéastes se font connaître, dépassant les centaines de milliers voire le million d’abonnés. « De mon côté, plus que la reconnaissance du public, je cherchais avant tout à me faire un nom auprès de la presse spécialisée. Mon expertise dans la vidéo et le développement de ma chaîne devait me permettre d’être remarqué des médias », narre celui qui s’est inventé un personnage avec casquette et lunettes de soleil sur le nez. « Ça n’a pas marché », évoque-t-il, avec un brin de pudeur. Qu’à ne cela ne tienne, une petite communauté le suit en ligne, vivre de sa chaîne n’est pas impossible. « J’ai donc décidé en 2013 de me lancer à 100 % en tant qu’auto-entrepreneur et vidéaste. »

La dépression guette

Pourtant, très vite, Tristan déchante. « Quelles que soient les vidéos que je sortais, et malgré le temps que je mettais à les réaliser, je ne décollais pas. J’avais beau avoir une communauté soudée qui ne cessait de me répéter « tu mérites plus d’abonnés », ça ne prenait pas. Le pire c’est que moi aussi je le pensais. Moi aussi je pensais que je méritais plus d’abonnés », expose-t-il, en prenant soin de préciser qu’il tenait et tient à rester modeste, reliquat d’une ère où se mettre en avant sur Internet était encore mal vue et signe de « prise de melon ».

« Je ne décollais pas »

Confronté néanmoins aux succès de vidéastes qu’il a lui-même côtoyés et connus à leurs débuts, Tristan ne s’en cache pas, il commence à être envieux, triste. La dépression guette. «  Je ne comprenais pas. Pourquoi pas moi ? J’ai commencé à me convaincre de certaines fausses vérités. ‘Mon contenu est trop élitiste’, pensais-je, avec toute la prétention que l’on peut avoir lorsque l’on manque de recul sur ses créations. J’ai commencé à m’enfermer, prendre du poids et sortir moins de vidéos. » 

Se connaissant fragile, consultant déjà un psychologue avant même d’arriver sur YouTube, le vidéaste poursuit ces séances. « Quand ça ne marche pas, et que la faible audience de ton contenu commence à te faire du mal, tu as deux solutions : soit tu arrêtes, soit tu consultes. Mais c’est difficile de parler avec quelqu’un qui ne comprend pas l’importance de ta chaîne à tes yeux », évoque, Tristan.

Pourtant, le succès d’estime et les commentaires bienveillants (« C’est eux qui m’ont permis de résister à l’envie de tout arrêter »), Tristan ne lâche pas. Il multiplie les formats. S’inspire de ce qui marche outre-Atlantique. Sans succès. Il a l’impression d’avoir loupé le coche. Le « boom YouTube » est passé.

Le train du hype est passé

Ce constat amer, dans une moindre mesure, Valentin le partage également. Lui aussi fait partie des pionniers de YouTube. Il fut d’ailleurs une de ses premières stars, se considérant lui-même aujourd’hui comme un has been d’Internet. Sur sa chaîne V pour Valentin, la première vidéo date du  18 décembre 2006 et il y a un lien vers un skyblog dans la description.

C’est par l’intermédiaire de ces reprises de sketchs des deux minutes du peuple de François Pérusse que le jeune homme se fait connaître. Le vidéaste en herbe utilise du matériel familial pour rejouer en live les enregistrements audio de l’humoriste et chanteur québécois. « Comme tout le monde à l’époque, je considérais vraiment YouTube comme un hébergeur de vidéo et non pas comme un médium. Les sketchs de Pérusse me faisaient marrer et moi aussi je me marrais à les rejouer. Je me fichais complètement du nombre de vues », assure le vidéaste rennais. En 2008, Valentin à une certitude : l’avenir des vidéastes français est sur Dailymotion. « On peut dire que j’ai eu le nez creux », s’amuse-t-il une décennie plus tard.

Lorsqu’il décide de revenir sur YouTube, Cyprien (13 millions d’abonnés en 2019) et Norman (11 millions) avaient d’ores et déjà explosé, entraînant avec eux une flopée de nouveaux humoristes. Cela n’empêche, en 2014, il décide lui aussi de tenter sa chance est de vivre de sa chaîne. « Je comptais surfer sur le succès de mes sketchs de Pérusse mais m’en détacher pour proposer du nouveau contenu. J’étais assez mal à l’aise à l’idée de baser ma carrière sur le travail d’un autre ».

