IMAX, Dolby Cinema, 4DX, ScreenX, Onyx, 70 mm et désormais Infinity Vision chez Disney : réserver une séance de cinéma n’a jamais été aussi compliqué. Certaines de ces appellations transforment un film, d’autres se contentent de gonfler le prix du billet. On vous aide à y voir plus clair.

Dans un grand multiplexe, un même film peut être proposé dans une dizaine de versions. Il y a la 2D et la 3D bien sûr, mais aussi des salles IMAX, Dolby Cinema, 4DX, ScreenX, Onyx LED ou Infinity Vision, sans oublier les projections HFR ou 70 mm sur certains films, ou la mention du Dolby Atmos ou du Premium dans certaines salles. Des termes incompréhensibles pour la plupart des spectateurs : chaque exploitant pousse son sigle et promet la meilleure expérience.

L’année 2026 illustre bien ce brouhaha général. Quelques mois après un Avatar 3 qui avait provoqué une guerre entre l’IMAX et le Dolby Cinema, L’Odyssée de Christopher Nolan a inauguré la première salle IMAX 70 mm de France à Montpellier et crée des débats sur le bon format pour voir le film. À quoi correspondent toutes ces appellations, lesquelles méritent l’investissement et quelles sont celles qu’il faut éviter ? On fait le tri.

IMAX et Dolby Cinema, les deux meilleures expériences en salle, de très loin

Les salles IMAX et Dolby Cinema sont, sans contestation possible, les meilleurs pour découvrir un blockbuster. Les séances coûtent cher (comptez souvent plus de 25 euros le billet), mais l’écart de qualité avec une salle classique est réel. Quand le film le mérite et si vous habitez une ville avec ces salles, ce sont les deux options à privilégier.

IMAX : un écran plus grand avec une image plus verticale… mais attention au type de projecteur

Dans l’imaginaire collectif, IMAX veut dire « écran géant ». En réalité, le mot recouvre des salles très différentes. L’expérience est généralement totale, mais toutes les salles IMAX ne se valent pas.

Commençons par le ratio. Une salle classique projette le plus souvent en 2.39:1, un format très large qui laisse des bandes noires en haut et en bas de l’écran. Le vrai IMAX, lui, utilise un ratio de 1.43:1, presque carré : l’image monte jusqu’au plafond et descend jusqu’au sol, sans bande noire. Certains réalisateurs cachent des détails importants dans cette hauteur d’image supplémentaire. Entre les deux, la majorité des salles estampillées IMAX en France sont en réalité en 1.90:1, un format numérique plus haut qu’une salle scope, mais qui n’atteint jamais le carré du vrai IMAX.

Les différents formats IMAX pour The Odyssey.
Les différents formats IMAX pour The Odyssey. // Source : IMAX

Vient ensuite la projection. Il existe trois grandes familles de salles IMAX :

  • IMAX 70 mm : il s’agit d’une pellicule argentique large, deux fois plus grande que le 35 mm des salles traditionnelles. Le 70 mm est généralement accompagné du meilleur ratio (1.43:1) et apporte plus de grain, une meilleure texture et un léger tremblement de l’image. C’est l’expérience IMAX la plus authentique, mais aussi la plus difficile à trouver en Europe.
  • IMAX Laser (ou Laser 4K) : on passe ici à de l’IMAX numérique, un fichier sur un ordinateur remplace la pellicule. L’IMAX Laser offre une image nette, lumineuse et un bon taux de contraste : c’est, la plupart du temps, le meilleur IMAX disponible en Europe. Toutes les salles en France n’y ont pas droit.
  • IMAX Xenon (numérique classique) : les anciens projecteurs, souvent en 2K, avec un moins bon contraste. Cet IMAX reste supérieur à une salle basique (notamment pour la taille de l’écran), mais n’apporte pas un gain énorme par rapport à une bonne salle récente.

En France, l’immense majorité des salles IMAX sont des salles numériques au ratio 1.90:1. Certaines disposent de la technologie Laser, d’autres n’ont pas encore été mises à jour. La seule exception notable est le Pathé Odysseum de Montpellier, seule salle du pays avec un écran au ratio 1.43:1, Depuis l’été 2026, cette salle accueille le seul projecteur IMAX 70 mm de France, inauguré avec L’Odyssée de Nolan. L’écran mesure 22,39 mètres de large sur 16,76 mètres de haut, soit 375 m² d’image. Un type d’installation qui n’existe que dans une quarantaine de salles dans le monde.

