Sony nous a sans doute un peu trop habitués à l'excellence avec ses exclusivités. Au mieux, Days Gone est passable.

La ligne éditoriale de Sony est la principale force de la PlayStation 4. À chaque exclusivité, on a l’assurance d’être en face d’un jeu abouti. Ces dernières années, la console la plus vendue de sa génération a fait rêver avec God of War, Marvel’s Spider-Man ou encore Detroit : Become Human — pour ne citer qu’eux. La firme japonaise est passée maître dans l’art de faire rimer qualité et quantité. Mais il fallait une exception pour confirmer la règle. Cette exception, c’est Days Gone.

Days Gone // Source : Sony

Annoncé durant l’E3 2016 et repoussé plusieurs fois (ce qui n’est jamais de bon augure), Days Gone avait rallié les suffrages rien qu’avec sa vidéo de présentation. Des jolis graphismes, une horde de mutants qui poursuit un héros badass, un sentiment d’urgence… Il y avait cette impression d’avancer en terrains conquis, saupoudrée du savoir-faire de Sony quand il s’agit d’assurer le spectacle manette en mains. Ce serait oublié le droit à l’erreur : plus on empile les réussites, plus le risque de se rapprocher d’un échec existe…

Une exclusivité, vraiment ?

On attend beaucoup d’une exclusivité, parfois trop. Mais là est le fardeau des productions qui sont pensées pour faire briller une seule et même plateforme. Elles se doivent de profiter de leur statut pour faire mieux, alors que les autres se construisent sur des compromis. Techniquement parlant, Days Gone n’a, hélas, pas grand-chose d’une exclusivité. Un constat qui démarre dès le premier écran de chargement, dont la longueur met en exergue une optimisation à revoir et n’appelle pas à l’optimisme. PlayStation 4 Pro ou non. Les tares se confirment avec des chutes de framerate, des bugs visuels disgracieux, un rendu mi-figue mi-raisin (c’est parfois beau, parfois moins beau), une synchronisation labiale aux fraises, des scripts gênants (et trop voyants) et des soucis de collision qui peuvent forcer à redémarrer la partie (faites attention à bien ménager votre monture).

Série B sans âme

Sans convaincre sur l’aspect visuel, Days Gones parvient tout de même à tirer son épingle du jeu grâce à son ambiance et au travail sur les décors (certaines textures sont très jolies). On sent que les développeurs de Bend Studio ont mis les ingrédients nécessaires pour bâtir un monde post-apocalyptique où l’humanité se fait rare, gangrené par un mystérieux virus. Les paysages champêtres de l’Oregon se prêtent plutôt bien à l’exercice, avec un contraste entre la nature préservée et les horreurs qui en font leur nid. Le studio se montre par ailleurs très généreux sur les effets visuels, avec des conditions climatiques qui modifient (vraiment) l’atmosphère. En termes d’immersion, Days Gone assure pleinement sa partie.

On en dira pas autant sur la narration. Bend Studios, à qui l’on doit l’épisode PSVita de la saga Uncharted, n’est ni Santa Monica (God of War) ni Naughty Dog (la tétralogie Uncharted, The Last of Us). Pas aidé par sa mise en scène entrée de gamme (ellipses, faux-raccords, interprétation risible), Days Gone s’enfonce dans un récit articulé autour d’un motard bourru — mais pas trop — au charisme discutable. La multiplicité des enjeux, l’accumulation de références faciles (Mad Max, Sons of Anarchy, The Walking Dead) et l’écriture trop maladroite (les punchlines vulgaires pour rien) transforment le jeu en série B sans âme. Où la chasse aux fantômes du passé se noie dans la nécessité d’aider, d’abord, les autres dans un monde privé de lendemains qui chantent.

Far Cry au pays des mutants

Days Gone épouse volontiers la structure des jeux en monde ouvert très classiques (coucou Far Cry), c’est-à-dire avec des camps à aider et des objectifs génériques (zones à nettoyer, principalement) au milieu du vide. Bend Studio s’efforce quand même de ne pas tomber dans la simple expérience FedEx — enchaînement d’allers/retours pour terminer des missions qui se ressemblent — en inscrivant les quêtes dans des scénarios avec embranchements. Grâce à cette emphase sur la narration, Days Gone évacue quelques poncifs du genre. Ouf.