Malheureusement, Valentin a beau s’investir, le succès ne viendra jamais pour ses nouveaux formats (il compte aujourd’hui 14 000 abonnés, ce qui est correct, mais reste petit par rapport aux stars). Si ses vidéos de la décennie précédente dépassent allègrement les centaines de milliers de vues, c’est tout juste si les nouvelles dépassent le millier. « Évidemment, c’est dur. J’ai longtemps cru dans l’idée que si mon contenu était bon, alors irrémédiablement les internautes viendraient sur ma chaîne. Mais dans la réalité, ce n’est pas comme ça que ça se passe », remarque-t-il aujourd’hui à tête reposée. « Je n’imagine même pas ce que doivent vivre les YouTubeurs et YouTubeuses qui n’arrivent que maintenant sur la plateforme. »

La méritocratie n’existe pas en ligne

Se concentrer sur la qualité de ses vidéos et espérer connaître le succès, c’est également l’erreur qu’a fait Étienne, alias Dr Ripeur. Lui est arrivé sur la plateforme de Google en 2017, à une époque où YouTube est désormais considéré comme un média à part entière.

Développeur web, il se retrouve à 30 ans au chômage et ambitionne lui aussi de vivre de ses créations vidéo. « C’est un projet que j’ai réfléchi pendant près de six mois avant de me lancer après avoir perdu mon emploi. Lorsque j’ai eu du temps libre, je me suis lancé. Je voulais un contenu à la fois léché esthétiquement mais également intéressant sur le fond. »  Alors qu’il n’en a jamais fait, le trentenaire se lance dans l’animation en stop-motion et le théâtre de marionnettes en vidéo pour mettre en scène son contenu.

« Six mois plus tard, j’ai compris que le projet ne prendrait pas. Mes droits au chômage touchaient à leurs fins. Je suis retourné chez mes parents et ai vécu au RSA dans l’espoir que la chaîne décollerait tôt ou tard et que les gens pourraient me rémunérer sur Tipeee (une plateforme en ligne où les internautes peuvent faire des dons aux créateurs en ligne N.D.L.R.) pour du contenu de qualité. Un an plus tard, avec 2 000 abonnés, j’ai compris qu’il fallait arrêter là et reprendre un emploi. Pourtant il suffisait que la moitié de mes abonnés donne 1 euro pour m’en sortir… Mais les internautes sont déjà sollicités par tellement de vidéastes et les bourses ne sont pas extensibles… », soupire Etienne, qui est depuis retourné dans le développement web.

« J’ai vécu ça comme un échec »

« En soi, 2 000 personnes qui me suivaient, c’était déjà énorme !  Imaginez réunir 2 000 personnes pour un spectacle, ce serait un succès. Mais comparativement à mes ambitions initiales, à mes références de réussite sur YouTube, j’ai vécu cela comme un échec. »

Deux ans plus tard, le jeune homme ressent encore les conséquences de ce projet avorté. « J’ai quitté Twitter et j’ai arrêté de croire en la méritocratie en ligne. Aujourd’hui j’estime que pour ‘percer’ sur Internet, il faut soit une grosse équipe soit énormément de chance. Le pire dans tout cela, c’est que lorsque j’entretenais ma chaîne, j’avais l’impression d’avoir trouvé ma voie. D’assister à un alignement de planètes entre mes différentes compétences et envies. Le plus dur, c’est lorsque l’on comprend que ce métier-passion n’est pas viable, sauf pour quelques élus. »

Faire appel aux gros YouTubeurs

Tous trois ont longtemps espéré « la » vidéo qui les ferait  « percer ». Celle à même de lancer, ou relancer, une carrière. En vain. « Le mythe de « la » vidéo n’est plus vraiment valable aujourd’hui. C’était encore possible jusqu’en 2011, au début de YouTube. Mais aujourd’hui, il y a tellement de contenus qu’une seule vidéo ne permet plus d’inciter le public à suivre un vidéaste sur le long terme », analyse Tristan.

