À Paris, six équipes se sont disputées les deux dernières places du Top 8 de l'Overwatch World Cup. Favorite avec le Royaume-Uni, la France a dû livrer ses deux ultimes matchs. Retour sur la compétition.

Près de 2 500 personnes se sont réunies le 23 septembre 2018 pour assister à la finale de la quatrième phase des qualifications pour le Top 8 de l’Overwatch World Cup 2018 (OWWC).

L’enjeu était de taille, l’équipe de France devait affronter cinq pays pour s’assurer une place à la Blizzcon 2018 comme elle l’a fait l’an dernier, sous les cris d’un public en délire. Le challenge a été remporté et j’ai eu la chance de suivre cette performance en direct. Retour sur un week-end survolté.

Des fans de l’équipe de France // Source : Fleur Labrunie / Numerama

La France et le Royaume-Uni, grands favoris

C’est la première fois que la France accueille une partie de l’OWWC. Plus largement, c’est la première fois que la France donne autant de moyens pour organiser une compétition esport. Les tickets ont été vendus en seulement quelques minutes lorsqu’ils ont été mis en vente fin juillet.

Samedi 22 septembre, je passe les portes de l’enceinte pour le deuxième jour de compétition et le public est très excité. La queue fait déjà plusieurs dizaines de mètres de long à 9h30 pour une ouverture des portes à 11h. L’attente est ponctuée par les acclamations de la foule à chaque passage d’un joueur ou d’un commentateur.

Il faut dire qu’il y a de quoi être enthousiaste. La veille, la France a ouvert le bal en affrontant les Pays-Bas. Ça a été une victoire écrasante côté français, les Bleus ont remporté les 4 manches sans trop de difficulté. Mais ce fut également leur seul match de la journée et le public est impatient que « le 6 » (surnom de l’équipe de France) remonte sur scène. D’autant plus que nous devons affronter l’Allemagne ce jour-là, un rival redouté d’après les dires de l’équipe.

Mais dans la file, on parle surtout du Royaume-Uni. Les Britanniques nous ont emboîté le pas la veille en livrant deux duels très convaincants. Ils sont pressentis comme favoris avec la France. Il est 11h, les portes s’ouvrent.

D’importants changements stratégiques

Julien « daemoN » Ducros, 22 ans, coach de l’équipe de France // Source : Fleur Labrunie / Numerama

Le public s’installe dans le calme. Tout le monde veut s’assurer une bonne place, aussi bien pour voir les joueurs de près dans les couloirs scindant la foule que pour ne rien rater du spectacle. On se sent comme dans n’importe quelle compétition sportive traditionnelle.

La France inaugure encore une fois la journée, mais se heurte à la résistance allemande. En suivant les matchs, une chose saute aux yeux : la composition des équipes. Elle diffère totalement de celle qu’on a pu voir l’année passée. Les Bleus finissent par l’emporter à 3-2 face à l’Allemagne et je décide d’en savoir un peu plus sur les choix stratégiques de l’équipe de France.

Après la victoire contre l’Allemagne, Julien « daemoN » Ducros, coach de l’équipe, explique la prédominance de la meta « GOATS » (ce qu’on nomme meta correspond aux stratégies les plus efficaces actuellement jouées). Celle-ci se compose de trois soins et de trois tanks. Elle implique en grande partie ces 6 héros : Reinhardt, Zarya, D.Va, Brigitte, Moira et Lúcio.

Julien revient sur l’efficacité de cette composition : « Je pense que la compo GOATS est très forte, Eagle (l’équipe gagnante des Overwatch Contenders de cette année) nous l’a montré (…) Nous n’étions pas forcément très fans de GOATS par notre expérience d’Overwatch League. Après, on s’adapte, on a d’autres compositions à mettre en avant  ». Nico, l’un des DPS de l’équipe de France, fait partie de l’équipe des Eagle et c’est lui qui a aidé ses coéquipiers à mettre en place cette stratégie.

Revenue dans l’Arena, j’interroge un peu le public pour savoir ce qui a pu bouleverser la meta à ce point depuis l’an passé. Les réponses sont assez similaires. On évoque surtout l’introduction de Brigitte dans le jeu qui a considérablement affaibli la portée des DPS comme Tracer et Genji, omniprésents lors de l’OWWC précédente.

Un peu plus tard dans la journée, la France renverse l’Italie d’un cuisant 4-0. Je quitte la salle principale pour m’entretenir avec un membre de l’équipe de France.

Poko bombs

Je rencontre Gaël « Poko » Gouzerch, 22 ans. Il est l’un des deux nouveaux tanks de l’équipe avec Benbest et joue plus spécifiquement Zarya et D.Va. Gaël est détendu malgré la fatigue. Gaël est devenu très populaire sur les réseaux sociaux depuis l’Overwatch League grâce à ses « Poko bombs », une action en jeu tuant beaucoup de joueurs adverses à la fois. Aujourd’hui, je l’ai vu s’illustrer avec une Zarya très efficace tandis que le rôle de D.Va a été délégué à Nico, pourtant noté DPS de l’équipe.

