La Commission européenne entend mobiliser 8 milliards d'euros de son plan de relance pour soutenir la construction de superordinateurs européens de prochaine génération.

C’est une enveloppe de 8 milliards d’euros que l’Union européenne consacrera à la fabrication de la prochaine génération de superordinateurs — des installations de pointe qui sont capables de calculer des milliards et des milliards de calculs chaque seconde. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen en a fait l’annonce le 16 septembre lors de son discours sur l’état de l’Union.

La patronne de l’exécutif européen a également plaidé à cette occasion pour voir émerger une industrie européenne capable de « développer ses propres microprocesseurs de prochaine génération ». Un propos qui survient au moment où le groupe américain Nvidia a déposé une offre de rachat de 40 milliards de dollars pour prendre le contrôle d’ARM, une firme britannique spécialisée dans les architectures de microprocesseurs.

L’effort européen dans le numérique est significatif. Thierry Breton, qui occupe le poste de commissaire en charge de la politique industrielle et du numérique, observe que 20 % du plan de relance européen, soit 150 milliards sur les 750 milliards d’euros au total, doivent bénéficier au calcul quantique, au cloud, à l’amélioration de la connectivité (fixe et mobile) et au calcul de haute performance.

Aujourd’hui, ce secteur est très largement dominé par les États-Unis et la Chine. Le top 500 des machines les plus performantes compte 226 installations de l’Empire du Milieu et 114 de l’Oncle Sam selon le dernier bilan établi le 22 juin 2020 — ensemble, cela fait 340 superordinateurs, soit plus des deux tiers (68 %) de la liste. L’Europe toutefois peut compter sur quelques dizaines de représentants dans le top.

Ursula von der Leyen
Ursula von der Leyen // Source : EC – Audiovisual Service

Ursula von der Leyen n’a pas expliqué ce qu’elle entend par des superordinateurs de prochaine génération, mais il s’agit vraisemblablement de calculateurs de classe dite « exaflopique », c’est-à-dire capable d’effectuer au moins un milliard de milliards de calculs par seconde — aujourd’hui, la machine la plus puissante, Fugaku, une machine japonaise, atteint les 415 millions de milliards de calculs par seconde.

L’acronyme anglais flops sert à décrire un volume d’opérations en virgule flottante par seconde. Il est très utilisé dans le calcul de haute performance. Aujourd’hui, rares sont les machines à atteindre le seuil dit « pétaflopique », qui est le rang en dessous, avec au moins cent millions de milliards de calculs par seconde. Le seul autre représentant de cette classe est Summit, une installation américaine.

Un enjeu de souveraineté

La prise de conscience de l’Union européenne sur le calcul de haute performance n’est pas nouvelle : la précédente commission a soutenu l’initiative EuroHPC, un partenariat public-privé sur la stratégie européenne dans les supercalculateurs. En juin 2019, était annoncée la liste des villes devant accueillir huit futurs superordinateurs européens — dont trois doivent être à terme au rang exaflopique.

Au démarrage, toutes les machines auront toutefois des performances plus modestes. C’est à la suite de mises à jour matérielles et logicielles, sur quelques années, que ce palier du milliard de milliards de calculs  à la seconde sera franchi — il est question de 2023. Les cinq autres machines seront de classe pétaflopique, ce qui leur fera quand même rejoindre le haut du panier.

Les superordinateurs constituent un enjeu stratégique pour l’Union européenne, et une démonstration de puissance et d’indépendance. Sans eux, les États membres devraient se résoudre à traiter ailleurs des données précieuses produites par la recherche et l’industrie européennes, dans des secteurs comme l’IA, la cybersécurité, la recherche médicale, l’ingénierie, la simulation météo ou le changement climatique.

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