Même constat pour le partage de gros youtubeurs : « Avant, c’était le Graal. Si un vidéaste connu partageait ta vidéo ou parlait de toi, tu avais toute sa communauté qui arrivait sur ta chaîne. Des mecs comme Antoine Daniel ont lancé des carrières. Aujourd’hui je doute que cela marche autant. Une de mes vidéos a été partagées par InThePanda, sans réellement de conséquences, par exemple », complète Valentin.

Tous ont tout de même longtemps essayé de faire valoir leur réseau de « gros » YouTubeurs, se heurtant souvent à un silence poli. « Au début je ne comprenais pas, pourquoi ne veulent-ils pas partager nos petites chaînes ? Quel est leur intérêt à cela ? Puis j’ai progressivement compris qu’on était beaucoup à vouloir profiter de leurs lumières et qu’un partage de leur part impliquait qu’ils regardent en profondeur notre contenu pour s’assurer qu’il n’y avait rien de problématique, ou que cela pourrait plaire à leurs audiences », analyse, avec philosophie, Tristan.

L’arbre qui cache la forêt

« L’avantage, et le souci d’avoir de « gros » YouTubeurs, c’est qu’ils ont certes permis de démocratiser certaines thématiques avec du contenu de qualité, mais ils ont aussi phagocyté toute l’audience. Pourquoi chercher d’autres créateurs quand une personne aborde déjà très bien ce type de sujet ? C’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Ça ne veut pas dire qu’il faut tirer sur les gros YouTubeurs, mais disons qu’ils font de l’ombre aux autres créateurs plus modestes. »

Cette remarque, partagée par nombre de petits vidéastes, c’est celle de Chris. Lui aussi est abonné au succès d’estime. Mais il n’a jamais espéré plus. Spécialisé dans les vidéos sur les comics américains — une passion depuis l’enfance — sur sa chaîne ComiXrayS (22 000 abonnés) il décortique face caméra les cases de bandes dessinées américaines et leurs impacts sur la société. Lui aussi se souvient d’un temps où le nombre d’abonnés importait peu.

Aujourd’hui, il dénonce surtout une uniformisation des contenus sur la plateforme de vidéos en ligne de Google. « De gros youtubeurs sont parvenus à captiver les internautes sur certains créneaux. Comme beaucoup de monde espère connaître le même succès, les petits vidéastes s’inspirent grandement de leurs codes, de leurs manières de s’exprimer, de monter leurs vidéos… et tout commence à se ressembler », constate le vidéaste de 31 ans, regrettant également que de nombreux créateurs de contenu à succès se contentent de lire Wikipédia et redire ce qu’ils y ont appris.

En dehors des partages, pour sortir du lot et espérer être connus et reconnus pour leur travail quotidien, les vidéastes ont néanmoins une autre solution : compter sur l’algorithme de YouTube.

 « Mon pire ennemi c’est l’algorithme »

« Personne ne sait comment marche l’algorithme. Le référencement, c’est comme croire à l’astrologie. Il y aurait des forces obscures qui décident si, oui ou non, telle vidéo est mise en avant », évoque, non sans humour Julien. La trentaine, il fait partie du collectif de passionnés de cinéma derrière la chaîne le ciné-club de M. Bobine. Si le collectif aimerait vivre de ses vidéos de manière professionnelle, il n’est pas dupe sur la difficulté que cela représente, et se contente de ses 37 000 abonnés actuels. « La chaîne a une croissance lente et ça nous convient. Avec parfois des pics d’abonnements — ou de désabonnements — après la sortie de certaines vidéos. Mais surtout, des fois, on se réveille et on a une vidéo sortie il y a quelques années qui cartonne subitement. On comprend qu’elle est soudainement portée par l’algorithme de recommandation, mais sans réellement savoir pourquoi », se questionne-t-il.

« Le souci de l’algorithme c’est qu’il change tout le temps et que son fonctionnement est totalement opaque ! Avant on comptabilisait les « j’aime » sous chaque vidéo, puis ça a été le temps de visionnage, puis ça a encore changé », s’agace Tristan.

