Le site Celebrily propose des vidéos personnalisées avec ses influenceurs préférés. Le site semble être une entourloupe bien ficelée.

Mise à jour : le site a été mis hors ligne à la suite d’une demande effectuée à l’hébergeur Shopify par le spécialiste du numérique Baptiste Robert (alias Elliot Alderson).

Faire payer ses fans des dizaines d’euros en l’échange d’une vidéo dédiacée ? Alexandre Calvez ne l’a jamais fait. Pourtant, ce vidéaste français spécialisé dans les tests produits et les tutoriels, suivi par un million de personnes sur YouTube, a reçu un étrange message de l’une de ses fans, le 31 juillet 2019.

Elle lui annonce qu’elle a dépensé 25 euros sur un site nommé Celebrily. Le site promettait qu’en l’échange de cette somme, elle obtiendrait une vidéo personnalisée de la part du youtubeur. Quelques jours après sa commande, elle s’inquiétait de n’avoir toujours rien reçu. Ceci n’est en fait pas étonnant : Alexandre Calvez, comme d’autres vidéastes, n’ont jamais été mis au courant de l’existence de ce site.

Jusqu’à 80 euros la vidéo

Sur le site, on retrouve de nombreux profils avec les photos (publiques) d’ influenceurs et influenceuses français connus : il y a des vidéastes mais aussi des sportifs et des personnalités issues du monde de la télé-réalité. On y trouve des personnalités qui ont plusieurs millions d’abonnés, comme Cyprien, Norman, Natoo ou EnjoyPhoenix.

Capture d’écran Numerama / Celebrily

Le prix des vidéos varie en fonction semble-t-il de la popularité (nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux) des personnalités : il peut monter jusqu’à 80 euros.

Celebrily assure que commander une vidéo sur son site serait un bon cadeau pour un anniversaire ou pour une autre belle occasion à fêter : « Tu connais très probablement un ami qui resterait bouche bée en voyant sa star préférée lui parler ». Le problème, c’est que les abonnés risquent probablement de ne jamais recevoir leur vidéo.

Des youtubeurs qui ne sont au courant de rien

Alexandre Calvez nous a indiqué par message privé qu’il n’avait jamais été contacté pour le site. « J’ai mis en place les procédures nécessaires et demandé un retrait immédiat aux responsables du site », a précisé le vidéaste qui a prévenu ses abonnés sur les réseaux sociaux dès qu’il l’a appris.

Cyprien lui, explique à Numerama avoir pris connaissance du site «  ce matin ». Il n’a lui non plus pas été contacté et encore moins accepté de figurer sur le site, qui facture ses vidéos personnalisées 80 euros. Squeezie, David Coscas et Raphaël Carlier de la chaîne McFly et Carlito et Natoo nous ont également confirmé qu’ils n’avaient jamais accepté de figurer sur un tel site, dont ils ne connaissaient pas l’existence.

D’autres vidéastes ont expliqué avoir été contactés par le créateur du site. C’est le cas du Roi des rats, qui a refusé l’offre. Son nom figure pourtant toujours sur la plateforme à ce jour.

Aypierre a aussi été contacté. On lui a proposé « entre 50 et 200 euros » par vidéo, ce qu’il a refusé (son nom apparaît pourtant également sur le site). Mary – Frozencrystal, une vidéaste, a également découvert le site ce mercredi. «  C’est dingue, écrit-elle sur Twitter. Je n’ai pas reçu le moindre mail et je suis quand même dessus. »

La seule vidéo que Celebrily met en avant pour vanter ses services est une vidéo du youtubeur Tibo in shape, que voici :

Or cette vidéo a été publiée en février 2019 sur YouTube, soit plusieurs mois avant le lancement du site, qui a été mis en ligne le 14 juillet 2019 comme on peut le constater sur le site de recherche de nom de domaine whois. Elle semble avoir été tournée dans le cadre d’un autre service de vidéos personnalisées, créé et géré par Tibo in shape lui-même (36 euros la vidéo), comme l’indique la description du contenu. La vidéo n’a donc rien à voir avec ce que semble proposer Celebrily.