Pour se balader sur la carte, le bien nommé Deacon enfourche sa grosse moto dont il faut prendre le plus grand soin. Les développeurs n’ont pas coupé aux mécaniques de survie qui deviennent vite moins grisantes que contraignantes. Par exemple, si l’idée de devoir faire le plein d’essence est plutôt bienvenue, encore faudrait-il que le réservoir du deux-roues ne soit pas celui d’une tondeuse à gazon thermique. Dans les faits, vous n’irez jamais très loin avec un seul plein (cinq kilomètres à peine, même en amélioration le réservoir), ce qui force à toujours devoir repasser à la pompe. Étonnamment, certaines missions offrent du carburant infini… On retrouve la même forme de réalisme bizarroïde dans Red Dead Redemption 2.

Deacon a fort à faire en Oregon, à commencer par se tailler une place dans les derniers bastions de survie, assaillis par les mutants, les pillards et les membres d’un drôle de culte — sans oublier les snipers capables de détruire un moteur d’une seule balle. Mercenaire au cœur immense et ex-figure d’un groupe de motards hors-la-loi, il enchaîne les va-et-vient dans un no man’s land dangereux. Bien évidemment, il sait se défendre, que ce soit au corps-à-corps, avec des armes qu’il ramasse et/ou confectionne, ou à distance. Notons quand même que les balles se font assez rares et qu’il vaut mieux savoir viser — la tête — pour s’en sortir. Grâce à l’expérience emmagasinée, on peut débloquer des compétences pour se faciliter la tâche, comme un mode concentration très pratique qui permet de ralentir le temps pendant quelques secondes.

D’une manière globale, la prise en main de Days Gone est un peu rigide, avec une caméra parfois trop proche de l’action et des mouvements très lents qui faussent le rythme. L’accumulation d’actions contextuelles — rester appuyé sur une touche — n’aide pas non plus à fluidifier un gameplay qui reprend plus qu’il n’invente. Bend Studio aurait notamment pu se concentrer davantage sur la partie moto. Entre le manque de sensation de vitesse, l’absence de freinage et la rigidité de la direction, le moyen de locomotion pourtant symbole de liberté n’invite jamais à l’extase.

Days Gone // Source : Sony

Une longue durée de vie

Une chose est sûre, Bend Studio n’a pas manqué de générosité avec Days Gone, dont la durée de vie se situe dans le très haut du panier. C’est simple, quand on pense avoir terminé, nous voilà repartis pour une nouvelle région, nantie de ses petites histoires et personnages à satisfaire. Il faut compter une bonne trentaine d’heures, au minimum, pour terminer le périple de Deacon, avec ce sentiment de ne jamais réellement avancer, ni d’accomplir quoi que ce soit. On en revient à la multiplicité des enjeux, qui se diluent dans un vaste fourre-tout compliqué à apprécier.

Au moins ce choix permet de ne jamais s’ennuyer dans cet Oregon fictif, puisque l’enchaînement des tâches à accomplir — principales ou annexes — se fait naturellement. Et s’il est tout à fait possible d’abandonner certains arcs pour se concentrer sur d’autres, les adeptes des jeux finis à 100 % en auront pour leur argent.

Les différentes bandes-annonces de Days Gone ont mis l’accent sur l’existence de hordes, soit une armée de mutants capables de tout dévaster sur son passage. Bon courage à celles et ceux qui voudront s’y frotter tant le gameplay affiche là aussi ses limites. Les hordes représentent en tout cas le plus gros (trop gros ?) pic de difficulté à surmonter et elles impliquent d’être bien armé/préparé pour les éradiquer (un soupçon de chance également). Sur ce point, il est dommage que le reste du jeu soit une promenade de santé, souvent à cause d’une intelligence artificielle défaillante. L’apocalypse est parfois un long fleuve tranquille.

En bref

Days Gone

Note indicative : 2/5

Sony nous aurait-il trop habitués à l'excellence ? Sans aucun doute. Alors que la firme nippone a su faire du catalogue de la PS4 un argument de taille pour écœurer la concurrence, Days Gone s'apparente à la pomme tombée trop loin de l'arbre. L'exclusivité ne donne pas envie à cause d'un socle technique à revoir et d'un manque cruel de personnalité. 

En résulte une expérience qui ressemble beaucoup trop aux autres, reprenant les (quelques) qualités mais aussi les (nombreux) défauts des jeux en monde ouvert de ces dernières années. Si on veut des mutants chez Sony, autant ressortir The Last of Us du placard. En attendant la suite... 

 

Top

  • L'ambiance fonctionne
  • Plein de choses à faire
  • Parfois joli...

Bof

  • ... parfois moins joli
  • Aucune idée, ni âme
  • L'exclusivité fauchée

Partager sur les réseaux sociaux