OITNB est en passe de devenir la plus vieille série de Netflix. La plateforme et la créatrice Jenji Kohan peuvent-ils encore se renouveler ? Comment fait-on durer une série à l'ère des plateformes de SVOD et des changements de mode de visionnage ? Retour sur une saison 6 à la fois poignante et décevante.

Cet article contient des spoilers sur la saison 6 de Orange is the new black

« Vous n’avez pas prêté attention ? Il n’y a pas de justice !  » s’époumone Tasha Jefferson, derrière les barreaux de sa prison provisoire. Dans quelques minutes, elle sera jugée coupable du meurtre d’un gardien qu’elle n’a pourtant pas touché, par un jury populaire convaincu de sa culpabilité.

C’est là l’un des seuls moments poignants de cette sixième et dernière saison en date d’Orange is the new black, mise en ligne le 27 juillet dernier par Netflix. Le rythme de diffusion de la série originale phare de la plateforme est toujours le même : une saison par an, 13 épisodes d’une heure et… beaucoup de longueurs.

Un manichéisme un peu primaire

Ce nouveau volet s’ouvrait pourtant sur un changement important de cadre : les détenues de Litchfield ont été transférées dans un quartier de haute sécurité après la grande révolte de la saison précédente. Finis, les privilèges, les dortoirs communs et la chapelle où les femmes pouvaient discrètement s’encanailler. À présent, Piper, Cindy, Gloria, Nicky et les autres sont séparées en différents « blocks » qui se livrent une haine de principe à cause de deux sœurs ennemies qui règnent sur des quartiers séparés.

Évidemment, les méchants ne sont pas ceux que l’on croit : les détenues sont victimes de toutes sortes d’abus perpétrés par les nouveaux gardes, qui organisent un jeu secret malsain grâce auquel ils gagnent des points si les prisonnières se battent entre elles.

Capture d’écran de la BA de OITNB saison 6 // Source : YouTube/Netflix

Orange is the new black n’a jamais été d’une grande finesse pour ce qui est de la représentation du système carcéral, donnant parfois dans le manichéisme primaire. Mais sa capacité à montrer des femmes de couleur, de minorité de genre, sexuelles ou religieuses, et de donner la parole à celles qui sont généralement cantonnées aux seconds rôles en a fait une des productions les plus importantes des années 2010.

L’ère des serious women

Après l’âge des difficult men des Soprano, The Wire et autres Mad Men, Orange is the new black a aidé à porter le mouvement des serious women, des femmes qui ont des choses à dire et à qui on donne la possibilité de le faire. Mais après six années de temps de parole, comment la série de Jenji Kohan peut-elle encore évoluer ?

De la difficulté de faire vivre une série sur une décennie

Si elle est renouvelée pour une saison 7, OITNB deviendra la plus vieille série originale de Netflix — House of Cards, son aînée de quelques mois, prendra fin après la mise en ligne de sa saison 6, sans Kevin Spacey, le 2 novembre prochain. Or si Netflix produit aujourd’hui des centaines de contenus originaux, on a tendance à oublier que la plateforme de SVOD américaine est encore toute nouvelle dans le monde des séries. La multinationale n’a encore jamais été confrontée aux difficultés de faire vivre une série sur une décennie, avec ce que cela implique comme aléas de castings, besoin de renouvellement et pertinence des sujets choisis.

Faire échouer vos personnages préférés 

Lorsqu’elle s’écrie qu’il n’y a pas de justice ni pour Poussey, ni pour elle, Taystee montre le boulevard qu’a Orange is the new black devant elle en matière de possibilités narratives. Parce que le public est tellement habitué à voir ses personnages préférés sortir vainqueurs de circonstances tragiques, la saison 6 d’OITNB frappe fort en nous montrant que non, les femmes noires ne peuvent pas s’en sortir, et oui, le système judiciaire américain n’est intrinsèquement pas fait pour les sauver. Et ça fait comme un coup dans l’estomac, une douleur fantôme qu’on a du mal à oublier.

Capture d’écran de OITNB saison 6 // Source : Netflix

C’est également le souffle court que l’on assiste à la première scène de la saison 6, qui s’étend sur huit minutes, présentées sous la forme d’un délire éveillé de Suzanne qui imagine ses camarades en cage, déguisées en clowns, qui lui font un show pour la divertir. Une manière d’insister sur le caractère performatif inhérent à l’environnement carcéral — déjà évoqué à plusieurs reprises dans la mythique expérience de Stanford —, qui pousse les détenues à intégrer les codes de la soumission, tandis que les gardes reprennent ceux associés à l’autorité excessive et violente.

Alors pourquoi reste-t-on tellement sur notre faim ? Peut-être parce que Netflix, notamment contraint par son carcan de 13 épisodes, accouche à nouveau d’une saison qui présente de grosses longueurs. À l’image d’un paquet de chips gonflé d’air qui se fait plus gros qu’il n’est réellement, on réalise rapidement que certains épisodes — pour ne pas dire, toute l’intrigue autour des deux sœurs ennemies — s’apparentent à du remplissage, de surcroît d’une pauvreté narrative caractérisée.

À l’heure où les plateformes engendrent de nouveaux modes de consommations et que le public est prêt à engloutir tous les épisodes à sa disposition, réussir à faire durer une série sur une décennie sera un très gros défi, qui n’a encore jamais été relevé. Orange is the new black a les moyens de le faire, encore faut-il qu’on lui en donne la possibilité.

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