Avec l’introduction de la GOATS, les DPS sont-ils voués à être de plus en plus flexibles ? Pour Gaël, c’est une évidence : « Tu peux plus te permettre de jouer que Tracer ou que Genji, c’est plus suffisant. Il faut élargir le nombre de héros joués et Nico est très bon pour cela. »

Gaël « Poko » Gouzerch, l’un des nouveaux tanks de l’équipe de France // Source : Fleur Labrunie / Numerama

Après avoir reçu l’avis du public, je demande aussi à Gaël d’expliquer un tel changement dans la composition depuis l’année précédente. «  Avec les nerfs (réduction de la puissance, ndlr) de Mercy, la refonte de Hanzo et Sombra, c’est devenu difficile de jouer de manière mobile et agressive (dive). Il y a des équipes comme Eagle qui ont su se perfectionner sur le tank, ils jouent super packés et avancent tout droit quoi qu’il arrive. On a beaucoup joué contre Eagle et testé de nombreux contres, on arrivait à rien, on s’est dit qu’on allait faire comme eux. »

Tout fan d’Overwatch sait que deux compétitions professionnelles rythment le jeu tout au long de l’année : l’Overwatch League et l’Overwatch World Cup. Gaël est aussi un membre des Philadelphia Fusion, l’équipe ayant terminé deuxième à l’Overwatch League. Isaac « Boombox » Charles, membre de l’équipe du Royaume-Uni, fait également partie de cette équipe.

«  On n’arrivait à rien, on s’est dit qu’on allait faire comme eux. »

Lorsque je demande à Gaël ce que cela fait de bientôt devoir affronter un de ses coéquipiers, il a un petit rire : « C’est la première fois que je vais affronter un coéquipier. En vrai il y a une petite rivalité pour dire qui est le meilleur de Fusion, qui a marché sur l’autre.  » Il répond la même chose pour Carpe, un DPS des Philadelphia Fusion, très ami avec Gaël, mais aussi membre de l’équipe sud-coréenne de l’OWWC. Gaël espère bien l’affronter lui aussi.

Le tank français s’éclipse ensuite. Le lendemain est une journée importante : l’ennemi britannique les attend… et il fait peur.

L’affrontement final

Le dernier jour de compétition arrive. La queue est encore plus longue que la veille. Dans la file, je reconnais un streamer qui agite un petit drapeau britannique. Il s’agit de TreeBoyDave, le joueur ayant actuellement le plus haut niveau dans le jeu (plus de 6 500). « Quelqu’un doit représenter le Royaume-Uni, » me dit-il, amusé.

La France affronte la Pologne, mais personne ne craint vraiment ce duel. D’ailleurs, les Bleus sanctionnent le pays d’un 4-0. Peu après, le Royaume-Uni fait de même contre l’Italie. Les deux pays sont officiellement qualifiés pour la Blizzcon. La tension monte d’un cran lorsque Christfer, joueur tank britannique, affirme face caméra non sans un sourire que le Royaume-Uni obtiendra le score de 4-0 contre la France.

Tandis que la Pologne livre son dernier combat contre les Pays-Bas avec difficulté, tout le monde se demande qui de la France ou du Royaume-Uni gagnera la première place du classement.

L’équipe de France peut compter sur un public des plus passionnés. Il n’a cessé de scander le nom des joueurs durant ces trois derniers jours. Le plus récurrent est celui qui sonne presque comme une menace « Sooooooooooooon  » pour les actions du joueur Terence Tarlier, aussi connu sous le pseudo SoOn.

L’ultime combat de la journée, celui que tout le monde attend depuis 11h, est sur le point de commencer. Le public français se lève pour chanter La Marseillaise la main sur le cœur comme l’auraient fait les supporters d’un match de foot ou de rugby.

Il est 18h et le combat commence. Les deux pays s’affrontent tout d’abord sur la carte Oasis. La France remporte les deux manches. Poko écrase littéralement Boombox, son coéquipier des Philadelphia Fusion. Sur Blizzard World, la carte suivante, l’offensive anglaise est beaucoup plus importante, mais c’est sans compter la réplique française. La carte se dispute en un double round que la France gagne. La France mène à 2-0, tout est encore possible.

Un double round a également lieu sur la troisième carte, le Temple d’Anubis. La stratégie GOATS laisse place à une composition plus classique avec des DPS tels que Genji et Tracer. Le public est si passionné que l’on ne peut pas entendre les commentaires des casters français. Il faut que la France remporte cette carte pour assurer le 3-0.

L’équipe de France contre le Royaume-Uni // Source : Blizzard

C’est sans aucun doute SoOn qui marque les dernières secondes de cette manche. Il exécute une triplette, trois headshots, avec la snipeuse Fatale. Le public se lève et exulte. La France mène 3-0.

L’ultime carte, Route 66, se dispute à son tour en double round. La France pousse le show jusqu’aux prolongations, mais elle met tout de même définitivement un terme à la hargne britannique. Déchaînement de joie dans le public. Les Bleus viennent de balayer le Royaume-Uni à 4-0. Je regarde TreeBoyDave : il a mis son petit drapeau anglais en berne. L’équipe de France se lève et brandit le drapeau tricolore devant la foule effervescente.

Une fois le calme revenu, Malik et Soe, les casters américains, effectuent le tirage au sort. Celui-ci décidera qui affrontera qui à la Blizzcon. Soe retire une petite balle de ping-pong où est noté « CA ». Le destin de l’équipe de France est donc scellé : elle affrontera le Canada en novembre 2018.

L’Arena se vide, mais tout le monde vibre et parle encore de cette journée. Et quelque chose nous dit que, à l’avenir, la France accueillera un peu plus de compétitions esportives.

Crédit photo de la une : Blizzard

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