L’entreprise Celebrily affirme reverser une partie de ses revenus à des associations caritatives (Croix rouge, Médecins sans frontières, Restos du cœur, APF France handicap et Fondation l’Abbé Pierre), or certaines ont déjà nié toute relation avec elle. Contactée par Numerama, la Croix-Rouge a ainsi confirmé n’être « aucunement affiliée à celebrily.com ». Une porte-parole a ajouté : « elle ne perçoit aucun don du site ». Médecins sans frontières, de son côté, n’avait pas entendu parler d’un éventuel partenariat mais continue de consulter ses équipes afin de s’en assurer. Sur Twitter, les Restos du cœur ont nié tout lien et condamné l’autorisation de leur logo, assurant qu’ils avaient entamé des démarches contre le site.

Les autres nous ont indiqué se renseigner également à ce sujet.

Qui se cache derrière ce site ?

Contrairement à ce qu’exige la loi française, le site ne contient aucune CGU (conditions générales d’utilisation). L’identité de la personne qui détient le site n’est pas non plus précisée : seul un email permet en théorie de la contacter. Le site est d’ailleurs globalement amateur : certaines parties ne sont même pas traduites de l’anglais au français.

Capture d’écran de Celebrily

Le nom du site est parfois mal orthographié.

Nous avons tenté de passer une commande, et le formulaire de paiement semble toujours bien fonctionner et être actif. Nous avons également tenté de nous faire passer pour des influenceurs, afin d’obtenir l’identité du responsable du site. Nous avons fini par obtenir un nom, Alexander Tapio. Son nom est d’ailleurs celui qui a été déposé derrière le nom de domaine du site.

Il s’agit d’un jeune homme qui se présente comme entrepreneur sur les réseaux sociaux. Il a un blog dans lequel il donne (beaucoup) de conseils pour réussir dans le commerce du dropshipping. Cette pratique, sur laquelle Le Monde a publié une enquête ce 31 juillet, consiste à acheter des produits à bas prix sur des sites type Aliexpress et à les revendre 2, 5 ou 10 fois leur prix. C’est légal, mais pas toujours parfaitement éthique.

Plus ironique encore : c’est le conseil en dropshipping qui est devenu un véritable business et Alexandre Tapio semble l’avoir bien compris. Sur son site, il publie d’ailleurs de faux avis clients pour vanter les mérites de sa société de conseil en dropshipping. Ici, en Français :

Capture d’écran Numerama

Les photos et les avis sont pourtant étrangement les mêmes que sur d’autres sites louches similaires, sauf que les prénoms ont été modifiés (« Alex » est devenu « Nolan » en anglais).

Capture d’écran Numerama

D’après les données de l’enregistrement de domaine que nous avons pu trouver, l’entrepreneur est basé à Singapour. Pour créer Celebrily, il est passé par Shopify, une plateforme couramment utilisée dans le business du dropshipping car elle facilite grandement cette pratique — Numerama vous en parlait d’ailleurs à propos d’une autre affaire concernant des influenceurs.

Nous l’avons contacté, sans succès pour le moment. Le numéro de téléphone qu’il a utilisé pour enregistrer le nom de domaine n’est plus attribué.

Vous avez payé sans recevoir de vidéos ?

Si vous avez payé pour obtenir une vidéo et que vous ne l’avez pas reçue, tentez de prendre contact avec votre banque et discutez-en avec elle. Elle vous proposera peut-être de faire opposition au paiement et de le bloquer. Sinon, votre carte bleue vous permet parfois de bénéficier d’une assurance de remboursement pour ce type de cas. Vous pouvez également déposer plainte si vous n’obtenez pas de remboursement de la part du site.

Pour éviter à l’avenir ce type de déconvenue, veillez toujours à vous assurer de quelques choses avant de commander sur un site inconnu :

  • Le site possède un onglet avec des conditions générales d’utilisation : c’est important car c’est là que sont spécifiées les conditions de remboursement. En général, ces CGU se trouvent tout en bas de la page d’accueil des sites, en petit.
  • Il existe un ou plusieurs moyens de contacter les administrateurs du site et leur identité est clairement indiqué sur le site (en cas de recours, cela sera essentiel).
  • Vérifiez sur les réseaux sociaux de l’influenceur ou influenceuse s’il a bien fait la promotion du site de manière officielle : si un tel service était proposé, ils en parleraient.
  • N’hésitez pas sinon à demander par message privé ou avec un tweet à vos influenceurs et influenceuses préférées, s’ils enverront bien la vidéo ou si il s’agit d’une arnaque.

Vous avez des informations supplémentaires à ce sujet (ou sur d’autres sujets) ? Vous pouvez nous contacter à perrine.signoret@humanoid.fr.

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