IMAX 1.43:1 à gauche, format cinéma 2.39:1 à droite.
IMAX 1.43:1 à gauche, format cinéma 2.39:1 à droite. // Source : X

Dernier avertissement sur l’IMAX si vous êtes à Paris : évitez à tout prix la salle de La Géode du parc de la Villette qui a rouvert en décembre 2024 après une longue rénovation menée par Pathé, avec un projecteur IMAX Laser 4K au format sphérique. Les angles sont arrondis et déformée : ce n’est pas une vraie salle IMAX.

70 mm, à ne pas confondre avec IMAX 70 mm

Attention aussi : certains cinémas (coucou Le Grand Rex) jouent sur l’ambiguïté avec l’IMAX 70 mm pour mettre en avant leurs projecteurs 70 mm. Il s’agit d’une pellicule argentique large, deux fois plus grande que le 35 mm des salles traditionnelles, mais pas d’une pellicule au ratio IMAX avec la qualité de l’IMAX. Le confort, la colorimétrie et le contraste HDR n’y sont pas forcément meilleurs qu’ailleurs.

Dolby Cinema : les meilleurs contrastes/couleurs du cinéma

Créé en 2014 par Dolby pour contrer la montée en puissance de l’IMAX, le Dolby Cinema est présent dans une dizaine de salles en France. Il repose sur deux projecteurs laser 4K capables de diffuser en Dolby Vision, la seule technologie au cinéma qui offre un véritable HDR (High Dynamic Range).

Concrètement, cela donne des noirs absolus, un taux de contraste de 1 000 000:1 et une luminosité de pointe. On parle d’environ 108 nits dans les meilleures salles, contre à peu près 75 nits pour de l’IMAX Laser. Sur un film qui joue sur des contrastes extrêmes, entre zones très sombres et sources lumineuses éclatantes, la différence saute aux yeux. La 3D en profite aussi : la puissance des projecteurs compense la teinte des lunettes, ce qui en fait une des meilleures 3D disponibles. C’est pour cette raison que le Dolby Cinema surpasse l’IMAX pour les films qui ne sont pas filmés dans un ratio carré.

Les fauteuils de la salle Dolby Cinema du Pathé Beaugrenelle. Des boutons permettent de s'allonger. // Source : Numerama
Les fauteuils de la salle Dolby Cinema du Pathé Beaugrenelle. Des boutons permettent de s’allonger. // Source : Numerama

À l’image s’ajoute le son Dolby Atmos et un vrai confort : fauteuils inclinables en cuir, plus d’espace que dans une salle normale. Face à l’IMAX, le Dolby Cinema est techniquement supérieur en contraste et en luminosité, mais son écran est moins haut. Pour un film pensé pour la hauteur d’image de l’IMAX, comme ceux tournés avec des caméras IMAX, la géométrie du grand carré reste imbattable. Pour tout le reste, notamment les films riches en HDR, le Dolby Cinema est le choix de la perfection.

Les autres technologies, avec des avantages et des inconvénients (surtout des inconvénients)

4DX : ça bouge, mais quel intérêt ?

Le succès de la 4DX est assez mystérieux. Cette technologie coréenne, développée par CJ 4DPLEX, s’est imposée dans l’imaginaire collectif comme meilleure que les salles classiques, sans doute parce que 4 est plus grand que 3 (3D). À chaque grosse sortie, des spectateurs choisissent cette option en pensant prendre le meilleur du marché, alors que la 4DX n’apporte pas grand-chose cinématographiquement, tout en coûtant plus cher.

Une salle 4DX est en général une salle normale avec un écran et des haut-parleurs qui ne répondent à aucun standard particulier. La différence se joue sur les sièges, qui bougent, et sur des effets diffusés dans la salle. Vent, vapeur d’eau, odeurs, jets d’air, effets de lumière… On reprend un concept de parc d’attractions et on l’applique à tous les films. Aucun réalisateur ne pense son film pour la 4DX ; les effets sont ajoutés après coup par l’exploitant du format. De quoi divertir les enfants, mais fatiguer les adultes.