Même si les cadres de YouTube assurent que les algorithmes ne seraient pas responsables du burn-out des vidéastes, pour nombres d’entre eux, l’histoire est invariablement la même. Chacun peut citer une ou plusieurs vidéos qui, selon eux, ont été « invisibilisées par l’algorithme » car n’entraient pas dans les critères de sélections à la mode.

Faut-il plaire à tout prix à l’algorithme ?

C’est toute la question qui taraude les créateurs qui aspirent à connaitre une plus grande audience : faut-il accepter les algorithmes, ou les ignorer ?  En 2018, de nombreux vidéastes ont témoigné de leur burn-out par leur volonté de se plier aux attentes de l’algorithme.

« C’est l’avantage d’avoir une chaîne modeste. On peut expérimenter. Tenter de nouveaux formats, de nouvelles miniatures pour les vidéos… Sauf que vouloir plaire à tout prix à l’algorithme c’est prendre le risque de perdre un peu de son éthique ou de ne plus se reconnaître dans son contenu », raconte Tristan. La tentation est grande de regarder ce qui est « tendance » et de l’adapter à sa sauce. Quitte à perdre de sa sincérité et s’attirer les foudres de sa communauté déjà existante.

Aujourd’hui, le vidéaste l’admet, il a adopté un rythme « d’une vidéo pour moi, une vidéo pour l’algorithme. Comme ça j’essaye de développer la chaîne tout en me faisant régulièrement plaisir avec des sujets qui m’intéressent mais que l’algo ne mettra jamais en avantSi ces dernières vidéos ne marchent pas, peu importe, moi je me suis marré à les faire. »

Autre problème qu’ils estiment trop récurrent : la plateforme de Google souffrirait de problèmes de notifications. Les abonnés d’une chaîne YouTube ne seraient pas prévenus de la sortie d’une vidéo d’un des créateurs et créatrices qu’ils suivent. «  C’est vital pour nos petites chaines. Que YouTube ne propose pas notre contenu à des internautes qui ne la connaissent pas, cela ne me dérange pas. Par contre j’aimerais que ceux qui nous suivent puissent être prévenu de la sortir d’une vidéo dans leurs notifications », déplore Chris.

 « Mais le plus gênant, c’est que dès que l’on se plaint de cette situation, de cette dépendance à YouTube et de ses travers, on est qualifié de « pleureuse » toujours à la recherche de plus de vues et d’audience. Alors que non, la plupart d’entre nous veulent juste que leur travail soit vu par les personnes qui les suivent », complète le fan de comics.

Être une femme : un frein en plus

Si le fait d’avoir une audience restreinte permet d’avoir une communauté fidèle et bienveillante, le moindre commentaire négatif peut faire l’effet d’une bombe. Certains s’y étaient préparés. C’est le cas notamment de « La Légiste », qui préfère que l’on évite de donner son prénom civil. Au chômage en 2017, après avoir travaillé pour un journal national politisé, elle décide de lancer sa propre chaîne YouTube, pour avoir son propre média. « Je voulais proposer du contenu en réaction à la montée des discours proches de l’extrême droite sur Internet. Mon objectif était justement de capter ce public afin de le mettre face à ses propres contradictions. » Plus que tout ,« La Légiste » cherche à susciter la réflexion et entamer le débat avec les internautes.

« Au final, j’étais assez naïve. J’ai effectivement touché les internautes d’extrêmes droites, mais ils se sont contentés de m’insulter. J’étais dépitée devant les commentaires, il n’y avait pas la place pour un débat construit », déplore-t-elle. Aujourd’hui, elle a changé l’orientation de sa chaîne en proposant des contenus qui concernent toujours la société ; mais préfère s’adresser à un public plus proche d’elle et de ses idées.

« J’ai régulièrement des commentaires qui ne parlent que de mon physique »

Il n’empêche, l’impression que YouTube est très désincarné, loin des nombreuses interactions en ligne que la jeune femme envisageait, reste présente. « Hormis mon compagnon actuel, je n’ai pas vraiment eu de rencontres fortes avec des spectateurs et d’autres vidéastes », regrette-t-elle, consciente néanmoins que parler de politique en ligne n’est pas la meilleure façon de percer sur YouTube ou d’entamer des conversations saines. Selon elle, le fait d’être une femme n’aide pas non plus. « J’ai beau n’avoir que 3 000 abonnés, j’ai régulièrement des commentaires qui ne parlent que de mon physique », aborde « La Légiste ».