ScreenX : le film continue sur les côtés (et bientôt au plafond)

Créé par la même entreprise que la 4DX, le ScreenX étend l’image au-delà de l’écran central, sur les murs latéraux de la salle, pour une projection à 270 degrés. Les nouvelles installations poussent même le principe jusqu’au plafond. L’image, le son et l’écran principal ne changent pas : ce sont des projecteurs supplémentaires qui prolongent le film sur les côtés.

Le film Captain Marvel en ScreenX a un intérêt limité, ce qui apparaît sur les côtés n'apporte rien à l'histoire. // Source : ScreenX
Le film Captain Marvel en ScreenX a un intérêt limité, ce qui apparaît sur les côtés n’apporte rien à l’histoire. // Source : ScreenX

Le problème est que ce contenu latéral doit être créé spécifiquement, image par image. Quand le studio et le réalisateur jouent le jeu, on voit de vraies choses invisibles dans la version classique. CJ 4DPLEX a d’ailleurs lancé en 2026 une initiative « Shot for ScreenX », inaugurée avec Spider-Man: Brand New Day, où des caméras dédiées ont tourné sur le plateau pour alimenter les murs. Mais ces cas restent rares. La plupart du temps, faute de contenu spécialement produit, les côtés se contentent de reproduire un motif ou d’étirer l’image, ce qui distrait l’œil plus qu’autre chose.

ICE : la réponse maison de CGR au ScreenX

Si vous êtes plutôt CGR que Pathé, vous croiserez un autre sigle : ICE, pour Immersive Cinema Experience. Plutôt que de payer les licences IMAX ou Dolby, CGR a inventé son propre concept. Le principe repose sur des panneaux LED lumino-textiles installés sur les murs latéraux de la salle. Ils diffusent des couleurs et des formes en écho à l’image, pour élargir le champ de vision. C’est proche de l’idée du ScreenX, mais il s’agit davantage d’une ambiance lumineuse que d’une vraie extension du film : seuls quelques films, projetés en « ICE Immersive », prolongent réellement l’image sur les côtés. Le reste vient d’un projecteur laser 4K, d’un son Dolby Atmos avec une cinquantaine d’enceintes et de fauteuils inclinables.

Onyx LED : une télé géante, pas un projecteur

Développée par Samsung, la technologie Onyx LED est, sur le papier, intéressante. Le principe est simple : on équipe une salle de cinéma d’un téléviseur géant, d’une dizaine de mètres de diagonale. Il n’y a pas de projecteur ici, le film est diffusé directement par un écran LED. La lumière part donc vers les yeux, ce qui offre des couleurs et une luminosité meilleures, au prix d’un rendu parfois un peu aveuglant. L’image reste belle jusque dans les coins, un défaut habituel de la projection qui disparaît.

La salle Onyx LED du Pathé Beaugrenelle, avec un écran géant et aucun vidéoprojecteur (l'écran illumine la salle). // Source : Pathé
La salle Onyx LED du Pathé Beaugrenelle, avec un écran géant et aucun vidéoprojecteur. // Source : Pathé

Autre avantage : tous les films peuvent y être projetés, alors que le Dolby Cinema et l’IMAX demandent des masters spécifiques. Le bémol vient du son, généralement très classique dans ces salles. On en trouve encore peu en France. Si les coûts baissent, l’écran géant pourrait s’imposer dans davantage de cinémas à l’avenir.

HFR : des films à 48 images par seconde

Le cinéma est traditionnellement filmé à 24 images par seconde, et la quasi-totalité des salles françaises s’en tient à ce rythme. Dans certaines salles, repérables au sigle HFR (High Frame Rate), les projecteurs montent plus haut. Le standard est de 48 images par seconde, ce qui double la fluidité de l’image et supprime le flou de mouvement, particulièrement visible dans les scènes d’action. Il faut des films compatibles pour que le format apparaisse : James Cameron est un habitué de la technologie. Il s’agit ici d’un confort visuel, mais pas d’une technologie de cinéma à proprement parler.

Infinity Vision : le « format » de Disney qui n’en est pas un

En avril 2026, Disney a dévoilé Infinity Vision, présenté comme une nouvelle expérience premium au cinéma. Sur le papier, le nom évoque un rival d’IMAX. Dans les faits, ce n’est ni une technologie ni un système de projection : c’est une certification, un label que Disney appose sur des salles grand format déjà existantes qui respectent un cahier des charges.