« Pouvez-vous citeri cinq chaînes YouTube réalisées par des femmes qui parlent de 5 thématiques différentes ? Et pourtant, les femmes créent des vidéos passionnantes sur Internet ! » Cette phrase peut être lue sur la page d’accueil de l’association Les Internettes, qui œuvre pour la visibilité des créatrices en ligne. Illustratrice professionnelle et vidéaste,  Yeah Cy — qui préfère également éviter de donner son prénom en ligne — est une des cofondatrices de cette association féminine. « On est parties du constat que nombre de personnes estimaient — à tort —  qu’il y avait peu de femmes sur YouTube et que si elles n’étaient pas plus reconnues pour leur travail, c’est parce que leurs contenus devaient forcément être de moins bonne qualité. C’est bien sûr complètement faux », évoque-t-elle, justifiant le manque de visibilité des femmes vidéastes par les biais sexistes imprégnés dans notre société.

C’est dans cette optique que l’association a réalisé un documentaire pour mettre en lumière toutes ces créatrices.  Un moteur de recherche nommé Internettes Explorer recensant aujourd’hui plus de 1 600 vidéastes tend également à prouver la diversité des sujets abordés par les femmes sur YouTube.

« Quelle que soit la taille de leur chaîne, les femmes vidéastes sont également sujettes à un cloisonnement hermétique. J’entends par là qu’elles ne seraient censées traiter que de sujets tournant autour de la beauté, du lifestyle voire de la nourriture. Sortir de ces thématiques, c’est s’ouvrir aux remarques et critiques blessantes d’internautes masculins persuadés que ces femmes sont moins compétentes », affirme Yeah Cy, un brin de colère dans la voix.

Ces remarques, voire ces insultes, sont à même de dissuader nombre de créatrices de se lancer à temps plein dans l’aventure YouTube. « Avant le découragement par l’absence de vues, c’est le découragement par l’insulte qui frappe le plus les femmes en ligne », conclut l’illustratrice.

Une bonne expérience ?

Insultes, manque de reconnaissance ou d’interactions, difficultés de vivre sans financement…. Face à ces tracas à même d’envoyer au tapis certains créateurs et créatrices en ligne, l’ensemble des vidéastes que nous avons rencontrés restent néanmoins unanimes : avoir sa chaîne YouTube reste une bonne expérience.
« Il faut juste s’accrocher et ne pas perdre ‘la passion’, même si c’est cliché de le dire comme ça. Personnellement, c’est le fait de travailler en groupe qui fait que j’ai continué. Seul, je ne sais pas ce que j’aurais fait », avoue Julien du ciné-club de M. Bobine. Après 50 vidéos de ComiXrayS, Chris va quant à lui changer de format.

Si la thématique ne change pas, le vidéaste ressent en effet le besoin de se renouveler pour éviter la lassitude. « Depuis deux ans, j’ai mis de côté l’ambition de vivre de ma chaîne et c’est paradoxalement depuis ce moment que je peux affirmer que j’aime le contenu que je produis. Comme si j’étais en paix avec moi-même », évoque de son côté Valentin de V pour Valentin.

Si Etienne de Dr Ripeur a arrêté de produire du contenu pour sa chaîne, il précise néanmoins que cette expérience a été appréciée par son nouvel employeur lors de l’entretien d’embauche. « Mon employeur a loué mon esprit d’initiative  en lançant mon propre projet. Néanmoins, je pense que de nombreux créateurs devraient se tourner vers le spectacle ou l’associatif pour partager leurs créations, au-delà de YouTube. »

Quant à Tristan, alias PuNkY, le vent semble enfin avoir tourné. «  Après l’échec total d’une vidéo en septembre 2018 et un long passage à vide, je me suis ressourcé et j’ai lancé un nouveau format qui a beaucoup plu et qui permet à la chaîne d’avoir d’excellentes retombées », s’enthousiasme t-il. Une vidéo sortie il y a deux mois a même dépassé les 100 000 vues. Un record pour lui, près de 10 ans après son arrivée sur YouTube.

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