Infinity Vision // Source : Disney
Infinity Vision // Source : Disney

Les critères annoncés restent flous : un très grand écran (au moins 15 mètres de large), une projection laser et un système audio immersif de type Dolby Atmos. Disney revendique 75 salles certifiées aux États-Unis et 300 dans le monde, avec plus de 7 500 candidatures de salles. Il est difficile pour nous de vous recommander cette technologie : c’est du mieux que rien, mais pas une véritable expérience différente comme l’IMAX ou le Dolby.

Et le Dolby Atmos, c’est quoi ?

Sur les applications pour réserver des billets de cinéma, beaucoup de salles mettent le Dolby Atmos en avant comme une garantie de qualité. Mais il y a une confusion : l’Atmos concerne le son, pas l’image. Il s’agit d’une technologie avec des haut-parleurs ajoutés au plafond, qui place précisément les sons dans l’espace de la salle plutôt que de les répartir sur des canaux fixes comme le 5.1 ou le 7.1.

Les salles premium : confortables pour le dos, mais aucune promesse sur l’écran

Dernier terme à décrypter, et pas le moins trompeur : le « Premium ». Chez Pathé, ce label désigne aujourd’hui une petite quinzaine de salles pensées avant tout pour le confort. Fauteuils plus larges, totalement inclinables, parfois chauffants, avec près de deux mètres entre chaque rangée.

Cependant, « Premium » ne dit rien du format d’image. Certaines salles Premium ajoutent du Dolby Atmos ou du Dolby Vision, d’autres sont simplement des salles classiques mieux équipées côté sièges. Le mot permet surtout de vendre des places plus chères et d’avoir plus de place pour les jambes.

2D ou 3D, l’éternel dilemme

Reste la question de la 2D et de la 3D. La plupart des blockbusters sortent en 3D, et c’est souvent cette version que les diffuseurs poussent le plus, sans doute parce qu’elle coûte plus cher et rapporte davantage, lunettes vendues comprises.

Certains détestent la 3D, et on peut les comprendre. Il faut toutefois noter que toutes les 3D ne se valent pas. Dans une salle classique, 4DX ou ScreenX, on a une version très standard qui obscurcit l’image avec un effet de profondeur assez faible. En salle premium (Dolby Cinema ou IMAX) ou simplement récente, la 3D devient bien plus agréable. Le Dolby Cinema impressionne le plus, avec une luminosité qui reste élevée malgré les lunettes. Elle demeure inférieure à ce que la même salle offre en 2D, mais largement suffisante pour ne pas gâcher un film.

Les lunettes RealD sont les plus répandues dans les cinémas. Dolby et IMAX utilisent des technologies différentes. // Source : RealD
Les lunettes RealD sont les plus répandues dans les cinémas. Dolby et IMAX utilisent des technologies différentes. // Source : RealD

Pour un film blockbuster, choisissez une salle technologique

Le résumé de nos recommandations, une fois débarrassé des logos marketing :

  • Pour une expérience optimale, visez le Dolby Cinema ou une salle IMAX Laser. Pour un film pensé pour la hauteur d’image de l’IMAX, la vraie salle 1.43:1 de Montpellier est le graal. Pour le HDR et le contraste, le Dolby Cinema garde l’avantage. Ces salles coûtent plus cher, on les réserve donc aux films les plus spectaculaires.
  • L’Onyx LED, encore rare, reproduit l’expérience d’un écran géant à la maison. Parfait pour un film sombre ou très coloré, mais le son n’est pas au niveau.
  • La 4DX et le ScreenX relèvent du divertissement, pas du cinéma premium. On les garde pour un film d’action à sensations, pas pour une œuvre importante.
  • Le 70 mm est une expérience à part, pour les puristes et les films tournés en pellicule. C’est un choix d’esthétique et de fidélité au réalisateur, pas un gage de confort ou de colorimétrie.
  • Face à un badge Infinity Vision, regardez ce qu’il y a vraiment derrière (écran, projecteur, son) avant de payer plus. Le label ne remplace pas une vraie salle IMAX ou Dolby.
  • La 3D peut être évitée en salle classique, où la 2D offre plus de luminosité et fatigue moins les yeux. En salle premium ou moderne, elle vaut le coup.

La multiplication des labels, jusqu’à celui de Disney, dit quelque chose de la bataille en cours dans les salles : elle se joue autant sur le marketing que sur la technologie. Face au streaming, le cinéma se mue en une expérience ultime de visionnage.

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